lundi 30 décembre 2024

Dimanche 29 décembre 2024 - Promenade en bateau-dragon vers la célèbre pagode Phước Duyên au sanctuaire Thiên Mụ à Huê…

    En fin de matinée, nous cheminons dans l’œil cyclonique de la mousson. La pluie s’est arrêtée comme par enchantement. C’est un plaisir de marcher sans que nous soyons mouillés. Une abondance de fruits aux formes et couleurs variées inonde les trottoirs par endroits. Près de l’hôtel, nous voyons un grand panneau publicitaire rouge et or de l’opérateur téléphonique vietnamien VNPT qui souhaite la chúc mng năm mi 2025 [bonne année]. En chemin, je mattarde avec le sourire devant un instant suspendu. Dans un petit marché improvisé, lenfance saccroche aux branches du quotidien où se mêle l’éclat des couleurs des jouets posés au sol et des ballons multicolores gonflés d’hélium qui s’élèvent joyeusement vers le ciel. Sous la ramure des arbres alignés le long de la rue, le trottoir pavé de motifs circulaires réguliers porte les marques de la pluie d’hier. Les scooters alignés participent à ce tableau éphémère.

    Phường nous accueille chez Pizza Company au rez-de-chaussée du centre commercial Vincom Plaza. Le jeune homme courtois aux gestes empreints de douceur écrit son prénom sur son smartphone pour me montrer l’orthographe. Présente sur un mur vert émeraude du restaurant, dans un large cadre blanc, une photographie panoramique du Grand Canal de Venise dévoile son charme. Les gondoles vénitiennes me rappellent les bateaux-dragons de Huê. L’œuvre décorative fait naître une ambiance italienne chaleureuse et romantique. Des tranches de quesadilla fourrées aux légumes sont croquées avec de la mayonnaise agréablement pimentée. Nous savourons ensuite des spaghettis aux champignons. Après le repas, nous prenons la direction de la rivière des parfums pour une promenade fluviale. Nous croisons une dame âgée qui porte avec naturel une palanche sur son épaule droite. Elle arbore un superbe cardigan en tricot de couleur rouge vif. Devant l’hôtel Imperial, le Père Noël a quitté son traîneau rouge où deux rennes dorés sont attelés.

    Hein nous accueille à bord de son bateau-dragon. L’homme, persévérant comme la dame aux parapluies, apprécie notre venue après ses diverses sollicitations. Il dispose deux chaises en plastique à la proue pour nous offrir une vue dégagée. Nous voguons plaisamment sur les flots. Nous croisons d’autres bateaux-dragons. Tantôt debout, tantôt assis, je prends des photos des rives où les lieux visités s’offrent à mes regards sous un angle de vue différent. Les pédalos en forme de cygne blanc alignés sont toujours prêts au départ. De séduisantes maisons-bateaux sont ancrées sur l’eau. Telles des almées se mirant dans leur psyché, ces habitations flottantes se plaisent à contempler leur reflet unique sur l’onde. Je suis admiratif. Les habitants doivent s’organiser au rythme de la mousson. En surfant sur une liberté confiante, les portes sont ouvertes sur la rivière à la surface olivâtre où se dessinent mille reflets argentés. Les ondulations gracieuses en mouvement offrent aux nuances du ciel gris de se mêler aux secrets des profondeurs. La rivière, telle une toile vivante, peint inlassablement des rêveries éphémères sur la palette du temps qui passe. Nous voguons sous différents ponts dont un flanqué de séduisants balcons en forme de pagode. Un autre en forme d’arche, en cours de construction, dont la couleur jaune sera son signe de reconnaissance, m’envoie l’espace d’un court instant, par analogie, à Saint-Louis aux États-Unis.

    Après une plaisante navigation d’une quarantaine de minutes sur la rivière des parfums, nous arrivons vers un site grandiose. D’autres bateaux-dragons, de tailles et de formes différentes, sont amarrés. Une grande animation règne. L’accalmie a favorisé la venue des visiteurs. Nous déambulons parmi une majorité de jeunes Vietnamiens. Les photos numériques se prennent par centaines. Comme les personnes présentes, nous admirons la célèbre pagode du sanctuaire Thiên M  [temple de la Dame Céleste]. Thiên M fait référence à lensemble du sanctuaire, tandis que Phước Duyên est le nom spécifique de la chùa [pagode] octogonale dont les sept niveaux sont autant de paliers vers l’illumination. Devenue le symbole emblématique du site, la pagode Phước Duyên, la plus ancienne de Huế, s’élève majestueusement à une vingtaine de mètres dans le ciel. Construit au tout début du dix-septième siècle pour le seigneur Nguyn Hoàng, ce joyau architectural a traversé les années avec une prestance intemporelle. Nous grimpons les marches raides, telle une invitation spirituelle. Chaque pas nous rapproche du calme intérieur. Entourée d’une végétation épanouie et bercée par le murmure de la ramure luxuriante des arbres, la pagode nous offre une vue romantique sur la rivière en contrebas qui reflète les nuances changeantes du ciel, ajoutant une touche d’éphémère à ce lieu empreint d’éternité. Une légende raconte qu’une vieille dame mystique serait apparue sur la colline pour annoncer qu’un seigneur construirait un sanctuaire dans le dessein d’apporter prospérité et sérénité à toute personne qui en foulerait le sol sacré. Durant la visite, sur des stèles, Patrick remarque divers poèmes écrits par des empereurs en sinogrammes, chacun d’entre eux étant une unité de l’écriture logographique de la dynastie Han. Un bouquet de grands bâtonnets d’encens allumés, présent dans une grande jarre évasée et ouvragée, nous offre de sentir des parfums subtils. Le sanctuaire se termine par une ravissante pagodine, telle la sœur cadette de Phước Duyên.

