Mạnh Hùng nous accueille à onze heures devant chez nous. C’est la seconde fois qu’il nous prend à bord de son taxi. Il nous dépose devant le Marriott au centre-ville une trentaine de minutes plus tard. Nous entrons dans l’hôtel pour prendre des photos de la décoration de Noël. Je me promène dans un vaste buffet qui ouvre à midi. Nous allons ensuite à la poste emblématique en traversant la rue des livres. Je me prends en photo dans un miroir évoquant un personnage de dessin animé dressé sous un grand nœud papillon rouge sang embelli de guirlandes lumineuses. Plus avant, je salue une marchande à l’ombre d’un grand arbre, visage masqué, coiffée d’un chapeau rose, qui propose à la vente des trésors éphémères joliment agencés sur le pavé. Des cartes pop-up [la carte pop-up intègre du pliage en papier 3D qui, grâce à un mécanisme ingénieux, s’ouvre et met en volume des formes inventées] et autres créations artistiques, en trois dimensions pour beaucoup, dont des pagodes dorées et des fleurs délicates où un papillon est posé, racontent des histoires enfantines, des promesses d’émerveillement. Ces véritables œuvres d’art miniatures éphémères sorties d’un jardin enchanté se dévoilent à mon regard près de la poste, où de jeunes gens dans de beaux atours se font prendre en photo. Je suis sous le charme de trois jeunes filles et d’un beau garçon.
Les trois princesses, côte à côte, sont rayonnantes dans un ao dài, le costume traditionnel vietnamien pour hommes et femmes, évoqué rapidement précédemment dans le blog. Telles des robes longues et fluides d’un éclat soyeux, les ao dài dansent avec la lumière. L’un est bleu turquoise, éclatant comme un ciel d’été ; l’autre rose fuchsia, vibrant et chaleureux comme une fleur épanouie. Le dernier, au violet profond, se montre mystérieux et élégant comme un crépuscule. Les visages reflètent une grâce intemporelle. La posture des nymphes à la longue chevelure dégage une harmonie douce, presque musicale. L’espace d’un instant, je me trouve avec Catherine Deneuve dans le film « Peau d’Âne ». L’autre apparition est drapée dans un áo dài rouge vif, couleur de passion et de chance. La tenue du jeune prince contraste magnifiquement avec le blanc de son pantalon orné de motifs subtils. Dans sa main gauche repose un bouquet de fleurs blanches. Figé dans un moment de calme introspectif, tel un poème vivant au cœur de la ville animée, il éblouit mon regard.
Nous prenons la direction du restaurant végétarien repéré sur Internet. En chemin, je m’arrête dans une rue pour observer un homme suspendu dans une nacelle rouge. Comme un funambule, il gesticule dans le vide pour couper des branches d’arbres. Un imposant bras mécanique soutient la nacelle, tel un géant tendant la main vers les cimes. Au sol, les feuillages coupés jonchent la chaussée, formant un tapis vert éphémère, au grand dam des conducteurs de véhicules motorisés.
Les minutes, qui s’attardent comme nous en chemin, nous retrouvent un peu plus tard au restaurant végétarien Shamballa dans la rue Lý Tự Trọng où Hải Quang, un jeune homme en livrée violette, nous accueille avec un Wai. Nous savourons de concert un plat d’aubergines cuisinées avec des arachides. Entre les deux ravissantes salles du restaurant, un jardin suspendu murmure des secrets de verdure et de fraîcheur. Sous les plantes en pot suspendues, un petit bassin d’eau, miroir tranquille, offre à des plantes luxuriantes de s’épanouir dans un discret clapotis. Après le repas, pour aller aux toilettes, où se dévoileront deux citations, je traverse l’eau du jardin en marchant sur les larges dalles grises. Quand nous sortons du restaurant, les employés présents nous offrent chacun un Wai avec un sourire. Que d’attention pour de simples touristes de passage et quelle différence avec les restaurants en Europe où nous sommes allés. Nous prenons la direction d’un café que nous souhaitons découvrir.
