En fin de matinée, les minutes nous trouvent dans la đường Tống Hữu Định sous un ciel gris et doux. C’est notre seconde traversée de la rue et je vois que la façade de l’Eliot Hall s’est parée pour les fêtes. Derrière le logo circulaire de l’Université Internationale de Saigon, où figure un globe entouré de lauriers, et à côté d’un arbre à souhaits, un petit gratte-ciel de paquets cadeaux multicolores est surmonté du traditionnel message Merry Christmas and Happy New Year 2025. Le décor est animé par des personnages joyeux : un Père Noël souriant et un bonhomme de neige complice, accompagnés d’un petit renne. L’ensemble évoque la magie de Noël. Le bâtiment de l’Eliot Hall, à la plaisante architecture coloniale, avec ses murs couleur crème et ses toits en tuiles rouges, est entouré de palmiers qui cachent partiellement les immeubles modernes alentour qui se dressent comme des géants.
Dans la rue très animée Quốc Hương, je parviens à prendre en photo une dame âgée, coiffée d’un chapeau de paille à large bord orné d’une composition florale verte, pieds nus, vêtue d’une chemise à motifs bleu lavande et grège nuagé, d’un pantalon à fleurs en nuances de rouge sur fond noir, les deux mains sur le volant, qui se déplace à bonne allure près du sol sur un cyclo-pousse adapté. Organisée, elle s’entoure habilement de ses affaires dont un thermos rouge et une paire de ciseaux aux branches en plastique rouge que j’aperçois dans un sachet plastique. Une crosse de parapluie dépasse de la capote arrière sur laquelle une bâche bleu roi est posée avec nonchalance. Le regard de la dame croise le mien. Légèrement plissés, des rides d’expression témoignant d’une vie riche en expériences, ses yeux reflètent sagesse et douceur. Son regard direct et serein me touche avec émotion. J’ai un coup de cœur pour cette mamie qui symbolise l'endurance des aînés, leur débrouillardise quotidienne et leur capacité à transformer un simple moyen de transport en un espace de vie mobile. Ce tableau vivant mêle dignité et simplicité dans le ballet quotidien de la rue.
Plus avant, je laisse manœuvrer une maman avec sa fillette à bord d’un scooter. Je me dis que la notion de priorité, très présente en France, est absente dans les rues à Saigon. Tout un chacun est attentif et fait de son mieux dans le ballet urbain en continuel changement, souvent en klaxonnant, bien sûr ! Depuis notre arrivée, les voitures regardées sont sans rayures et aucun accrochage ne s’est déroulé devant nous.
Un petit marché de Noël se déroule sur la terrasse du Chay Garden. Après le repas et la découverte du marché, nous nous rendons au Starbucks Thao Dien pour attendre le taxi qui va nous emmener ; nous allons vivre un voyage en plein ciel. En chemin, nous passons devant chez Faro où la valse des photos continue. Un groupe de femmes élégantes arrive. L’une d’entre elles porte un gros appareil photo avec zoom. Le jeune Khoa nous accueille au café. Un thé Earl Grey et une camomille sont sirotés.
Plus tard, une triangulation des minutes nous repère à quelque quatre cents mètres dans le ciel de Saigon où une vue panoramique nous époustoufle. Le quartier de Thảo Điền, où nous séjournons, ceinturé sur trois côtés par la rivière Sài Gòn, se matérialise nettement sous nos yeux. Nous voyons les deux tours du centre commercial Pearl et la sphère aux jets d’eau devant le Starbucks. Patrick repère facilement où nous habitons. Une autre vue nous offre de voir le centre-ville avec la grande roue qui se signale dans le jardin botanique. Nous remarquons aussi le gratte-ciel aux trois tourelles de la Sài Gòn Tower. Les méandres de la rivière serpentent dans la ville aux huit millions d’âmes. En contrebas, les véhicules et les deux-roues qui circulent sur le canevas routier ressemblent à des fourmis. Après un temps au quatre-vingt-unième étage, nous quittons le toit le plus élevé de la ville. Nous découvrons le vaste centre commercial, lumineux et décoré pour les fêtes, attenant au gratte-ciel. Cộng nous accueille chez Fila où Patrick achète une paire de chaussures ouvertes pour pallier la pluie. Nous sortons du centre pour admirer les décorations extérieures.