    Le cœur léger, nous quittons le site au cadre enchanteur empreint de poésie. Nous sortons par un porche qui donne sur une ruelle où peuvent circuler les deux-roues. Nous évitons ainsi les escaliers. Des étals et des boutiques sommaires regorgent de souvenirs en tous genres. J’achète à une marchande cordiale pour moins de quatre euros un pantalon en toile coton décorée de motifs asiatiques. Nous retournons vers la rivière où Hein fait une sieste en attendant notre retour. Pendant qu’un collègue navigateur l’appelle à plusieurs reprises pour le sortir du pays des songes, je prends plaisir à admirer « notre » bateau-dragon sur les eaux tranquilles de la rivière des parfums. Il s’offre à mon regard comme un poème vivant, une œuvre d’art flottante, gardienne intemporelle des légendes asiatiques. Sa proue en forme de tête de dragon flamboyante semble prête à rugir. Les couleurs vives et ondulantes qui ornent les flancs de sa coque allongée évoquent les écailles d’une créature mythique, mêlant le rouge du feu, le bleu des cieux et l’or des rêves anciens. Les sabords vitrés qui bordent les flancs offrent aux passagers une vue dégagée sur les rives verdoyantes et les reflets changeants du ciel sur l’onde. Le bateau-dragon incarne l’âme poétique de Huế, ville impériale et berceau de traditions séculaires. Je me dis que naviguer à son bord, cest entrer dans un conte où chaque vague murmure une histoire et où chaque souffle du vent porte le parfum des fleurs qui tombent dans  la rivière.

    Nous quittons le site dans les cinq minutes suivantes, après quelques photos de nous deux et une de Hein à mon côté. Portée par le courant, l’embarcation avance plus vite pour revenir. Le gratte-ciel de Pham est également le symbole de la skyline de la ville, comme le Landmark 81 à Sài Gòn. Il s’impose à nos regards durant tout le trajet du retour. Arrivés à destination, nous donnons un million de dongs à Hein, ravi du bonus. La jeune femme qui le seconde, assise un peu plus loin, en discussion avec une autre jeune femme, nous donne une carte de visite, en nous invitant à naviguer à nouveau sur le bateau-dragon pour découvrir Thanh Tiên, en aval de la rivière, un village spécialisé dans la fabrication de fleurs en papier.

    Nous décidons d’aller chez Marou pour des instants de détente gourmande. La jeune Nhi nous accueille. Dướng nous salue avec un radieux sourire. Le tiramisu que je choisis est réalisé sous nos yeux par la jeune Huyn dans l’atelier vitré du chocolatier. Ses gestes sont lents, doux et précis. Graduellement, la douceur s’anime et prend sa forme circulaire. Chancelante de par sa légèreté, je la déguste délicatement en sirotant une camomille. À un moment donné, nous bavardons avec une jeune femme francophone qui vite au Cambodge.

    Après cette parenthèse de douce oisiveté, nous revenons à l’hôtel. En chemin, nous sommes captivés par les décorations lumineuses de l’église Saint-François-Xavier sur la rue Nguyn Tri Phương. La lumière du crépuscule caresse ses murs, tandis que l’étoile lumineuse sur son beffroi brille comme un phare pour guider les fidèles vers ce havre au cœur de la ville trépidante. Elle se dresse majestueusement, telle une symphonie architecturale où l’Orient rencontre l’Occident. Sa façade ocre jaune, baignée de lumière dorée, couronnée d’un haut clocher rouge brique, est surmontée d’une croix qui s’élève vers le ciel avec élégance. Des banderoles colorées, tendues au-dessus de l’esplanade où une somptueuse crèche se dévoile, dansent dans la brise, leurs triangles rouge, vert et jaune, tissant une guirlande festive devant l’édifice. Un papa, avec son fiston dans les bras, assis sur un rocher au bord du petit lac miroir devant la crèche, pianote sur son smartphone. Je croise le regard du bambin. Une véranda éclairée, ornée d’arches gracieuses, m’invite à entrer. L’intérieur révèle une nef centrale majestueuse bordée d’arches crème cerclées de gris. Sous chaque arche, des flammes artificielles diffusent une lumière douce dans les vases des huit branches d’un lustre. Une cérémonie se déroule. L’église est pleine de fidèles qui interprètent en chœur la chanson I Gotta Feeling de Black Eyed Peas. Le morceau se termine. L’assemblée continue avec la chanson AIl I want d’Olivia Rodrigo. Je suis ému. En sortant, Nimh, une fillette, me sourit et agite sa menotte devant moi. Après avoir touché ma paume avec la sienne, elle me demande mon prénom.

    À l’hôtel, une fête organisée par la société Mirae Asset, un groupe financier international d’origine sud-coréenne, présent au Vietnam depuis une vingtaine d’années dans le secteur des prêts à la consommation, bat son plein vers les ascenseurs pour célébrer la fin de l’année. Sur une estrade, un jeune homme interprète la chanson  Ho Đi Phúc S Đến de Đoàn Lâm…



































































































































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