En chemin, nous regardons un gratte-ciel inachevé qui se dresse dans le ciel gris, tel un fantôme tombé dans l'oubli. Les fenêtres béantes, pareilles à des yeux vides, sont impuissantes à contempler la ville en contrebas. Les étages se succèdent en hauteur dans une répétition hypnotique de rectangles et d’arches. La façade, vêtue de briques rouges et de béton pâle, noirâtres par endroits, crée une mosaïque industrielle impavide. Au dernier étage, les hublots ovales sont aveugles à la beauté qui les entourent, tel Tirésias à qui le monde de l'apparence s'est fermé. La végétation luxuriante enveloppe la tour solitaire inachevée à sa base pour la dissimuler lentement, comme elle le fit pour le château de la Belle au bois dormant. La tour, qui semble figée pour bien des années, soliloque sur le temps qui passe et sur les rêves architecturaux abandonnés.
Plus tard, les minutes dissipées et fugaces nous trouvent dans l’emblématique et luxueux café Legend repéré près du Marriott précédemment. Lors d’une découverte passée du centre-ville, j’avais pris en photo des publicités en enfilade de la marque vietnamienne. L’entreprise Trung Nguyên Legend, spécialisée dans le café, fondée en juin 1996 à Buôn Ma Thuột par Đặng Lê Nguyên, a connu une croissance rapide depuis sa création. De nos jours, Trung Nguyên Legend est présent dans plus de soixante pays et territoires à travers le monde. Nous sirotons, de concert également, un cappuccino au lait d’avoine. Une citation d’Ernest Miller Hemingway, posée sur mon petit plateau en bois acajou, pourrait se traduire librement par : « Toutes mes grandes œuvres sont nées après avoir siroté un café ».
Plus tard, nous marchons dans les rues pour joindre l’objectif de la journée. En chemin, je m’attarde devant une horloge rouge aux chiffres romains blancs qui annoncent la nouvelle année. Elle se situe au bas du gratte-ciel aux deux cubes, dont le supérieur semble en équilibre, pris en photo précédemment. Plus avant, un monsieur moustachu d’un certain âge assis sur son scooter orange et noir m’adresse la parole. Nous bavardons via l’application de l’iPhone et du papier sur lequel l’homme sympathique note deux réponses à mes questions. Il est né à Hué. Il est ravi d’apprendre que sa ville natale sera notre prochaine étape. Il accepte volontiers d’être pris en photo.
Les minutes vagabondes nous trouvent à quatorze heures vingt devant l’arche, aux lettres dorées et scintillantes dans la lumière tropicale, de l’emblématique portail du Thao Cam Vien de Saigon qui se dévoile sous la canopée luxuriante d’arbres centenaires. Des piliers élancés, vert émeraude, ornés de lanternes élégantes, encadrent majestueusement l’entrée de ce lieu historique. En cette période festive, un sapin de Noël givré arbore fièrement ses décorations de fête. Les mots en lettres rouges majuscules disposés sous l’arche souhaitent une joyeuse nouvelle année. Un vaste parking, où des centaines de deux-roues sont stationnés, côtoie le site. Un jardin des merveilles se présente à nous.
La création du Jardin zoologique et botanique Thảo Cầm Viên Sài Gòn, l’un des plus anciens au monde, riche de son histoire, remonte aux dix-neuvième siècle. Le jardin est né en mars 1864 sous l’impulsion de l’amiral Pierre Paul de La Grandière, alors Gouverneur de l’Indochine française. Son objectif visait la conservation de la faune et de la flore. Louis Adolphe Germain, vétérinaire de l’armée française, fut chargé de l’aménagement initial. Le développement du jardin se continua avec Jean Baptiste Louis Pierre (1833-1905), un botaniste français qui joua un rôle crucial. Sous sa direction, le jardin, qui devint un important institut de recherche botanique, s’enrichit de l’une des plus importantes collections de plantes tropicales jamais rassemblées par un seul individu. Le jardin ouvrit ses portes au public en février 1869. À cette époque, il hébergeait plus de cinq cents mammifères, oiseaux et reptiles. De nos jours, le jardin abrite plus de deux mille animaux et plus de deux mille cinq cents espèces végétales.
