vendredi 13 décembre 2024

Journée riche en surprises insolites à Thảo Điền...

    Après onze heures trente, nous marchons sur le trajet connu qui va nous mener chez Zeroism. Des décorations de Noël sont apparues sur la façade principale du collège maritime. Un peu plus loin, je vois un hamac qui est apparu en travers du trottoir vers l’école anglaise. Un homme allongé se repose en œuvrant sur son smartphone. Je me dis que si les Vietnamiens vivaient en France, ils se sentiraient privés de liberté. Dans le sillage du trottoir, un coupé sport Porsche Pirelli attire mon regard par le bleu clair et l’orange vif de sa carrosserie. La voiture arbore le légendaire « Gulf Blue », une couleur devenue célèbre dans les années soixante grâce aux victoires des Porsche 917 aux 24 heures du Mans. Plus avant, nous croisons des groupes d’élèves en uniforme de différentes écoles. Je lis sur des tee-shirts blanc et jaune les mots Hué Cheetahs présents sur un logo circulaire où s’affiche la silhouette d’un guépard. Le logo représente la mascotte du lycée Quoc Hoc de Hué, une institution prestigieuse fondée en 1896. Ce Lycée est le plus ancien du Vietnam. Il fut créé par décret impérial sous le règne de l’empereur Thanh Thai. À l’origine, il était destiné aux enfants des familles royales et nobles.

    Plus loin dans la rue Quc Hương, toujours aussi animée, je vois que la dame coiffée d’une casquette, qui marche avec une poussette vide devant elle, est en retard sur son trajet coutumier. Nous la croisons habituellement dans la rue transversale 76 où la voie est étroite et où les véhicules de toutes sortes se croisent, parfois dans une joyeuse confusion. J’ignore pourquoi la jeune femme circule, quotidiennement me semble-t-il, avec une poussette vide ; va-t-elle chercher un enfant quelque part ?

    Plus loin, contre toute attente, je vois un gros poisson vivant au sol sur le bord de la chaussée, à côté de la roue arrière d’un scooter. Il s’agit d’un poisson à tête de serpent Channa argus. Ce poisson a la particularité remarquable de pouvoir survivre plusieurs heures, voire plusieurs jours hors de l’eau tant que sa peau reste humide. Cette capacité est due à un organe spécial qui lui permet de respirer l’air ambiant. Le trajet est vraiment riche en surprises insolites. Cette fois, je passe à côté d’une dame qui se fait coiffer au milieu du trottoir. Une jeune femme lui applique un produit sur les cheveux avec un genre de blaireau. Dans la rue Thái Ly, où le restaurateur balayait les feuilles mortes dans le périmètre qu’il avait défini pour son restaurant, deux hommes déjeunent sur le trottoir sous les bougainvilliers. Au bout de la rue, devant l’une des deux entrées des Tho Đin Villas, qui mènent à Rose Villa, un sapin de Noël est apparu. Un homme termine la décoration en posant une guirlande lumineuse autour des branches.

    Autre part dans les méandres du quartier, nous croisons sur le trottoir un couple inanimé sans pieds dont la femme est privée de tête. Habillés d’un mélange éclectique et audacieux, ils racontent une histoire d’élégance décalée. L’homme porte un veston fleuri sur un gilet rouge profond, accompagné d’un pantalon en velours côtelé couleur terre, évoquant un charme rétro et bucolique. La femme, d’une élégance plus sophistiquée, arbore une veste à carreaux rouges et verts, ceinturée avec une longue cravate rayée qui contraste avec une jupe longue bleu roi.

    Des pas plus loin, je m’attarde à l’entrée d’un commerce où j’admire un sapin de Noël réinventé, à la structure en bois clair composée de lattes disposées en spirale élégante. Les guirlandes scintillantes suivent la spirale en babillant avec des boules aux teintes dorées, cuivrées et rouges, qui flirtent avec des rondelles d’orange séchée qui ressemblent à des soleils miniatures. 

    Près de chez Zeroism où le déjeuner s'annonce, je remarque la présence d’un immeuble blanc étroit. Une végétation luxuriante, qui déborde des balcons, descend en cascade, comme des lianes d’une forêt suspendue. Des câbles électriques tissent une toile complexe devant la façade. À l’entrée du restaurant, des mots en anglais souhaitent « Bienvenue chez nous ». Lors du repas, je savoure un sandwich à la baguette garni de morceaux d’artichauts et autres végétaux. Toutes les sortes de pains servies dans le restaurant sont produites artisanalement sur place.

    Après le déjeuner, nous prenons la direction du Starbucks Pearl. Je me dis en marchant que la ville de Saigon est une hymne au mouvement. Ses habitants en sont le sang qui pulse dans les artères et les veines de la cité, irriguant chaque quartier avec leur dynamisme et leur énergie. Les surprises continuent. Nous nous attardons devant un chariot motorisé chargé de pamplemousses verts, tel un îlot de fraîcheur. Le véhicule ingénieux, mi-moto mi-étal, témoigne de l’esprit de débrouillardise des Vietnamiens. Un Père Noël gonflable rouge vif contre un mur au-dessus du chariot semble avoir été parachuté. Près de notre destination, nous passons devant le café restaurant « Sticky rice Cafe’In » qui est déjà ouvert à la clientèle. La façade moderne et élégante est parée, tel un cadeau géant, d’un majestueux ruban rouge écarlate. L’architecture en béton brut est percée d’arches gracieuses et de cercles décoratifs. Le devant d’un tuk-tuk, vert émeraude et jaune soleil, entouré partiellement de poteries d’argile, émerge de la façade tel un passe muraille. L’inauguration a eu lieu hier. Il y a encore quelques jours seulement, les travaux de création étaient toujours en cours. Les vitrages venaient juste d’être posés. L’intérieur était brut et entièrement vide. Nous avons assisté aux débuts des travaux qui ont commencé il y a une vingtaine de jours. J’entre pour une découverte. J’explique ce que je viens d’écrire à un jeune serveur qui rit et me guide pour une visite. Je suis bluffé du résultat magnifique et attrayant. Je décline son offre de monter au premier étage. Admiratif, je tire mon chapeau au serveur, qui me dit à bientôt avec un grand sourire quand je sors.

    Une halte plaisante et narrative se déroule au café réputé. Linh, une charmante jeune fille, qui porte des lunettes rondes, nous accueille. June Christy chante « The Merriest ». Devant l'entrée, les jets d’eau jaillissent sur la sphère grise où le haut de la silhouette du gratte-ciel Landmark 81 pointe dans les nuages en camaïeu de gris dans une séduisante perspective. Au sortir de ce havre de bien-être, nous allons faire des courses chez Tops Market. Des dauphins en peluche sont venus rejoindre les cochons fuchsias à l’entrée du supermarché où les décorations de Noël ont pris de l’ampleur. Vương Bình chante « Anh B Vai » de sa douce voix musicale. Je m’attarde dans un long rayon de bonbons et de denrées, très caloriques, à grignoter. La diversité est époustouflante. Les emballages colorés sont riches de créativité pour séduire le client. Je prends quelques photos dont une d’un produit pour les enfants, fabriqué par Nestlé au Vietnam. Tout un rayonnage est approvisionné de bonbons de toutes les couleurs dans de petits flacons triangulaires en plastique de la marque Phong v Thế Gii [Goût du monde]. Lan Anh nous accueille à la caisse. Ses yeux sont souriants. Prise dans la routine, elle commence à mettre nos courses dans un sachet comme un automate. Elle se met à rire quand elle remarque le sac à dos ouvert de Patrick.

    La pluie nous accueille en sortant. Dans la proche petite ruelle, devant l’entrée d’un petit bâtiment, je glisse opportunément mon iPhone dans un des petits sachets en plastique transparent refermables avec un curseur achetés à l’instant pour un autre usage. Mes yeux se posent dans le hall sur la peinture « Le Champ de blé aux iris » de Vincent van Gogh, réalisée dans les environs d’Arles en 1888. L’œuvre originale est conservée au musée Vincent van Gogh d’Amsterdam. Nous cheminons le long des rues en nous abritant de temps à autre sous les parasols des gardiens de scooters, sous les ramures et autres refuges temporaires. Đào, un garçon courtois, dont le prénom signifie « fleur de pêcher », nous accueille, joyeusement trempés, au Starbucks Thao Dien toujours aussi animé. Une grande et belle jeune fille asiatique, en deux pièces léopard, short et bustier, acquiesce avec le sourire à ma demande de nous joindre à elle dans son carré à l’angle vitré du café. Nous laissons les minutes s’écouler plaisamment pendant que la pluie continue de tomber. Je me régale avec une part de Marquise au cacao en sirotant une camomille. L’interlude de délassement se termine. Nous revenons chez nous sous la pluie. Patrick me dit en chemin qu’il a terminé la lecture du livre « Le Pouvoir de la surprise » de Christophe Haag. Certains chapitres sont captivants, d’autres « hors sujet ». Je croise au bord de la rue un scooter où l’enfant assis devant le chauffeur porte des lunettes créatives cerclées de vert et dotées de ce qui ressemblent à de petits drapeaux…









































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