dimanche 26 janvier 2025

Samedi 25 janvier 2025 - Découverte du Marché Russe et du vaste centre commercial Aeon..

    En fin de matinée, nous montons à bord d’un tuk-tuk présent près de l’hôtel. Durant, le trajet, à un feu rouge, j’attarde mon regard sur les trois passagers du scooter arrêté à notre droite dans une configuration familière des rues d’Asie du Sud-Est. La mère, qui porte un casque à la visière relevée, est aux commandes. Devant elle, sa petite fille vêtue d’un tee-shirt rose et d’un short en jean se tient debout. Derrière la maman, son jeune fils, qui porte un sweat à capuche décoré de silhouettes de rennes, de flocons de neige, de sapins et de motifs géométriques, dans un coloris blanc sur fond gris, complète le trio. Ce tableau illustre un moment quotidien. La conductrice, qui maintient une posture attentive, répond à mon sourire. En observant les deux enfants, je tente de saisir les émotions qui se révèlent à travers leurs expressions et leurs postures. La fillette affiche une attitude détendue et confiante, probablement habituée à cette position. Son langage corporel suggère une certaine nonchalance, comme si cette situation était parfaitement normale pour elle. Je ressens toutefois une certaine lassitude. Le visage du jeune garçon à la moue légèrement boudeuse révèle une expression attentive, intense, pénétrante, mêlée de curiosité. Dans son regard direct transparaît une part de la complexité émotionnelle de l'enfance dans le contexte urbain où le scooter doit représenter le seul moyen de transport pour les habitants à petit budget. Depuis notre arrivée au centre-ville de Phnom Penh, à aucun moment un bus de transport en commun n’est entré dans mon champ de vision. Je tente un sourire vers le garçon qui ne change en rien son expression. Le feu passe au vert et le mouvement de la ville reprend son cours.

    Une quinzaine de minutes après le départ, le conducteur nous dépose devant le marché Tuol Tompoung. Nous nous rendons chez Sacred Lotus, situé à une courte distance le long de la rue 440. L’hôtel aux salles de bain communes, doté d’une terrasse sur le toit, est pourvu d’un charmant restaurant végétalien, à l’atmosphère zen et accueillante, qui présente une décoration bohème. Nous prenons place à une table le long d’une impressionnante fresque murale de lotus bleu, noir et blanc. Les luminaires suspendus en bambou tressé et les ampoules rétro Edison créent une atmosphère chaleureuse. Nous déjeunons plaisamment en compagnie de Justine Lartillot au travers de ses carnets de voyage réunis dans le livre Dans les coulisses des théâtres cambodgiens que Patrick a déniché dans la petite bibliothèque près du comptoir. Le livre est un récit de voyage de cette jeune femme née voici trente ans. Lauréate d'une bourse de voyage Zellidja, Justine raconte son expérience au Cambodge en 2017 à travers la culture et les pratiques artistiques du pays. Elle s’est rendue dans le marché que nous découvrons après un délicieux repas, agrémenté de frites de patates douces au paprika.