Nous admirons des sculptures d’animaux, ludiques et expressives pour certaines, dont nombre de dinosaures. Elles parsèment plaisamment le jardin dont le vaste zoo est magnifiquement mis en scène. Des pintades en enfilade se dévoilent derrière la statue d’un superbe éléphant sur fond de pagode et de gratte-ciel. Nous observons un groupe majestueux de marabouts, ces grands échassiers au port royal. Au cœur d’un écrin de verdure luxuriante, nous cheminons sur un ponton de bois rustique, tel un ruban ondulant, construit de planches patinées par le temps et bordé de rambardes en branches de bois, qui serpente gracieusement au-dessus des eaux paisibles de l’étang du jardin. Nous croisons sur la passerelle deux jeunes filles en robes traditionnelles, l’une rose et l’autre blanche, qui partagent un moment de complicité en se tenant la main, leurs sourires illuminant le décor enchanteur. Sous des gouttes de pluie passagères et rafraîchissantes, nous continuons nos découvertes. Le jardin abrite aussi un Luna Park avec des autos-tamponneuses et une grande roue. Nous croisons un chat noir et blanc. Jack Sparrow nous regarde de son œil noir. Les arbres centenaires rivalisent de hauteur avec les gratte-ciel qui bordent par endroits le jardin. Nous arrivons dans la partie principale du zoo. Un tigre du Bengale au pelage orange rayé de noir, des crocodiles pas toujours assoupis, des cerfs axis tachetés de blanc, une lionne musclée au pelage beige clair, des girafes dont une qui festoie, des éléphants, des antilopes et bien d’autres animaux se dévoilent. J’admire des fleurs « oiseaux du paradis ».
Soudain, tel un songe d’enfance surgissant de la verdure, un château de conte de fées, paré de teintes menthe glacée et blanc crème, enlacé par des ramures, se dresse avec grâce devant nous. J’attarde mon regard sur les tours élancées coiffées de flèches bordeaux et sur les créneaux blancs qui évoquent en moi un royaume enchanté d’antan. Nous passons sous l’arche centrale, tel un portail vers l’imaginaire. Un chemin mystérieux s’enfonce au-delà du seuil. Il nous offre d’accéder à une passerelle qui serpente au-dessus d’une autre réserve au bord de la rivière Sài Gòn où s’ébattent divers animaux dans des enclos. À un moment donné, je croise le regard d’un chevreuil. La vue depuis le parc alentour offre de toucher du regard les contrastes impressionnants de la ville. Telles des sentinelles figées, des gratte-ciel en enfilade nous impressionnent. Nous revenons sur nos pas pour sortir par le château. Autre part dans le jardin, nous cheminons dans une allée sous une voûte chatoyante, tel un ciel de mosaïques, faite de mille fleurs. Les roues chromatiques multicolores, aux couleurs vibrantes, tourbillonnent au gré de la brise. Les couleurs dansent au-dessus de nos têtes en créant un moment de poésie.
Le sablier du temps, qui continue de
verser ses grains d’or, nous invite à terminer la visite. Nous passons à côté
d’un petit train enchanteur coloré. Des groupes d’écoliers animent la sortie du
jardin. Nous prenons la direction du Marriott. Le long du chemin, nous nous
arrêtons devant un petit théâtre de tendresse et de couleurs. Des « hoa tuoi »
[fleurs fraîches] et des peluches nichées dans des créations florales
artificielles s’offrent à nos regards admiratifs. Les bouquets se déploient en
cascade chromatique. Nous achetons par fantaisie une création florale, que nous
offrirons à Chuyền, embellie par la présence d’un nounours gradué qui porte des
lunettes rondes comme un certain Harry. Le marchand fixe le prix à trois cent
mille dôngs, soit une dizaine d’euros. Nous arrivons à seize heures sous la
pluie battante au Starbucks du Marriott. Layla nous accueille et nous guide
dans le choix des douceurs. Je sirote une camomille en savourant un pain aux
raisins. Dehors, la pluie cascade allègrement. Après dix-sept heures, nous
sommes à bord de la voiture de Mạnh Hùng qui nous ramène chez nous. Partout où ils le peuvent, les
conducteurs de deux-roues s’enfilent allègrement sans états d’âme, parfois même
sur la chaussée inverse…
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