dimanche 22 décembre 2024

Promenade artistique dans le parc de la rivière des Parfums à Huê…

    La température est en hausse. Le ciel s’éclaircit et le bleu apparaît. Les minutes émerveillées d’hier, après des rêves enchanteurs, nous retrouvent à midi au restaurant Huong Mai niché dans un écrin de verdure, telle une oasis de sérénité au cœur de Huê. La façade blanche, à l’enseigne ornée de deux lotus, est embellie de lanternes rouges traditionnelles. Un repas loin de l’effervescence citadine s’offre à nous dans un havre de paix. Nous prenons place sur la terrasse baignée de lumière naturelle où s’entremêlent palmiers et plantes tropicales. Nous sommes sous la ramure épanouie d’un arbre majestueux où des lanternes colorées, suspendues aux branches, dansent doucement dans la brise. Les tables en bois, disposées avec harmonie sur un sol aux dalles terracotta, créent une atmosphère à la fois rustique et raffinée. Des poteries garnies de plantes vertes luxuriantes bordent l’espace. Les mets nous sont servis dans de la vaisselle fabriquée au Viêt Nam par la société Trung Kiên. Hung Thanh chante « Cõi Pht A Di Đà » d’une voix douce et apaisante. Un grand aquarium apporte une note aquatique à la décoration. Les mets copieux et savoureux reviennent à moins de huit euros.

    Après le repas, nous partons à la recherche d’une bûche à commander pour Noël. En chemin, je suis séduit par de délicates créations artisanales qui débordent du plateau tenu par une jeune vendeuse ambulante coiffée d’un chapeau clair et vêtue d’une tenue colorée. Nous choisissons une de ses magnifiques cartes pop-up, minutieusement découpées et assemblées, qui s’élèvent en sculptures miniatures éclatantes de couleurs. Un paon majestueux aux plumes déployées en éventail, des embarcations romantiques, des arbres imaginaires, une grande roue, un chat couleur lilas et bien d’autres créations nous éblouissent. Nous choisissons une pagode rouge et or. En arrière-plan, des personnes attablées à la terrasse d’un café sont absorbées dans leurs conversations, tandis que la rue pavée respire la tranquillité d’un bel après-midi.

    Nos pas nous mènent chez Paris Paris. Alex, originaire du Jura, au Vietnam depuis quelques années, est passionné par le savoir-faire lié à la baguette de pain dont il nous en fait l’éloge longuement. Son épouse, absente aujourd’hui, excelle dans la pâtisserie, toutefois, les bûches de Noël sont absentes de ses créations. Alex, qui nous tutoie spontanément, nous parle de sa vie au Vietnam, du bon sens des gouvernants vis-à-vis des habitants, de son vécu loin de la France. Auparavant, le couple vivait avec leurs deux enfants à Sài Gòn. Alex connaît bien la pâtisserie Voelker où nous sommes allés plusieurs fois. Nous nous serons la main avant de nous quitter. Nous repartons dans notre recherche.

    En chemin, nous nous attardons devant un lapin blanc majestueux, debout derrière la vitrine d’une boutique, qui invite à entrer dans un royaume enchanteur. Ses longues oreilles dressées tentent d’écouter les murmures de la rue. Ami d’un célèbre lapin, prénommé McTwisp dans le film de Tim Burton, il a laissé aujourd’hui dans sa garde-robe sa montre à gousset et son gilet bleu qu’il affectionne de porter depuis sa rencontre avec Alice. Vêtu d’un élégant gilet coloré aux motifs géométriques, il porte à son bras un petit panier tressé, comme s’il revenait d’une cueillette dans une forêt imaginaire. J’assimile le cadre en bois de la vitrine à une porte vers un conte intemporel dont le lapin est le passeur silencieux vers un univers féérique niché au cœur du quotidien.

