En allant déjeuner en fin de matinée, devant une petite échoppe regorgeant de produits du quotidien, j’attarde un instant mon regard sur une petite crèche artisanale de Noël empreinte de symbolisme, tel un hommage à la lumière dans l’ordinaire. Elle prend vie dans une petite grotte aux contours décorés de guirlandes aux couleurs vives. Des boules colorées sont suspendues comme des étoiles aux branches nues d’un petit arbre. Les figurines de la Nativité, nichées au cœur de la grotte, rappellent la naissance du Christ qui transcende les lieux et les époques. Derrière elles, les mots Emmanuel, Thiên chúa ở cùng chúng ta [Emmanuel, Dieu est avec nous] se lisent sur une pancarte en carton. Au bas de la crèche posée sur un support à hauteur de table, une toile bleue illustre l’arrivée des Rois Mages à dos de chameaux à Bethléem, guidés par l’Étoile du Berger.
Plus avant, je m’attarde devant une grille d’école primaire, où de joyeuses silhouettes d’enfants aux vêtements de couleurs éclatantes, symbolisant les rêves propres à l’enfance, sont accrochées aux barreaux bleus, telle une ode à la joie de vivre et à l’apprentissage par le jeu. Des enfants approchent de l’entrée pour nous saluer en agitant la main ; une fête se déroule probablement à l’intérieur de l’école.
Plus loin, nous découvrons inopinément l’Église du rédempteur de Huê. Ce chef-d’œuvre architectural mélange harmonieusement les styles orientaux et occidentaux. Le clocher octogonal en pagode contraste avec les diverses toitures recouvertes de tuiles rouges en évoquant la tradition asiatique et celle des édifices européens. Construite entre 1959 et 1962 sous la direction des rédemptoristes, cette église est l’œuvre de l’architecte vietnamien Nguyen My Loc, diplômé de l’École des Beaux-Arts d’Indochine. Un tableau visible dans l’enceinte de l’église représente un hommage historique à l’arrivée en train à Huê en 1925 des missionnaires de l’ordre religieux catholique, d’origine italienne, des rédemptoristes. Une estrade en forme de trottoir rappelle un quai de gare avec les trois personnages debout avec leurs bagages. Autre part dans l’enceinte de l’église, devant un décor peint représentant le pont Tràng Tiền, une grande crèche circulaire, colorée et animée de nombreuses figurines, se dévoile majestueusement. Un Père Noël saxophoniste inattendu apporte une note musicale à cette scène intemporelle. Le long de l’arrondi de la crèche, les mots sur une bannière Lòng Chúa Cứu Thế Hiện Diện Tại Việt [La présence du Cœur du Christ Rédempteur au Vietnam] ancrent cette crèche dans le contexte culturel vietnamien tout en célébrant l’universalité du message chrétien. À l’intérieur de l’église, quatre cloches électromagnétiques, réalisées par la célèbre fonderie Paccard à Annecy, ajoutent une dimension savoyarde à cet édifice baigné de syncrétisme.
Nous déjeunons chez Pizza Hut sur la rue Bà Triệu dans le centre commercial Go. La jeune Hà My nous accueille. Après le repas, constitué d’une pizza végétarienne agrémentée de morceaux d’ananas, nous allons effectuer des emplettes dans le vaste supermarché Go, réparti sur deux niveaux, aux innombrables rayonnages qui débordent de produits. Des lanternes rouges suspendues, des branches et des arbustes riches de fleurs jaunes éclatantes d’abricotiers s’ajoutent aux nombreuses décorations pour le Tết, le Nouvel An lunaire vietnamien. Hoàng Dũng et Suni Hạ Linh chantent « Cảm Ơn Nhà ».
Plus tard, nous marchons en direction de chez Choco House. Nous passons devant l’entrée de l’Imperial Palace, au riche héritage culturel et architectural vietnamien influencé par des esthétiques chinoises et françaises, autrefois témoin des fastes de la dynastie Nguyen. Le traîneau rouge et or du Père Noël et ses rennes argentés se sont posés sur le haut de l’escalier monumental aux balustrades blanches, sous la marquise en verre semi-circulaire soutenue par des rayons métalliques qui se terminent avec des arabesques, telles des volutes de nuages.
Jouxtant le palace, le temple de Cao Dai Thánh Thất Vĩnh Lợi d’une beauté saisissante, empreint d’une architecture colorée aux lignes symétriques, aux façades richement décorées, aux tours élancées telles des lanternes ou des pagodes, ressemble à une église chrétienne majestueuse. Les teintes vives de jaune et de rouge des façades, rehaussées par des accents verts et bleus, les toits superposés finement sculptés et décorés de motifs traditionnels, les persiennes aux volets bleus, les fresques et ornements, semblent raconter de multiples récits. Les détails architecturaux reflètent l’influence des grandes religions du monde : bouddhisme, taoïsme, confucianisme, christianisme et islam. Chaque élément du temple porte une signification spirituelle profonde, notamment l’omniprésent Thiên Nhãn [Œil Divin], symbole de Dieu qui voit tout. Ce lieu célèbre l’unité des croyances des caodaïstes dans leur quête de la vérité spirituelle. Bouddha, Jésus-Christ, Mohammed et Confucius, ainsi que Jeanne d’Arc et Jules César, sont tous honorés dans le temple. La religion Cao Đài, née au début des années vingt au siècle dernier, serait la deuxième plus grande religion au Vietnam. Devant le temple, un obélisque, orné de swastikas, symbole ancien de prospérité et d’éternité dans la culture asiatique, s’élève vers le ciel.
En chemin, nous nous approchons du parc Ton Duc Thang qui s’épanouit autour d’un petit lac où un pont aux rambardes blanches apporte une note romantique. Avant un bref arrêt dans le centre commercial Vincom Plaza, une autre propriété du groupe de Pham, pour regarder les décorations de Noël, je croise sur l’asphalte mouillé une femme qui porte un imperméable transparent orné de fleurs bleues. Son chapeau conique la protège des caprices du ciel. Pieds nus, elle avance avec des tatanes rouges trempées par la pluie. Elle pousse un modeste chariot, un compagnon fidèle et usé par les années, protégé par un toit de fortune en tôle ondulée. J’aperçois une petite marmite. Chacun de ses pas chuchote comme un poème silencieux. Sans trop savoir pourquoi, je me sens proche de cette femme. Plus avant, nous nous attardons devant une maison étroite et haute, blottie entre deux bâtiments privés de charme, embellie d’un balcon à chacun des quatre étages, qui s’élève comme un recueil vertical de poèmes. Chaque étage, peint dans une teinte pastel différente, bleu ciel, pêche, rose poudré et jaune soleil, raconte un quatrain différent.
Nous arrivons à destination. Je renonce à notre dessein de passer des instants de détente chez Choco House devant un escalier carré en colimaçon vertigineux qui mène à la salle en étage. Nous allons au Highlands Coffee qui jouxte l’hôtel Impérial. En chemin, un conducteur de cyclo-pousse, aux coussins rouge vif, nous adresse la parole pour nous proposer une heure de promenade. Un autre conducteur de cyclo-pousse est avec lui. Devant la pluie persistante, nous déclinons son offre. Il parle un peu de français. Il nous dit que, demain, il va assister au mariage de son oncle. Manh Duy, un garçon au sourire facile, et Ngoc Linh, une jeune fille au léger sourire, nous accueillent au café. Thomas Rhett chante It’s beginning to look a lot like Christmas…

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire