mardi 31 décembre 2024

Bonne Année 2025

 


Découverte à Huê du séduisant lac Trái Tim en forme de cœur...

    En allant déjeuner, nous traversons la rue Nguyn V C où s’active un marché vibrant. La vie quotidienne sentrelace avec une attrayante simplicité. La rue humide -eh oui ! la pluie tombe de nouveau- bordée de feuillages verts et de trottoirs encombrés, raconte des épisodes de vie temporaires animés par l’échange et le commerce. Outre le marché couvert lui-même, des étals improvisés sur le sol, débordant de poissons argentés, de crevettes fraîches, de fruits tropicaux éclatants, créent une mosaïque de couleurs. Des scooters s’arrêtent un peu partout, au petit bonheur la chance, au gré des conducteurs. D’autres serpentent allègrement dans une joyeuse effervescence entre les passants et les silhouettes des marchands, assis patiemment à côté de leurs marchandises pour certains. Sous les bâches, bleues, vertes, qui protègent les étals de la pluie, la lumière tamisée éclaire les sourires discrets et les gestes habiles des commerçants.

    Phương Tho nous accueille chez Pizza Company. Elle nous reconnaît et bavarde plaisamment avec nous. Son collègue Phường, qui nous a servi la première fois, est en livraison. Je le salue à son retour. Lady Gaga chante Poker Face. Nous savourons les mets commandés.

    Après le repas, au regard de la pluie qui tombe, nous hésitons sur la destination à prendre. Nous consultons Google map sur nos iphones via la connexion du proche Highlands Coffee. Nous décidons d’aller découvrir un lac à la forme originale. En chemin, je m’attarde sur la silhouette de l’Indochine Palace et devant sa superbe marquise où le père Noël et son attelage sont toujours là. Plus avant, des peluches colorées, protégées par une housse plastique, pluie oblige, assises en gradin sur des chaises en plastique, séduisent mon regard en devanture d’une boutique. Sur le trottoir, au bord de la chaussée, une marchande de pain sous un parasol agite une sorte de raquette bruyante pour attirer l’attention des conducteurs de deux-roues. Plus avant, nous passons devant deux petits temples dont chaque porche est somptueux de sculptures, de frises et de bas-reliefs. Des pas plus loin, nous découvrons un marché de fruits variés qui s’offrent aux regards dans une abondance vraiment impressionnante. Trois marchandes m’adressent la parole, en admiration devant mon pantalon népalais. Nous suivons une ruelle très animée le long de la rivière millénaire An Cu qui écoute inlassablement les clameurs de la vie humaine. Je m’attarde devant un étal surprenant. Des poules et des poulets, prisonniers à l’étroit dans un grand panier métallique ajouré, sont à vendre. Un coq majestueux, un fil à la patte, trône involontairement sur le haut du panier. L’eau de pluie se reflète dans les flaques d’eau de la chaussée inégale. Je manque de photographier une dame en ciré bordeaux qui arrive avec une palanche dans un étal au bord de la rivière. Les produits à vendre sont disposés sur des cagettes et des seaux sur le sol. Sur la photo que je prends, elle tient encore sa palanche en bois dans ses mains, près d’un parasol où perlent de superbes grosses gouttes de pluie sur la toile bleu roi. Près de notre destination, des marchands de poissons se partagent les deux côtés d’une ruelle.

