mercredi 18 décembre 2024

De Sài Gòn à Huế au Viêt Nam par le ciel...

    Avant onze heures, nous disons au revoir avec émotion à Chuyn et à Thào. Chuyn, souriante, prend mes mains dans les siennes comme pour créer un lien atemporel. Patrick me prend en photo avec la mère et la fille. Le taxi est déjà arrivé. Chuyn nous accompagne à la voiture. Les bagages sont chargés dans le coffre par Kim, le chauffeur. Chuyn agite sa main quand le taxi s’éloigne. Les battements de mon cœur s’accélèrent quelque peu ; quelle femme extraordinaire. Le trafic est soutenu tout au long du trajet et il me semble que les deux-roues se sont encore multipliés. Une trentaine de minutes plus tard, le chauffeur nous dépose à l’entrée du terminal des vols intérieurs. Nous entrons et nous intégrons directement la file d’attente « J » pour l’enregistrement des deux valises cabine.

    Une surprise nous attend au comptoir. La jeune employée ne peut pas procéder à l’enregistrement, car il manque, au regard de mon passeport, deux de mes trois prénoms sur ma carte d’embarquement virtuelle délivrée hier soir sur le site de VietJet Air. Sur le bas d’un document pré imprimé, sans rapport direct, elle écrit « thiếu tên » [nom manquant]. Un parcours rocambolesque commence. Suite à la directive, nous intégrons une autre file dattente, administrative cette fois, où des passagers vietnamiens resquillent. Ils passent devant nous, devant d’autres passagers, dans une confusion étonnante. Une dame asiatique s’énerve et hurle un flot de paroles, incompréhensibles pour nous, qui se perdent dans le bruit de fond de l’aéroport. Les agents, imperturbables, ont peut-être l’habitude de ces débordements émotionnels. La dame disparaît. Je finis par bloquer la file rebelle et je tends mon passeport à l’agent avec le papier laconique remis au comptoir d’embarquement. Il semble indécis devant la langue inconnue de mon document d’identité. Il me dit alors d’aller à un autre guichet en le montrant du doigt. L’attente est plus courte. L’autre agent, tout aussi embarrassé, nous dit, de façon inattendue, de retourner à l’autre guichet tout en ajoutant des mots sur le papier initial. Nous ressemblons à deux balles de ping-pong. Cette fois, avec l’autorisation de l’agent qui filtre les arrivants, je passe, moi aussi, devant d’autres voyageurs et je tends, au travers de la lucarne du vitrage séparateur, mon passeport au même agent précédent. Il lit le papier et tente de déchiffrer mon nom sur le passeport. Contre toute attente, il me dit de retourner au guichet d’en face. Je refuse et je reste devant le guichet. Il part alors avec mon passeport. Je le retrouve dans les minutes suivantes, qui ont le tournis, dans les mains de l’autre agent qui, cette fois, fait le nécessaire. Viêt, c’est son premier prénom, il en a deux, saisit les informations clés et imprime un formulaire qui sort alors tout chaud de l’imprimante. Nous payons un peu plus de cent mille dongs pour recevoir le sésame salvateur. Une quarantaine de minutes se sont envolées durant les va-et-vient.

    Mon nom complet et à rallonges sur le document émis par Viêt pour le check-in donne l’impression qu’il pourrait remplir la moitié du billet d’avion. Le poids administratif a pesé sur mes épaules. Avant de me donner le formulaire, Viêt a apposé avec vigueur un tampon rouge, tel un sceau royal, probablement un symbole-clé de l’administration vietnamienne qui « crie haut et fort » que mon document est officiel. Je lis en lettres rouges une recommandation importante : Vui lòng kiêm tra thông tin truóc khi ròi quây [Veuillez vérifier vos informations avant de quitter le comptoir] ; une manière courtoise de dire : « Si vous partez avec des erreurs, ce n’est plus notre problème ! » Le formulaire respire l’efficacité bureaucratique. Il s’apparente à une amende déguisée en faveur administrative : « Vous payez pour corriger votre propre erreur, mais avec le sourire. » Cette mésaventure m’informe que, dans les airs, chaque lettre compte… littéralement ! Ce document me signifie que dans l’univers des compagnies aériennes, tout se monétise, même une simple touche de clavier, enfoncée avec conséquence. En conclusion, ce reçu est à la fois un rappel administratif rigide et une petite leçon de vie humoristique sur l’importance de bien vérifier ses informations personnelles avant d’appuyer sur « confirmer » sur le clavier de l’ordinateur. Toutefois, nous nous interrogeons ; avions-nous « la main » hier soir pour ajouter les deux autres prénoms ?

