Chuyền nous salue en sortant de l’appartement. La pluie de la nuit a rafraîchi l’air. Nous marchons en direction du restaurant où nous allons déjeuner. En chemin, je m’attarde devant la passerelle aérienne de l’Ecole internationale anglaise. Des élèves traversent le pont piétonnier couvert qui s’élève au-dessus de la rue, reliant les mondes scolaires du quotidien de la vaste école. Les silhouettes participent au continuel mouvement de la vie. En contrebas, le rythme soutenu du ballet urbain se maintient. Les câbles électriques, qui tissent leur réseau complexe dans le ciel, témoignent que l’Angleterre est bien loin.
Devant le restaurant La Transat, sous le ciel nuageux, un charmant étal ambulant propose une collation et du café. Tel un tournesol arc-en-ciel, une roue chromatique, qui s’épanouit sur le montant supérieur de la petite roulotte, ses huit pétales formant une danse harmonieuse de couleurs vibrantes, tourne doucement au gré de la brise, créant un kaléidoscope. Le marchand s’active sur un gril. Les motos alignées témoignent du passage constant des habitants, pressés, mais toujours prêts à s’arrêter pour un moment de convivialité.
À midi, nous sommes dans le coin de Bretagne de Thao Dien. Leny Escudero chante « Pour une amourette ». Salvatore Adamo, qui chante « Mes mains sur tes hanches », Georges Moustaki, qui chante « Le Métèque » et Richard Anthony, qui chante « J'entends siffler le train », me renvoient dans ma jeunesse. Nina apporte les deux crêpes qu’elle a réalisées, avec plus de ratatouille pour la mienne. Durant le repas, Joe Dassin, Claude François, Marie Laforêt, Sylvie Vartan… et d’autres artistes célèbres, laissent entendre leur voix. Un homme joue sur le grand billard de la marque Hollywood présent dans la salle qui est équipé d’un tapis de couleur bleu électrique offrant un excellent contraste avec les billes colorées disposées sur la surface de jeu.
La pluie tombe quand nous sortons. Nous allons nous réfugier à la Villa Rose en nous faufilant le mieux possible entre les gouttes. Je m’attarde devant l’entrée, un véritable poème visuel, pour un temps d’admiration. Nichée dans un écrin de verdure luxuriante, la façade rose se détache avec éclat, évoquant une scène sortie d’un conte de fées. Les jardinières rouges joufflues, débordant de fougères verdoyantes, encadrent l’entrée comme des gardiens végétaux veillant sur un sanctuaire secret. Les lanternes en fer forgé rouge, ornées de motifs délicats, ajoutent une touche de mystère et d’élégance à cet ensemble déjà enchanteur. Les fleurs roses au-dessus du porche tissent un voile romantique, transformant chaque visite en une promenade sensorielle.
La superbe jeune femme à l’entrée nous reconnaît, tout comme le jeune Thang qui nous dit « Bonjour » en français. Son sourire éclatant est un plaisir pour les yeux. Je m’aperçois aujourd’hui que nous sommes finalement dans un immense jardin exotique où la verrière centrale abrite partiellement la « nef » de cette « cathédrale » rose aux multiples balcons, loggias et autres galeries. Telle une villa romana, la villa rose, une perle rare enchâssée dans le paysage vietnamien, s’élève majestueusement dans une ode à la beauté, à l’harmonie entre l’homme et la nature. Les terrasses, ornées de jardins luxuriants, offrent un spectacle de couleurs et de textures qui émerveille. Le charme se poursuit aujourd’hui. Je vais me laver les mains dans un lieu d’aisance à la beauté créative. Thang apporte notre commande. Le doux clapotis des gouttes de pluie sur la verrière apporte une sérénité apaisante, tandis que les arômes de la luxuriante végétation environnante s’entremêlent aux effluves du gâteau moelleux au chocolat et de la crème glacée à la vanille Bourbon. Le thé aux notes épicées du gingembre dévoile sa saveur citronnée. La musique « Morning Sunrise » par Weldon Irvine offre un doux fond musical. Partout où mon regard se pose, une invitation à la rêverie s’éveille. La manager de la Villa vient me remercier pour l’avis chaleureux que j’ai publié sur Google map. J’ignore par quel moyen elle m’a identifié, mais ses propos chaleureux me vont droit au cœur. Elle semble émerveillée par la mélodie de mes mots imagés et poétiques. Je lui demande si nous pouvons découvrir la bibliothèque avant de quitter la villa. Elle accepte spontanément. Le cœur léger, tout en me régalant et en sirotant le thé dans un service Versace, baptisé fort opportunément « La Scala du Palais rose », je trempe les morceaux de fruits dans le cœur coulant du moelleux au chocolat, un délice, en écoutant « Traction In the Rain » par David Crosby. La porcelaine vient de chez Rosenthal, un fabricant allemand, célèbre pour son savoir-faire exquis et ses designs innovants. Fondée en 1879 par Philipp Rosenthal à Selb, en Bavière, l'entreprise s'est spécialisée dans la peinture sur céramique avant de se développer dans la fabrication de porcelaine.
Dans le sillage de ce rêve éveillé, nous suivons le monsieur qui nous a accueilli la première fois. Il ouvre pour nous la bibliothèque d’art, réservée aux seuls membres du club. Il nous prend en photo assis sur un sofa dans le cadre éblouissant riche d’œuvres d’art superbes et variées, dont un tarot de Salvador Dalí dissimulé dans un boîtier pourpre.
Pour la petite histoire, le « Tarot Salvador Dalí » a une origine fascinante liée au cinéma. En 1973, le producteur Albert Broccoli commanda un jeu de tarot à Salvador Dalí pour le film James Bond « Vivre et laisser mourir ». Le projet fut abandonné devant le prix fabuleux de l’œuvre demandé par Dalí. Toutefois, inspiré par son épouse Gala, Dalí poursuivit la création du jeu, riche de son empreinte surréaliste, qui fut terminé en 1984 et diffusé dans une édition d’art limitée.
Nous remercions vivement le jeune homme courtois et attentionné qui nous escorte vers la sortie. Patrick et moi avons vécu une expérience unique, loin du tumulte de la ville, dans un espace intemporel où le temps semblait suspendu, nous permettant de nous immerger dans une atmosphère de calme et de raffinement…
Nous revenons chez nous tout en flânant. Je m’attarde devant quelques maisons de caractère de cette oasis de luxe dans le cœur de Thảo Điền. En chemin, nous voyons des oriflammes du drapeau vietnamien, rouge vif avec son étoile jaune caractéristique, venues égayer les rues pour les fêtes. J’en prends une en photo à côté de paniers en osier contenant des noix de coco fraîches. Patrick me dit que la place sur le trottoir est encore restreinte. Près de chez nous, je vois un jeune homme qui dort sur son scooter noir et rouge flamboyant stationné sur les pavés géométriques du trottoir, ses sandales posées sur le sol. Vêtu de l’uniforme vert caractéristique des services de livraison, dans la confiance d’un enfant, il s’est abandonné au repos allongé dans une posture improbable, un de ses pieds nus dépassant nonchalamment du guidon...


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