    Deux enfants sortent du marché avec une grosse bassine sur leur tête. Ils débordent de fruits de lotus reconnaissables à leur forme circulaire. Le marché traditionnel et populaire Tuol Tompoung à Phnom Penh est connu sous le nom de Marché russe. Cette appellation provient des années dix-neuf cent quatre-vingts quand de nombreux expatriés soviétiques le fréquentaient. Une variété infinie de produits se dévoile dans les entrailles du marché. Un ballet du quotidien se déploie sous les toits métalliques sommaires et bien adaptés. Les allées étroites, aux pavés à carreaux de couleur terracotta foulés par des millions de pas, serpentent entre les étals comme des rivières de vie. Les couleurs des fruits et des légumes explosent dans une symphonie tropicale. Je m’attarde devant une muraille de chapeaux qui se côtoient dans un camaïeu infini. La vannerie occupe une belle place. Partout, les marchandises s'empilent comme des pagodes, se balancent à des crochets, occupent chaque centimètre carré, parfois devant des bouddhas sereins qui contemplent ce monde grouillant depuis leurs étagères. La lumière, qui filtre à travers les interstices des toitures aux jointures en vacances, crée des rayons dorés qui dansent sur les marchandises. Nous sortons un instant pour prendre l’air. De retour dans le dédale du marché, où la vie pulse au rythme d'une symphonie urbaine colorée, nous poursuivons notre découverte de cette mosaïque vibrante de la culture cambodgienne. Les échoppes multicolores emportent ma préférence. Des cascades de tissus et de vêtements s'entremêlent en créant un kaléidoscope de couleurs pastel et vives. Dans un étal sombre, un jeune homme dort allongé sur un fauteuil de jardin au milieu d’une forêt épanouie de pièces détachées. Les échoppes de restauration bourdonnent d'activité. Les bols de soupe fumante côtoient les canettes colorées. Les clients, assis sur les devenus traditionnels tabourets rouges, mangent leur repas sans se préoccuper du continuel va-et-vient. La diversité est telle que s’étonner devient superflu. Je plonge mon regard de profane sur un étal de moteurs de scooters surmontés de gangues opaques en plastique, au contenu inconnu, accrochées en hauteur. Les Tout-Petits ont aussi leur univers. J’ai assisté à une explosion de couleurs où des vêtements d'enfants dansaient doucement dans l'air, suspendus comme des papillons multicolores. Du rouge vif au bleu tendre, du rose poudré au jaune soleil, les tissus me racontaient des histoires de bambins. Dans cette cohabitation harmonieuse, dans cette mosaïque unique, l'âme du marché anime les étals où les richesses de Gaïa foisonnent, où les stands de pièces mécaniques s’intercalent, où les échoppes de beauté, de vêtements et autres articles participent à embellir à petits prix la vie des citadins.

    Nous sortons de cette caverne d'Ali Baba cambodgienne, de cette fourmilière humaine, de cet univers grouillant de vie, de ce labyrinthe commercial, où nous avons sillonné quelques-unes des venelles qui s’entrelacent dans un joyeux désordre organisé avec ingéniosité. Nous décidons d’aller découvrir un des trois centres commerciaux Aeon de la ville, devenus emblématiques avec les années. Nous montons à bord d’un tuk-tuk avec calèche. Le conducteur serpente dans la ville dont le trafic est soutenu comme à son habitude. Il semble connaître les rues par cœur. Aucun smartphone ne vient l’épauler. À un moment donné, il emprunte une ruelle étroite à angle droit navigable uniquement en tuk-tuk et sur deux-roues. Ce chemin de traverse est connu, car les tuk-tuk en nombre entraînent un ralentissement. Nous croisons un scooter à trois passagers. Le petit garçon debout devant sa mère me regarde. La silhouette casquée assise à l’arrière semble être celle d’une fillette.

    Une vingtaine de minutes plus tard, nous arrivons à destination. Nous sommes devant le premier centre ouvert en juin 2014. Il se déploie en forme d’anneau sur une surface commerciale de plus de soixante mille mètres carrés. Le parking accueille par centaines voitures et deux-roues ; chaque jour, près de cent mille visiteurs viennent arpenter les allées du centre. Le chauffeur prend un ticket, la première heure du vaste parking est gratuite. Une aubaine pour les tuk-tuk dont le va-et-vient est continuel. Nous sommes déposés devant l’entrée où pendent des lanternes rouge et or sous l’auvent. Nous entrons. Tel un palais moderne de verre et d'acier, où les rêves consuméristes dansent sous les néons, le centre dévoile sur quatre niveaux une chorégraphie architecturale avec des courbes élégantes. L’approche du Nouvel An chinois nous offre d’admirer nombre de lanternes rouges et dorées qui participent aux décorations festives. Je m’attarde devant une série de Blender de voyage. Je prends des informations auprès d’une charmante vendeuse. Un petit blender portable vert d’eau est autonome, rechargeable par un câble USB fourni. En Europe, dans les centres commerciaux, des voitures sont exposées pour séduire les chalands. Ici, ce sont des scooters Honda qui brillent de mille feux sur leur podium. Plus avant, je suis accosté par une petite nuée de vendeurs et de vendeuses qui font activement la promotion du nouveau gratte-ciel Pinnacle Residence, un complexe immobilier de luxe qui comprendra notamment un hôtel Radisson Blu. Stratégiquement situé dans le quartier BKK1, une zone privilégiée regroupant résidences, entreprises et ambassades, le gratte-ciel, à proximité du nouvel aéroport international de Phnom Penh dont l’ouverture est prévue pour cette année, est construit à quatre-vingt-dix pour cent. Le taux de vente actuel est de soixante-dix pour cent. Je laisse mon adresse e-mail sur l’insistance d’une charmante vendeuse. Autre part dans le labyrinthe des allées, nous traversons une aire de divertissement créatif liée au nouvel an chinois dont les couleurs dominantes sont le rouge et l'or, couleurs porte-bonheur dans la tradition asiatique. Des jeunes gens, assis sur des coussins rose pastel décorés de fleurs blanches posés sur une moquette gris-bleu autour de tables basses carrées recouvertes d’une nappe rouge, participent à un atelier de création manuelle. Ils œuvrent dans une bonne humeur communicative avec des fils de couleurs différentes, dont l’incontournable rouge, pour créer des décorations à l’occasion de cet évènement festif. Nous arrivons dans un espace collectif qui invite à la pause sur son tapis de gazon synthétique. Des enfants s’amusent dans les aires de jeux. Des tables aux plateaux de formes variées et des chaises à bras confortables invitent à prendre place. L’écran d’un smartphone est le centre d’intérêt temporaire d’une maman assise et de son fiston debout.

