vendredi 20 décembre 2024

La mélodie de la pluie se poursuit à Huê sur une partition humide...

La pluie continue de tomber sur Huê. Nous arrivons vers midi trente au restaurant végétarien Mingle niché plaisamment au fond d’une venelle embellie de lampions. Le cadre est enchanteur. Cloudy nous accueille. Nous prenons place sur la terrasse protégée par un grand auvent ondulé qui semble caresser le ciel. Nous baignons dans une atmosphère chaleureuse et vibrante. La pluie clapote sur l’auvent dans une mélopée à la fois monotone et rythmique. D’où je suis assis, j’admire en hauteur la véranda en bois de couleur jaune canari qui embellit l’ancienne maison pleine de charme où se blottit le restaurant. Elle semble en lévitation, comme si la magie de l’instant la portait. Suspendues au-dessus de la véranda, des lanternes multicolores dansent imperceptiblement au gré de l’air humide, illuminant un décor où la nature s’entrelace harmonieusement avec l’architecture. Autour de nous, des plantes grimpantes, des feuillages verdoyants et des palissades en bambou foncé constituent de plaisantes persiennes murales. L’ambiance douce et intime nous offre un moment harmonieux entre modernité et tradition. Les mets sont appréciés des papilles. Sur une des faces du grand cube en bois foncé, posé sur les serviettes blanches en papier présentes sur la table dans un petit panier en lamelles entrecroisées, je lis les mots S đc biết [Numéro spécial]. Patrick remarque la présence d’une maison traditionnelle à côté du restaurant, baignée d’une douce mélancolie, qui semble surgir du passé. Des dragons de belle envergure, sculptés et ornés, le long du faîte et sur les bords de la toiture aux tuiles patinées, veillent résolument à la quiétude du lieu. Le mur ocre jaune de la façade, altéré par le temps, orné de colonnes moulurées rappelant les piliers des temples anciens, est embelli de motifs ornementaux, finement sculptés au-dessus des fenêtres et de la porte. Le pavé rouge devant la maison luit avec la pluie en reflétant les bonsaïs en pots soigneusement taillés. Après le repas, je souhaite en vietnamien de belles choses à notre gracieuse et gracile hôtesse qui joint ses paumes devant son coeur en m’offrant un éclatant sourire de remerciement.

La mélodie de la pluie se poursuit sur une partition humide. À deux pas du restaurant, j’entre dans le hall du Serene Palace pour prendre en photo le sapin de Noël. Une nuée de jeunes gens, des employés qui bavardaient entre eux, m’entourent avec le sourire. L’un d’eux propose de me photographier devant le sapin. Que de courtoisie pour un parfait inconnu. Nous retournons au Starbucks agréablement chauffé. En chemin, nous nous attardons ci et là. Un temple du passé, telle une poésie architecturale vivante, dialogue devant nous avec le présent. Les escaliers blancs symétriques en façade, tels des bras ouverts, invitent à les gravir pour accéder à la véranda nichée sous les toits superposés ornés de dragons majestueux sculptés dans la pierre. Plus avant, je m’arrête devant quatre façades de caractère colorées qui se dressent côte à côte, chacune racontant son histoire dans une page du livre de la rue. J’observe un homme qui sirote lentement un thé sur son balcon. Une aura de quiétude l’enveloppe. Il promène lentement son regard sur l’animation de la rue. Je le prends en photo quand il termine sa boisson. Plus loin, un bâtiment futuriste à l’architecture audacieuse attire mon regard. Sa façade argentée, ornée de cercles concentriques évoquant des hublots spatiaux, semble tout droit sortie d’un rêve de science-fiction. L’entrée lumineuse, décorée de guirlandes, d’un ruban rouge en forme de nœud où pendent deux clochettes dorées, flanquée de deux palmiers enrubannés de vert et de rouge, participe à l’ambiance joyeuse des fêtes et  invite à une évasion cosmique. Nous entrons dans le grand magasin Siêu Th Đin Máy - Ni Tht Ch Ln qui jouxte le bâtiment futuriste. Cette chaîne de magasins spécialisée dans la vente au détail dappareils électroniques, d’électroménagers, de télécommunication et dinformatique, est riche de près de cent succursales réparties dans une trentaine de provinces vietnamiennes. Fondée au tout début du siècle, la société Cao Phong est devenue l’un des leaders du marché vietnamien dans son secteur d’activité. Une jeune employée nous escorte durant la visite, prête à répondre à nos demandes. Đau đ Trưởng Thành chante « Only C » ;  sa mélodie me séduit.