    Nous nous rendons ensuite aux comptoirs « K » pour enregistrer les deux valises cabine. Par chance, aucun passager n’est avant nous, alors que la file d’attente perdure aux comptoirs « J ». Cette fois, l’agent va voir la jeune employée du comptoir précédent avec le passeport de Patrick pour savoir s’il doit ajouter usage vuargnoz-dumont sur sa carte d’embarquement (ces mots sont apparus sur le sésame remis par Viêt). Quand il revient, tout est ok ; c’est inutile. Deux autres sésames nous sont délivrés. Nous allons alors au contrôle des passeports, suivi du contrôle des bagages, où tout se déroule à merveille. Nous arrivons dans un vaste hall équipé d’un océan de sièges en skaï bleu roi. Nous déjeunons succinctement dans le seul fast-food. Plus tard, nous prenons place dans le vaste hall pour attendre notre vol.

    L’Airbus A320 s’élève dans le ciel quatre minutes avant seize heures. Le décollage du vol VJ306 était prévu pour quinze heures quinze. Je prends quelques photos depuis le hublot. La ville de Sài Gòn est nappée de brume.

    Je feuillette un magazine où je m’attarde sur un article qui parle des adorables enfants jumeaux de Ha Tri Quang et de Thanh Doan qui sont nés il y a un peu plus de deux ans après insémination artificielle. Le couple de même sexe a déclaré qu’il était à la fois père et mère, qu’il s’occupait et choyait leurs deux enfants. Le prénom du garçonnet est Kaka et le nom de la fillette est Muoi Muoi. Leurs finances, qui sont confortables, grâce à leur travail acharné, leur permettent d'élever généreusement leurs enfants...

    Je termine la lecture du livre de Kristina t’Felt « Le voyage à travers le temps et l’espace ». Elle écrit, en écho à la notion de sécurité évoquée dans mes derniers écrits sur le blog : « À force de vouloir minimiser les risques, nous créons un  monde standardisé – plus sécurisé et plus aliénant. Pourtant, le risque zéro est une utopie et nous perdons en liberté d’action et en créativité. (…) La surexposition aux informations nuit à une réflexion constructive. Les nouvelles pour la plupart négatives mettent un voile opaque sur notre imaginaire et un  pessimisme général en découle. » Le train d’atterrissage sort dans les nuages à dix-sept heures.

    L’avion atterrit en douceur trois minutes plus tard. La pluie tombe sur Huế. Moins de trente minutes se sont écoulées quand nous roulons à bord de la Toyota Fortuner blanche de Lòc. La pluie tombe en douceur. Le manteau de la nuit enveloppe déjà la ville de Huế. Une pèlerine en plastique protège nombre de conducteurs de deux-roues qui circulent aisément sous la pluie. À dix-huit heures, à l’hôtel Thanh Lich Royal Boutique, Thu est notre hôtesse d’accueil. Elle nous invite à prendre place sur un canapé duo pour remplir la fiche d’enregistrement et pour nous présenter les services de l’hôtel. Elle nous offre une boisson chaude au gingembre. Ensuite, Thu nous escorte à notre chambre, la 901 au neuvième étage. Née à Huế, elle a vingt-cinq ans. Comme elle est plus jeune que nous, elle nous explique qu’il convient d’utiliser le mot « em » avant le prénom quand notre interlocuteur est plus jeune. Pour l’interlocuteur plus âgé, il convient d’utiliser le préfixe « Anh » pour un homme et « Chị » pour une femme. Nous la remercions chaleureusement et nous nous installons pour notre première nuit dans l’ancienne capitale du Royaume d'Annam sous la dynastie Tay Son et la dynastie Nguyen…



































































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