    Nous arrivons au h Trái Tim, un séduisant lac en forme de cœur. La pluie crépite sur la surface plissée par le souffle d’Éole. Un abri providentiel pour les deux-roues nous permet de prendre des photos. Une structure abandonnée faite de tiges métalliques, qui avance dans l’eau, offre de prendre une belle photo avec l’onde où clapotent des myriades de gouttes de pluie. Le long des contours du lac, les constructions se reflètent nettement sur le miroir aquatique. Nous en faisons le tour. Une presqu’île romantique se dévoile sous des arbres à la  luxuriante ramure épanouie. Sur le miroir tranquille du lac, tels des éclats de romance, des nymphéas flottent en se murmurant des confidences. Un homme pêche assis sous un parasol rose vif. Autre part au bord du lac, un tricycle manuel rudimentaire, à la structure métallique peinte en vert, esseulé, semble figé dans une mélancolie silencieuse. Ses roues fatiguées, marquées par le passage du temps, racontent les histoires des chemins parcourus. Une toile rayée bleu et blanc protège le siège dont les coussins ont été enlevés. Accroché par une chaînette à la rambarde verte qui borde l’étang, le tricycle se tient là, témoin discret du va-et-vient des passants et des deux-roues. Après cette plaisante flânerie humide, nous prenons le chemin inverse. Près du centre commercial Go, j’assiste au va-et-vient des deux-roues qui prennent de l’essence à une station-service… aucune voiture n’est présente dans cet horizon de scooters.

    Nous suivons la rue qui passe devant l’Église du rédempteur. Elle est ouverte aujourd’hui. Nous entrons. La lumière danse sous les voûtes gothiques blanches séparées par des murs bleu céleste et des vitraux, joyaux géométriques aux teintes roses, vertes et jaunes, qui diffusent une lumière radieuse. Les lanternes suspendues, tels des encensoirs, ponctuent la nef de leur présence délicate. Autour de l’autel, les arches élancées, telles des mains jointes, embellies de vitraux, déploient leur éventail comme pour atteindre le dôme octogonal ajouré qui couronne l’édifice religieux, tel un diadème.

    En sortant de l’église des Rédemptoristes, qui possède plusieurs autres bâtiments de caractère en prolongement sur la rue, nous prenons la direction de chez Marou. Nous passons devant une crèche qui étonne par sa présence en hauteur au travers d’une ruelle où l’eau de pluie miroite sur l’asphalte. Elle semble suspendue dans les airs comme sur un tapis volant où le Christ enfant et ses parents sont entourés d’un décor tropical bien différent de celui de l’étable de Bethléem. L’âne et le bœuf côtoient sereinement la famille abritée sous une simple toiture de feuilles de palmier. Un deux-roues passe sous ce pont céleste improvisé et temporaire. Plus avant, nous cheminons devant l’hôtel Goldland Plaza aux façades enveloppées de panneaux en dentelles métalliques dorées que je compare à un ample moucharabieh. Ana et Dướng nous accueillent chez le chocolatier. Nous prenons place à la table commune en bois clair aux courbes douces tandis que les aiguilles tricotent les dernières heures de l’année. L’ultime fenêtre de 2024 va se fermer ; nous voguons plaisamment sur les dernières vagues. L’éphémère déploie ses ailes fugaces pendant que le temps glisse entre nos doigts durant des instants de détente gourmande. Du chocolat onctueux vient d’être étalé sur l’éclair que je m’apprête à savourer ; il brille sous la lumière des spots. Un moment suspendu entre plaisir et raffinement s’offre à nous dans une symphonie des saveurs. Je sirote du thé vert ambré servi dans une théière cristalline. Patrick apprécie un cappuccino artistiquement décoré. Nos iphones posés sur le plateau de la table rappellent subtilement le monde extérieur, tout en restant spectateurs de cette parenthèse gourmande.

    Ce petit bonheur du quotidien se termine. Ana lève les deux pouces en m’offrant un radieux sourire quand je la prends en photo. Elle nous souhaite une bonne année. Le cœur léger, nous retournons à l’hôtel où j’achète une écharpe en pashmina. Une fête pour la dernière soirée de l’année se déroule dans la grande salle près des ascenseurs. Je prends une photo. Une superbe jeune femme assise, élégamment vêtue d’une robe de soirée en satin ivoire aux reflets de rayons de lune, lève deux doigts de sa main droite en ébauchant un sourire…