Au cœur de la place devant l’entrée principale du centre commercial, une magnifique structure majestueuse s’élève, telle une pagode enchantée, couronnée d’un sapin étoilé et parée d’une symphonie de lumières et d’or. Ses arches au liseré flavescent, tels des bras ouverts, accueillent tout un chacun désireux d'entrer dans ce cocon de fête. Des guirlandes lumineuses, tels des colliers de perles, enlacent ce palais doré où une mère et son enfant touchent du doigt la magie de Noël. Des sapins à la parure étincelante font la ronde comme sur un carrousel féerique.
À proximité, un marché de Noël bat son plein. Un Starbucks se dévoile. Un alignement de bornes de recharge, toutes en cours d’utilisation, témoigne que les voitures électriques de Pham se vendent bien ; dans le centre commercial, nous nous sommes attardés devant son espace de vente. Pour mémoire, le constructeur automobile VinFast appartient à Vingroup, fondé en 2017 par Pham Nhat Vuong, le premier milliardaire en dollars du Vietnam. Nous prenons un peu de distance pour tenter de réussir une photo du titan de verre et d’acier qui s’élance vers les cieux, défiant les nuages gris planant au-dessus de la ville. Le Landmark 81, joyau architectural de Saigon, propriété de Vinhomes, une filiale de Vingroup et la plus grande entreprise de développement immobilier du Vietnam, se dresse fièrement au cœur d’un canyon urbain formé par ses voisins de béton. Tel un phare moderne, sa silhouette élancée guide nos regards vers les hauteurs où sa flèche effilée semble vouloir percer la voûte céleste. Les façades miroitantes reflètent la lumière diffuse d’un jour voilé. Je me dis que devant ce vertigineux gratte-ciel, l’homme est minuscule face à ses propres créations.
Plus tard, nous allons nous détendre pour une pause gourmande dans le salon de thé RuNam où Alice se serait émerveillée. La décoration est enchanteresse. L’accueil de Phi Phượng est exceptionnel de courtoisie. Elle connecte mon iPhone sur Internet. Nous sirotons un délicieux thé sans théine aux ingrédients variés, dont de la camomille, tout en savourant une part divine de bûche de Noël au chocolat. Le thé reste chaud dans la théière transparente posée sur un petit réchaud où brûle une bougie. Pink Martini chante Hang on little tomato. Je promène mon regard dans le salon aux teintes profondes de vert et d’or, aux mille trésors, tel un royaume où la magie de Noël rencontre l’art raffiné du thé. Des étagères arquées, telles des portes vers d’autres mondes, débordent de boîtes à thé aux couleurs vives et de tasses finement ouvragées. Un comptoir en bois sombre, où œuvrent des serveurs attentifs, sépare ce royaume enchanté du monde quotidien. Les fauteuils au dossier à médaillon autour des tables au plateau en marbre invitent à des instants de détente. Chaque objet dans la décoration raconte une histoire et invite au voyage. Dans ce lieu raffiné de bien-être, j’ai la sensation que le temps suspend son vol pour nous offrir un doux moment hors du monde.
L’heure du retour approche. Nous saluons Phi Phượng et nous quittons le salon
de thé le cœur léger. Nous prenons la direction de l’entrée principale du gratte-ciel
à la superbe marquise où le taxi va arriver. Après une quinzaine de minutes de
trajet à la nuit tombante, le chauffeur nous dépose à notre point de départ.
Nous marchons tranquillement pour revenir chez nous. Nous longeons le Pickleball
Club Bang Bang où tous les terrains de jeu sont en activité. Ce sport
de raquette combine des éléments du tennis, du badminton et du tennis de table.
Je souris quand je dépasse un scooter sur le trottoir qui porte les stigmates
de ses nombreuses aventures. Sur son dos, tel un jardin mobile, s’épanouit une
cagette, en plastique bleu, amplement garnie de roses et de lys…




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