De retour dans la rue, je m’attarde devant deux cyclo-pousse qui reposent côte à côte sur un trottoir dallé de motifs circulaires. Ils sont engourdis devant une grille blanche qui s’étire le long d’un jardin verdoyant où l’herbe mouillée brille d’une fraîcheur éclatante. Une décoration minimaliste en forme de sapin orné d’une guirlande rouge en spirale se dresse contre la barrière, ajoutant une touche de chaleur festive. Plus avant, nous sommes accostés par un marchand qui souhaite nous vendre une œuvre d’art sur soie. Il fait défiler les pages plastifiées d’un grand livre qui protègent les œuvres. Nous en choisissons une qui évoque la beauté visuelle, la simplicité et l’équilibre. Une rivière miroitante laisse glisser sur sa surface argentée des barques à baldaquin guidées par des silhouettes coiffées de chapeaux coniques. Le mouvement des pagaies trace des arabesques sur la surface. Les bambous au premier plan se courbent comme pour saluer ce tableau empreint de sérénité. Nous donnons deux cent mille dongs au marchand sans accepter la différence sur le prix demandé.

Une quinzaine de minutes plus tard, Kùng nous accueille au Starbucks et nous convie à choisir une douceur pour accompagner les boissons chaudes, camomille et Earl Grey. Comment refuser devant le sourire magnifique de cette fleur de courtoisie ?! Près de l’entrée, nous nous attardons devant une petite communauté d’ours en peluche au regard candide, habillés en couleurs, disposés dans un panier tressé de corde. Certains sont vêtus d’un tablier vert où figure le logo Starbucks. Leurs chapeaux coniques ajoutent une charmante touche d’authenticité. 

Plus tard, pour nous rendre au supermarché Co.op mart, nous traversons le pont Trường Tin construit voici près de cent trente ans par lagence Eiffel sur une conception de Gustave Eiffel en personne. Le pont aux six arches métalliques a traversé l’histoire mouvementée de Huê, il a survécu aux tempêtes et aux guerres. Nous passons devant de petits balcons qui offrent une vue sur le paysage environnant. Un bateau-dragon glisse sur l’eau. Le supermarché Co.op mart dévoile une attrayante décoration de fêtes. Anh Khang & Quỳnh Trang chantent « Mashup : Giáng Sinh Quc Tế ». La musique me plaît beaucoup. Une jeune employée quitte son poste au pesage des fruits et légumes pour aller me montrer le rayon des dattes. Japprécie pleinement ; en France, je me serais contenté des indications verbales. Après les caisses, une nuée de jeunes élèves, filles et garçons, passe près de nous en agitant le bras avec animation en nous disant « Hello ». Timmy, une fillette, me demande mon prénom et me donne le sien. Je me retrouve l’espace d’un instant au parc à thèmes de Sài Gòn. Le défilé se prolonge une ou deux minutes. Je salue en retour toute cette jeunesse aux petites mains en mouvement. Mon coeur s’emplit de joie devant toutes ces mines réjouies aux sourires éclatants.

Après les courses, nous traversons un parc le long de la rivière. Deux kiosques dont le superbe Thuong Bac Pavilion, un pigeonnier et des œuvres d’art suscitent l'admiration. La pluie s’absente le temps de la promenade. Nous arrivons au cu [pont] Phú Xuân que nous traversons. La circulation est dense, les nombreux deux-roues s’agglutinent le long de la chaussée. Nous reconnaissons l’autre rive. Nous suivons la même rue qu’hier soir, bordée en continu d’étals variés, majoritairement alimentaires. Je prends en photo une fillette qui s’intéresse à moi. Assise à une petite table rouge, elle boit une boisson à la paille. À deux pas, un homme enveloppé dans une pèlerine transparente, venu avec une palanche, vend des bananes dans ses deux paniers. En se servant de trois points de fixation dans le décor et de sa palanche métallique dressée verticalement, l’ingénieux marchand a tendu une bâche sur son étal temporaire au sol. Dans les minutes suivantes, nous sommes dans un Highlands Coffee où nous sirotons une boisson chaude. La nuit tombe graduellement. De retour à l’hôtel, nous sommes accueillis par la manager Nguyn thi Huong qui s’adresse à nous avec courtoisie en français. Elle se présente comme notre interlocutrice attitrée durant notre séjour et sera à notre écoute...







































































Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire