En fin de matinée, nous marchons pour la première fois sur le trottoir opposé le long des hautes parois ajourées de l’Ecole internationale anglaise. Plus avant, une galerie d’art s’ouvre généreusement sur la rue, invitant les passants à plonger dans un univers de couleurs et d’émotions. Plusieurs peintures, vibrantes et pleines de vie, s’exposent plaisamment à l’entrée, comme des fenêtres ouvertes sur des histoires secrètes. Deux portraits de femmes captivent mon attention. Le regard profond de la plus âgée, au sourire éclatant, est empreint de mystère et de force. Le mien entre ensuite à l’intérieur de la galerie. Des rangées de toiles soigneusement alignées attendent d’être découvertes.
Plus loin, telle une parenthèse enchantée, un bassin aquatique se dévoile. Des carpes koïs, orange et blanc, glissent gracieusement dans l’eau d’ébène, comme des pinceaux de couleur dansant sur une des toiles de la galerie. À côté d’un éléphant de céramique vert, orné de motifs bleus et ocre, une brume blanche, éthérée et mystérieuse, s’élève. Les volutes gracieuses flottent comme un voile de rêve au-dessus de l’eau dans ce petit paradis aquatique encadré par la végétation tropicale. À quelques pas, Patrick remarque la présence d’un café-hamac où trois garçons se reposent dans les cocons en toile vert bronze, les yeux rivés sur le devenu traditionnel smartphone. Quelques pas plus loin, mon regard est attiré par une bâtisse aux allures de palimpseste architectural où les années ont écrit son histoire mouvementée. Tels d’improbables échafauds, un canevas de tubulures enlace la façade défraîchie de couleur crème. Des climatiseurs, telles des sentinelles modernes, contrastent avec la végétation ébouriffée qui apporte un peu de douceur ci et là sur les vérandas et balcons de fortune. La porte blanche, élégant portail vers les vies intérieures, donne du caractère à la bâtisse aux mille visages. Je suis séduit par cette symphonie visuelle au délabrement poétique.
Plus avant, devant un étal de fruits, je regarde un panier ajouré qui regorge de grappes de ramboutans, un fruit tropical ovoïde, facilement reconnaissable à son apparence distinctive, dont les écorces sont recouvertes de poils souples qui leur donnent leur aspect si particulier. Leur couleur rouge vif aux pointes verdâtres indique que les fruits sont à maturité optimale. Nous arrivons à midi chez Chay Garden. Une seconde paire de bottines rouges est apparue devant le sapin de Noël aux branches et petites bûches. Après le repas et un temps de détente au Starbucks du centre Thao Dien Pearl, nous partons à la découverte après une recherche sur Internet.
En chemin, à l’angle de deux rues, sur le trottoir inégal, sous une toile orangée qui filtre la lumière du jour, une échoppe de coiffeur de rue se dévoile. Le miroir reflète des fragments de vie quotidienne. La cape de protection bleu roi est posée sur le dossier de la haute chaise à bras. Allongé sur un relax sommaire, le bas des jambes posé sur un tabouret, le barbier s’est assoupi en attendant le prochain client. Le temps de l’homme en repos s’est suspendu dans la chaleur de l’après-midi où le périmètre entre espace privé et public s’estompe dans une douce confusion urbaine. À l’arrière-plan, une ribambelle de scooters sommeille également, témoins inanimés de cette scène de rue attrayante.