    Quelques stands d’artisanat du Cambodge apportent des notes de couleurs. Je regarde des écharpes. Tex, une femme charmante et courtoise, me parle de ces écharpes traditionnelles emblématiques du Cambodge, nommées krama. J’ai effleuré leurs existences dans les pages précédentes. Le krama est une pièce de tissu rectangulaire, en coton, dont les dimensions varient selon les régions de fabrication. Les principaux ateliers traditionnels se trouvent dans la province de Kampong Cham et dans celle de Kandal au bord de la rivière Bassac qui se sépare du Mékong à Phnom Penh en formant une partie de la plaine inondable fertile de la province. Elle coule ensuite vers le Vietnam en marquant le début du delta du Mékong. Chaque krama, unique, est créé sur un métier à tisser en bois par une tisserande expérimentée. J’en choisis un aux carreaux bordeaux et jaune clair. Le prix se monte à sept euros en contrevaleur. Pour éviter de porter l’écharpe dans le joli sac offert, je la noue autour de la taille. Tex se met à rire et mime alors différents usages du krama : enroulé en pagne autour de la taille pour un homme, noué au-dessus de la poitrine en paréo pour une femme, porté en bandoulière avec un nourrisson, tendu entre deux arbres en version hamac pour la sieste, utilisé pour filtrer l'eau du riz, transformé en baluchon pour transporter des objets ou des provisions, voire utilisé comme corde pour tracter une charrette ou grimper à un cocotier. Elle ajoute qu’il s’utilise aussi pour couvrir le corps durant la nuit. Je la remercie avec le salut traditionnel et la gratifie d’un radieux sourire.

    Nous continuons la promenade dans le centre. Nous entrons dans une boutique Apple. Nous avons l’objectif de changer nos ordinateurs à Kuala Lumpur. Autre part, nous visitons un grand magasin genre Manor ou Globus à Genève. Un canapé duo blanc et des mappemondes me séduisent. Nous allons ensuite nous désaltérer au Starbucks greffé devant l’entrée du centre commercial. Daka, une jeune fille, accueille Patrick. Je prends place dans un salon. Les tables sont occupées en majorité. En sortant du café, nous prenons un tuk-tuk pour retourner à l’hôtel. Rickshaws et tuk-tuk se succèdent en enfilade autour de l’entrée. Je vois sur le dos du gilet du conducteur le logo de la Tonlecassac Tourist Tuk Tuk Association. Nous passons devant le monument de l'Indépendance qui s’élève à contre-jour dans le ciel, tel un lotus de pierre en ombre chinoise. La lumière dorée du soleil déclinant baigne d'une atmosphère mystique ce tableau d’un instant. Les nuages créatifs dessinent des voiles diaphanes dans le ciel bleuté. C'est l'instant magique où le jour hésite encore à céder sa place à la nuit, enveloppant le monument d'une aura mystérieuse et solennelle…










































































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