À midi, nous sommes chez l’Herbanyste. La pluie tombe doucement. La température a baissé. Elle oscille autour de vingt-six degrés Celsius. Nous choisissons la facilité pour le déjeuner, le restaurant étant à deux pas de chez nous. Durant la préparation des mets, je promène mon regard sur la décoration attrayante. Je l’attarde sur une étagère en bois qui accueille une collection éclectique de livres, témoins silencieux de voyages littéraires variés. Sur un des rayonnages, un petit terrarium abrite un paysage verdoyant miniature où une statuette de Bouddha repose paisiblement parmi les plantes vertes, créant une oasis de sérénité. Les livres, aux tranches et couvertures colorées, racontent des histoires allant de la philosophie à la fiction. Près du terrarium, le gros livre d’Ayn Rand, intitulé « The Fountainhead », trône de par sa taille. Deux petites figurines en uniforme, bleu et rouge, des Lilliputiens dans la bibliothèque, assises côte à côte, ajoutent une plaisante touche ludique à l’ensemble.
Le livre « La Source vive » explore principalement le thème de l’individualisme contre le collectivisme, non pas dans un cadre politique, mais au niveau de l’âme humaine. À travers le personnage principal, Howard Roark, un architecte innovant et intransigeant, Ayn défend l’idée que l’intégrité personnelle et la créativité individuelle sont les moteurs du progrès humain.
Les minutes caressent les aiguilles du cadran. La jeune serveuse vient nous demander : « Bạn có gọi bake potato không ? » [Souhaitez-vous commander des pommes de terre au four ?]. Nous acceptons volontiers sa proposition. La préparation des mets prend son temps. Une trentaine de minutes se sont déjà écoulées. Je continue mes observations. À ma gauche, je tombe sous le charme d’un autre terrarium luxuriant qui s’épanouit, vibrant de vie et de couleurs. Les plantes aux feuilles vertes et pourpres s’entrelacent, formant un tapis dense et varié qui évoque une forêt tropicale miniature. La lumière douce et multicolore illumine délicatement chaque feuille, créant un jeu d’ombres et de reflets qui danse sur les parois latérales transparentes. Le repas arrive. Nous nous régalons. Je savoure, avec les deux toasts à l’avocat, des champignons poêlés nấm linh chi nâu. Connu sous le nom de cristal brun, le champignon présente un pied blanc surmonté d’un chapeau de couleur brune. Je trouve leur texture à la fois croquante et élastique, avec une saveur légèrement sucrée. Jimmy Cliff chante You can get it if you really want. Tout comme moi, un jeune homme vietnamien, assis avec sa compagne sur un canapé duo, se lève pour admirer la décoration. Après le repas, nous donnons un bon pourboire à la jeune serveuse qui, étonnée, demande si c’est bien pour elle ; elle est touchée par notre geste. En sortant, nos pas nous mènent un peu plus avant dans la rue du restaurant, où les bâtiments sur la gauche sont en cours de construction. Nous voyons le Landmark 81 au loin dont une partie du gratte-ciel est enveloppée de brume. Nous retournons chez nous.
La pluie continue de tomber. À quinze heures, nous décidons d’aller découvrir le salon de thé RuNam de Thảo Điền. Nous serpentons entre les flaques d’eau, nous accueillons des myriades de gouttes de pluie. Une petite trentaine de minutes plus tard, Thụy Khuê nous accueille chaleureusement chez RuNam. Elle nous invite à prendre place où nous désirons. Je choisis un emplacement où la climatisation est absente. Je prends place dans la grande salle sur une banquette en enfilade en cuir havane patiné. Nous optons pour le même choix qu’hier. Je prends des photos pendant la préparation de la commande. Je marche sur un carrelage captivant en trompe-l’œil qui montre une mer de cubes tridimensionnels tentant d’émerger de la surface. Les teintes de noir, blanc et gris s’entrelacent pour créer une illusion d’optique saisissante en évoquant un jeu d’ombres et de lumières. La jeune serveuse attentionnée offre de me prendre en photo dans un cabriolet pivotant en velours ocre rouge à motifs. Revenu à la table, j’admire le proche lustre splendide, tel un bouquet de fleurs lumineuses, dont les sphères dorées, semblables à des grappes de pétales délicatement sculptés, diffusent une lumière chaude et douce.
Thụy Khuê, dont le prénom
peut se définir par « jeune fille gracieuse et mélodieuse », apporte
avec délicatesse le service à thé en verre transparent qui
dévoile l’infusion ambrée, parsemée de baies rouges et d’autres ingrédients
évoquant une potion magique. Les douceurs appétissantes, deux parts de bûche de
Noël au chocolat, escortent la théière. Depuis ma place confortable, je vois le
meuble-bibliothèque qui offre aux regards ses étagères garnies de livres et
d’objets décoratifs dont un trésor d’une époque révolue que j’ai pris plaisir à
photographier. Il s’agit d’un magnétophone à bobines, né chez Radio Corporation
of America, témoin des murmures et des mélodies d’hier, qui montre ses deux
grandes bobines renfermant des voix oubliées et des musiques du passé. À côté
du magnétophone, un carrousel miniature orné de chevaux blancs ajoute une
touche de poésie à ce décor empreint d’un soupçon de nostalgie. Je me laisse
bercer par la douce valse des minutes en savourant lentement la part de bûche
tout sirotant le thé dans une petite tasse de porcelaine, ronde comme la lune
naissante. Des musiques de Noël se laissent entendre plaisamment dont la
chanson « When Christmas comes to town » interprétée par Matthew
Hall et Meagan Moore. Nous quittons cette oasis de tranquillité après avoir
salué Thụy
Khuê et lui avoir souhaité de belles fêtes. Nous laissons derrière
nous les nuages d’une plaisante insouciance qui se dispersent en sortant du
salon de thé pour retrouver les nuages gorgés de pluie dont les vannes sont
encore ouvertes…

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