Pour nous rendre au buffet Chay Garden, nous modifions une partie du trajet en suivant une autre rue transversale. En chemin, sous le ciel tropical, je m’attarde devant une séduisante voiturette électrique à la carrosserie, quasi inexistante, beige et blanche qui évoque la douceur du sable caressé par le soleil. Ses formes arrondies et accueillantes, ses sièges capitonnés d’un tissu clair invitent à s’asseoir pour vivre une balade aux quatre vents. À l’avant, des bois de renne fixés à la toiture insufflent un esprit festif, comme si le tricycle était un traîneau de Noël réinventé pour la cité urbaine. À l’arrière, un Père Noël jovial pour gavroche, assis sur une balançoire de fortune, ajoute une touche espiègle et enfantine.
Plus avant sur la rue Thảo Điền, j’entends des oiseaux qui chantent. Je les cherche du regard. Je les découvre sous un ciel tamisé par les feuillages, suspendus dans une cage ouvragée entre ciel et terre. Elle balance au-dessus d’un balcon orné de ferronneries dorées aux arabesques créatives. À l’intérieur, les oiseaux, êtres ailés prisonniers de leurs rêves, chantent pour attirer l’attention de leur sauveur.
Nous prenons à droite pour découvrir la rue Tống Hữu Định. Nous nous attardons devant le Kin Neko Cat Cafe. Derrière le vitrage orné d’un traditionnel grand nœud rouge, des chats sommeillent paisiblement sur des coussins moelleux. Plus avant, nous passons devant la boulangerie pâtisserie Saint Honoré et devant une école Montessori.
Une fois dans le restaurant, une jeune femme gracile nous installe dans la seconde salle. Je lui demande : « Bạn có đệm cho ghế không ? » [Auriez-vous un coussin pour la chaise ?]. Deux coussins jaunes viennent alors participer à mon confort. À la table voisine, deux amies se retrouvent dans une liesse émouvante. En sortant du restaurant, je vois trois petits lutins de céramique sur la terrasse. Leurs bonnets colorés – turquoise, rouge vif et jaune doré – ajoutent une touche de gaieté à ce tableau bucolique. Nous prenons la direction de la rue Xuân Thủy.
Plus tard, nous entrons au Faro Cafe pour vivre tranquillement des instants de détente gourmande et de farniente ; hier nous avons cheminé sur plus de six kilomètres. Un jeune serveur sexy nous apporte en deux temps la commande dans la salle du premier étage. Le café s’est installé sur trois niveaux, le quatrième étant réservé aux membres du fitness Club Pilates. Un thermomètre indique une température intérieure de vingt-quatre degrés Celsius avec un peu plus de soixante pour cent d’humidité. Par fantaisie, ma pensée s’affranchit du temps et de l’espace et je me retrouve à Faro au Portugal début octobre 2020. Les deux jeunes filles à la table voisine, confiantes, s’absentent mystérieusement de temps à autre, en laissant nonchalamment leurs affaires. Patrick pense qu’elles vont prendre des photos. Nous faisons de même après une plaisante détente. La décoration intérieure et extérieure du café se montre particulièrement attrayante. De la vaisselle séduisante offre de lire sur une grande sous-tasse blanche les mots circulaires en lettres majuscules noires « Nous avons passé des moments agréables ». Un imposant nounours blanc en peluche portant un nœud papillon bordeaux est plaisamment avachi sur une grande partie d’un canapé demi-circulaire en enfilade. Je prends le temps d’admirer la décoration à l’angle du comptoir.
Un majestueux Père Noël bon enfant, vêtu de brocart rehaussé de dessins richement décorés brochés d’or et d’argent, la barbe blanche soyeuse, le visage bienveillant derrière ses petites lunettes rondes, côtoie deux sapins cristallins qui ressemblent à des sculptures de glace. Leurs surfaces scintillent en captant et en réfléchissant la lumière comme des centaines de minuscules diamants. Ces arbres féeriques semblent avoir été givrés par Jack Frost lui-même. L’ensemble compose un tableau harmonieux où se mêlent l’esprit festif de Noël et l’ambiance chaleureuse du café, créant une atmosphère où la magie des fêtes rencontre le plaisir des sens.
Jack Frost, artiste et poète du givre et de
l’éphémère, personnage emblématique à l’apparence enchantée de la symphonie
hivernale, se dévoile comme une créature éthérée et fascinante. Tel un petit
elfe à la vivacité espiègle, Jack émerge dans l’éclatante clarté des matins
givrés. Son visage pâle, presque bleuâtre, encadré par des mèches de cheveux
blancs semblables à des flocons figés, évoque la froidure délicate d’une aube
hivernale. Ses yeux d’un bleu profond portent en eux la magie cristalline des
étendues gelées, reflétant l’immensité des paysages hivernaux. Ses doigts
agiles peignent des motifs délicats sur les fenêtres, créent des arabesques
semblables à des fougères capturant la magie frémissante de l’aube gelée. Il
façonne le paysage d’un éclat argenté, laisse derrière lui un manteau blanc
d’une beauté magique. Dans sa danse avec les vents, Jack insuffle le givre dans
chaque recoin du paysage endormi. Son rire d’enfant, un doux « hi-ho », résonne
comme une mélodie légère, une note d’espièglerie pure accompagnant ses
créations. Les cieux répondent à son appel, font descendre des flocons de neige
virevoltants, telle une pluie de joyaux immatériels. Helen Bayley Davis
rencontre Jack dans son poème :
Quelqu'un a peint des tableaux sur ma vitre hier soir
Des saules aux branches traînantes
Et des fleurs blanches comme le givre
Et de jolis papillons de cristal
Mais lorsque le soleil du matin
Les a touchés de ses rayons dorés
Ils ont disparu un à un
Cette poésie reflète à merveille la nature fugace et magique des œuvres de Jack Frost qui disparaissent sous les rayons du soleil matinal, laissant derrière elles le souvenir d’une beauté évanescente. Telle une sentinelle des glaces se révélant dans chaque flocon, Jack Frost incarne la poésie intemporelle de l’hiver.
Dehors, devant l’entrée du café, de jeunes gens, tels des mannequins, se prennent en photo devant les sapins majestueux parés de rubans rouges et d’une symphonie de boules veloutées rouge écarlate. Plus tard, Phát, un jeune homme svelte, nous accueille au Starbucks Thao Dien. Une jeune fille, qui œuvre sur une tablette et un smartphone, nous permet spontanément de nous joindre à elle dans le carré de fauteuils confortables où elle a pris place. Après la commande, quand je remercie Phát par son prénom, son visage s’illumine d’un sourire. Il m’offre un Wai au niveau du cœur. Avant de sortir du café, via l'application de l'iPhone, je remercie encore, en langue vietnamienne, notre sympathique voisine en lui souhaitant une belle soirée et de plaisantes fêtes de Noël. Son visage s'illumine et elle me souhaite aussi un « Merry Christmas ».
Quand les minutes détendues nous
retrouvent plus tard sur le chemin du retour, je fais un signe au chiot de
Corée, encore présent dans la cage vitrée…



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire