samedi 7 décembre 2024

Détente musicale et conviviale au café Phúc Long à Thao Dien...

    Dans une routine toute relative et temporaire, nous cheminons sur un parcours devenu habituel pour aller déjeuner. En chemin, au cœur de la rue Thái Ly, je m’attarde devant un majestueux banian qui déploie sa silhouette ancestrale, ses racines aériennes cascadant comme une pluie végétale vers le sol. Ses branches épanouies s’étendent tel un parasol naturel au-dessus du restaurant-boutique ouvert sur la rue. La vie urbaine pulse doucement. Créant une douce pénombre où filtre légèrement la lumière du jour, l’arbre centenaire abrite différentes facettes de l’accoutumé : des scooters alignés, des petits tabourets occupés pour certains, une cuisine de bric et de broc, une dame qui prépare les repas. Soudain, mon attention est distraite par un vendeur ambulant qui passe. Tel un navigateur des rues, il guide son petit commerce mobile sous l’égide d’un parasol Coca-Cola couleur corail, semblable à une fleur tropicale épanouie en mouvement au-dessus de la chaussée. L'équipage s'éloigne sur l’asphalte gris. Je vois alors avec surprise une dame coiffée d’un chapeau conique dos à dos au conducteur. L’environnement urbain témoigne que nous sommes en Asie avec les fils électriques tissant en travers de la rue leur toile aérienne comme des lianes et avec des deux-roues sillonnant la rue comme des notes sur une partition. Toujours dans la même rue, nous voyons un homme qui balaie les feuilles mortes dans le périmètre qu’il a défini pour son restaurant ouvert à tous les regards. Les tables et les tabourets rouges, presque des miniatures au regard de ma grande taille, accaparent le trottoir de chaque côté de la rue. Des bougainvilliers en fleurs pendent plaisamment sur ceux disposés contre le mur blanc et gris. Ces restaurants de rue, telles des cantines, souvent ouverts aux quatre vents, se désignent par le terme « quán ăn ».

    Eric nous accueille vers midi au restaurant Zeroism. Il ignorait que son prénom était courant en France. Un sapin de Noël, venu s’ajouter à la décoration, scintille de lumières intermittentes. Nous savourons chacun une pizza Veggie Delight servie avec un ramequin de mayonnaise végétale. Toutes les tables du rez-de-chaussée sont occupées.

    Plus tard dans le sillage évanescent des minutes, nous entrons dans un des cafés de la chaîne Phúc Long, repéré précédemment. Lors de la commande, un tracker nous est remis. Patrick le pose sur la base de tracker circulaire fixée sur le plateau de la table ronde où nous prenons place. Une fois notre commande prête, le serveur localise notre table grâce au signal émis par le tracker et nous apporte les boissons. Ce type de technologie permet la venue de notre commande directement où nous sommes assis sans avoir à nous lever pour aller la chercher. Je me promène dans le vaste café étagé sur trois niveaux. La décoration attrayante est un plaisir pour les yeux. Le choix des douceurs s’offre à la clientèle dans plusieurs vitrines. Je me sens bien entouré de la nombreuse clientèle asiatique. Nous sirotons lentement un thé. Devant la caisse, je vois une jeune femme à la longue chevelure noire, vêtue d'une courte mini-robe blanche plissée, qui porte des escarpins noirs à talons aiguilles mettant en valeur les galbes de ses longues jambes de mannequin. Des images publicitaires défilent en continu sur des écrans. L’un d’eux annonce la sortie fin novembre du film « Moana 2 ». L’affiche numérique montre le personnage principal sur un vaillant vaisseau des mers à voile naviguant sur l’océan sous un ciel bleu illuminé par des feux d’artifice. L’héroïne, Moana, entreprend un nouveau voyage périlleux dans les mers lointaines agitées d’Océanie pour retrouver une île légendaire appelée Motufetu, engloutie par Nalo, le dieu maléfique des tempêtes. Dans le café-restaurant, un fond musical fait la part belle aux musiques de Noël. Gwen Stefani chante plusieurs chansons de son répertoire. Plus d’une heure embellit les instants passés dans le café.

    De retour dans la rue animée, nous prenons la direction du Tops Market. Nous entrons brièvement dans le Thao Dien Square où je vois une jeune fille qui tourne une manivelle pour faire coulisser en ouverture la toiture blanche plissée. En chemin, je m’attarde ci et là pour prendre des photos. Nous suivons une ruelle inconnue où un jeune homme tient un café de rue improvisé qui s’abrite sous une bâche rouge. L’installation modeste et fonctionnelle montre un comptoir de fortune qui supporte le matériel pour la préparation dont un percolateur et un grand moulin à café. Les tabourets rouges en plastique, empilés, invitent à s’asseoir.

    Noël approche. L’offre festive du supermarché se multiplie. Nous voyons des « Bánh Chiffon vani » [Gâteau mousseline à la vanille] parmi d’autres douceurs pour les fêtes. Dans un doux tableau de peluches, deux cochons rose fuchsia, qui tiennent chacun une petite bouteille de lait, attirent mon regard en invitant aux câlins. Thanh Vy, qui nous reconnaît, nous accueille avec le sourire à la caisse.

    Après les courses, nous décidons d’aller au Starbucks Thao Dien. Nous suivons la ruelle en sens inverse où une couturière annonce son activité par une bannière jaune vif portant l’inscription « Thu nhn sa qun o » [Atelier de réparation de vêtements]. Telle une artiste d’antan, penchée sur sa machine à coudre, le visage protégé du soleil par un chapeau, elle s’active avec dextérité. Ses mains expertes s’activent avec dextérité et dansent sur le tissu, redonnant vie aux vêtements fatigués. Plus tard, Seb, un jeune homme aux fortes lunettes de vue, nous accueille au café. Kuro me salue. Je m’offre un chocolat chaud. Patrick sirote un thé Earl Grey. Après un plaisant temps de détente, nous prenons le chemin du retour. Dans le brouhaha de la circulation, j’admire une fleur de Bauhinia, qui telle une orchidée majestueuse, déploie ses pétales d’un rose éclatant comme des ailes de papillon en plein vol. Dans certains jardins d’Asie, ces fleurs dites enchantées sont tressées en guirlandes parfumées pour célébrer les moments sacrés, portant en elles la poésie des rituels ancestraux. Plus avant, dans la magie d’un instant, la dernière photo de la journée dévoile un coucher de soleil qui décline majestueusement à l’horizon derrière un voile de nuages aux teintes dorées et ambrées qui, tels des vagues célestes, se parent d’une lumière mordorée embrasant le ciel tout entier. Les nuages, sculptés par la lumière déclinante, dessinent sur la ville des motifs immatériels dans une parenthèse flavescente.

    De retour dans l’appartement, je cherche à connaître le nombre de deux-roues motorisés qui circulent. Ho Chi Minh-Ville en totaliserait quelque huit millions. Saigon aurait la plus forte densité au monde. Une estimation indique qu’il y aurait environ neuf cents deux-roues pour mille habitants, ce qui représenterait le taux le plus élevé au monde. L’objectif de les faire tous rouler à l’électricité se poursuit…













































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