Plus avant, je m’attarde un instant devant un des magasins du chocolatier Marou. Tout commença en 2011 quand Samuel Maruta et Vincent Mourou découvrirent au Vietnam des fèves de cacao d’une saveur exceptionnelle... Samuel, venu se ressourcer à Saigon auprès de sa famille, croise le chemin de Vincent Mourou, un publicitaire de San Francisco qui venait d'abandonner sa carrière florissante pour une odyssée au Vietnam. Cette rencontre fortuite dans la jungle déclencha un rêve commun de rompre avec l'ordinaire. Le rêve de ces deux Français aventureux devint réalité. De nos jours, leur marque de chocolat noir, entièrement fabriqué à partir les meilleurs ingrédients du Vietnam, offre des instants de saveur gourmande…
Le temps, qui s’écoule paisiblement en favorisant la promenade des regards en marchant, nous trouve ensuite dans la rue Trần Ngọc Diện où la chaussée est envahie par les flots ; un possible aperçu d’un jour de mousson. Des travaux expliquent peut-être la présence de cette rivière agitée dans la rue. Tous les véhicules roulent au pas. Nous passons devant une magnifique bâtisse, que j’apparente à un petit château, qui abrite le siège social, me semble-t-il, de la firme vietnamienne Quoc Huy Anh fondée en 2000 et de sa filiale allemande Ha Berlin Investment, fondée cinq ans plus tard. Quoc Huy Anh opère dans divers domaines dont la distribution de produits chimiques et de produits d’étanchéité en silicone Apollo. Dans les minutes suivantes, nous entrons chez Bloq, un petit centre commercial typique du Vietnam des années avant le modernisme. Des sapins en habits de fête et des paquets cadeaux nous accueillent. Je suis tout de suite sous le charme d’un vaste atrium, telle une placette de village, où des tables entourées de chaises disposées sur le sol carrelé, aux plateaux à carreaux verts, attendant patiemment les convives. Sous un ciel artificiel embelli de rubans dansants aux couleurs vives - jaune soleil, rouge passion et vert printemps - les boutiques s’étagent harmonieusement sur trois niveaux, le long de séduisantes vérandas sur les deux niveaux supérieurs aux balustrades turquoise décorées de guirlandes lumineuses. Elles exposent leurs trésors derrière les vitrines. L’ensemble forme un cocon commercial intimiste, une parenthèse urbaine où le temps semble suspendu. Nous accédons aux étages par un ascenseur aux portes à persiennes bleu lavande intégrées dans une façade jaune moutarde agrémentée d’une fenêtre ; une belle réalisation, rare et insolite.
Au dernier niveau, nous entrons par fantaisie dans l’atelier de photographie Nay kỷ lục. Mai, une charmante et délicieuse jeune fille, nous accueille. Elle nous explique, via le traducteur sur mon iPhone, que tout un chacun se prend lui-même en photo dans le studio avec du matériel professionnel activé par télécommande. Assis chacun sur un tabouret à côté d’un sapin de Noël, nous jouons plaisamment le jeu. Les cinq premières minutes coûtent quarante mille dong, soit un euro cinquante. Nous prenons quatre clichés en couleur. Nous sélectionnons le dernier que Mai imprime en noir et blanc à notre demande. Je promène mon regard sur la décoration plaisante. Sur une petite étagère, une collection de dvd de Harry Potter me rappelle quand je faisais la lecture à Florian dans son enfance. Nous donnons cent mille dongs à Mai qui s’interdit de garder le surplus. Je l’invite à offrir une photo à quelqu’un pour les fêtes avec la différence. Elle accepte. Cette petite aventure m’a enchanté et je suis ravi d’être entré.
Nous terminons la découverte de Bloq Saigon et nous prenons la direction de chez nous. Nous passons devant le Flâneur Café. Les véhicules continuent de rouler au pas dans la rue inondée. Nous serpentons pour garder le plus possible les pieds au sec dans un parcours que certains qualifieraient de rocambolesque. Nous effectuons une pause dans le Starbucks Thảo Điền. Kuro, un charmant jeune homme à mon écoute qui porte un prénom japonais signifiant « noir », nous accueille au Starbucks Thao Dien. Je teste pour la première fois un chocolat chaud au Vietnam qui se montre excellent, cacaoté et peu sucré. Deux écrans numériques d'affichage dynamique diffusent de la publicité dans le café. A côté du sapin de Noël, un tableau noir dévoile une création à la craie où se lisent les mots « Merrier together » [Plus joyeux ensemble]. Dans les produits à vendre de la marque, un attrayant étal festif a été créé pour les fêtes.
Après cette plaisante vague éphémère sur le fleuve du temps, nous reprenons notre chemin. Cinq minutes plus tard à peine, nous entrons dans la célèbre boulangerie pâtisserie artisanale française Voelker où nous achetons deux belles parts de tarte aux pommes pour le dîner. Une citation de Miguel de Cervantès se dévoile : « Tous les chagrins sont moindres avec du pain ». Des pas plus loin, une luxueuse Mercedes noire s’arrête devant chez Annam Gourmet. Le chauffeur ouvre la portière arrière côté trottoir. Une créature de rêve sort pour entrer dans la boutique de luxe d’un pas velouté. Ses vêtements asiatiques merveilleusement créatifs me séduisent immédiatement. Je suis du regard la jeune femme d’aspect androgyne jusqu’à sa disparition dans le magasin. La marche se poursuit. Nous croisons nombre de deux-roues dont certains conducteurs ont assis un enfant devant eux. Une photo capture l’un d’entre eux…


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