    Autre part, nous arrivons chez Sweet Kingdom où Thái nous accueille. Nous échangeons plaisamment avec le jeune homme via l’application de mon iPhone. Nous lui commandons une bûche de Noël que nous viendrons chercher mardi prochain. Contents, nous allons nous désaltérer dans l’un des nombreux Highlands Coffee de la ville. Nous trouvons celui de l’hôtel Muong Thanh. Quýnh Như, une agréable jeune fille, nous accueille. Nous sirotons un thé à la pêche. Patrick s’offre un cheesecake à la banane en forme de larme de pluie… en ce jour ensoleillé. Les minutes s’évanouissent, emportées par la douceur du moment. Elles nous trouvent plus tard dans le Công Viên [parc] de la Sông Hương [rivière des Parfums], tel un espace artistique empreint de poésie. Le parc, aux jardins verdoyants, aux allées pavées et ombragées qui serpentent agréablement, agrémenté de bancs pour un farniente inspiré, dévoile ci et là des sculptures expressives, abstraites et figuratives, telle une galerie à ciel ouvert. Je prends en photo six hommes en cercle, six chauffeurs de cyclo-pousse agenouillés ou assis dans une allée, qui se détendent en jouant aux dominos. Les pièces noires aux points blancs sont posées sur un coussin de siège bordeaux d’un des nombreux cyclo-pousses alignés à quelques pas. Nous flânons dans le parc en admirant les œuvres d’art. Ma préférence va à une sculpture d’un homme animé d’une douce paix intérieure dans un envol paisible qui porte un enfant blotti dans ses bras, une femme allongée sur son dos. Certaines créations invitent à la réflexion en célébrant la culture vietnamienne et l’imaginaire de ses artistes. Au cœur du parc se dresse un pavillon octogonal avec ses toits ornés de sculptures de dragons. Sur l’esplanade autour du pavillon, nous voyons des personnes qui pratiquent le đá cu, un jeu connu sous le nom de plumfoot. Cest un divertissement populaire au Vietnam et dans dautres pays dAsie du Sud-Est. Le jeu consiste à se lancer en lair un volant à plumes en utilisant principalement les pieds et d’autres parties du corps, à l’exception des bras et des mains. Nous voyons les joueurs qui, avec agilité, coordination et réflexes rapides, se passent le volant sans qu’il ne touche le sol. Autre part dans le parc, nous regardons de grandes lettres vertes ouvragées dressées au sol où se lisent les mots « Tôi Huế » [Jaime Hué].

    En quittant le parc, nos pas nous mènent au proche Saigon Morin Hotel, à deux pas du pont Truong Tien, que je souhaite visiter. Tel un véritable poème architectural d’un autre siècle, une ode au passé colonial et à l’élégance intemporelle, l’hôtel déploie sa façade blanche ornée de balcons en fer forgé délicatement ouvragés et de colonnes dorées. Il se souvient de sa grandeur à l’époque de sa naissance au début du dix-neuvième siècle, de la venue de l’illustre Charlie Chaplin qui y séjourna. Un employé m’accueille et me guide pour une visite. Il m’invite à me promener dans le luxuriant jardin intérieur où un ancien pousse-pousse se repose avec la nostalgie d’une époque révolue. Sa structure noire et élégante, ornée d’un toit de satin ivoire, évoque la grâce d’un passé romantique. Ses roues délicatement cerclées de métal et ses longs bras noires sont prêts à partir pour un voyage imaginaire. Un réverbère victorien veille sur lui, tel un témoin lumineux des récits d’autrefois. Je rejoins Patrick resté dans la rue et nous allons nous promener le long du lac. Nous traversons une placette où des enfants s’amusent à créer des cercles au sol en utilisant des feuilles ramassées sous les arbres environnants. Plus avant, à côté d’une foire aux livres, nous entrons dans un vaste bâtiment qui met en valeur les savoir-faire des villages artisanaux environnants et le riche héritage culturel vietnamien. Une pyramide de magnifiques chapeaux coniques se dévoile. Un artiste peint la surface en soie d’un grand éventail accroché sur une palissade en bambou tressé. Je remarque une machine à coudre Singer. Une dame confectionne un chapeau conique. Nous continuons ensuite notre promenade au fil de l’eau sur une passerelle en bois. Quatre hommes côte à côte pêchent à la ligne.

    Plus tard, c’est un plaisir visuel de traverser la rue Hai Bà Trưng animée, déjà suivie sous la pluie, où la fillette assise à une petite table rouge buvait une boisson à la paille. Le trottoir devient un théâtre où la cuisine de rue et les étals variés racontent leur histoire. Les odeurs se mêlent au brouhaha dans ce petit voyage au cœur de la vie quotidienne des citadins. Une petite échoppe improvisée, faite de cagettes en plastique empilées, séduit mon regard. Le vendeur, vêtu d’un sweat à capuche gris, assis tranquillement, regarde les passants dans leur va-et-vient. Devant lui, des baguettes dorées s’empilent en une coquette pyramide sur une cagette et en vrac sur une autre. Plus avant, je m’attarde devant un étalage de vêtements, chargé sur un deux-roues, qui semble flotter comme une île textile au milieu de la rue très animée. Des chemises aux motifs variés, des vestes épaisses et des pulls colorés s’accrochent à des cintres métalliques, formant une plaisante mosaïque. Le scooter, tel un socle discret, est à peine visible sous le poids de cette mini-boutique ambulante. Sur le trottoir opposé, un homme sur un scooter accoste Patrick pour lui proposer une promenade. J’avance lentement. Une dame coiffée d’une ample casquette en velours rouge vif, une possible chiromancienne, scrute les lignes du destin gravées dans la paume d’un homme attentif. Elle me regarde en ébauchant un sourire quand je prends une photo. Au bout de la rue, nous entrons au Highlands Coffee situé près de notre hôtel. La jeune Hương Giang et le beau Trn Nam nous accueillent…



































































































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