vendredi 17 janvier 2025

Jeudi 16 janvier 2025 - La magie du quotidien dans le cœur de Seam Reap...

    Après le petit déjeuner, je prends en photo la vue depuis notre balcon. Vers midi, nous déjeunons chez Pizza Company. En chemin, je prends à nouveau en photo le mur en briques en cours de construction, tel un compagnon en devenir. Pendant la préparation de spaghettis aux légumes et d’une pizza épinard et champignons, je publie sur Booking un commentaire sur le village flottant de Kampong Phluk. Après le repas, nous allons chez International Book Center pour voir si le livre du Petit Prince est disponible. En chemin, au cœur des Jardins royaux de l’indépendance, nous nous attardons un instant devant le sanctuaire Preah Ang Chek Preah Ang Chorm, dédié à deux princesses angkoriennes considérées comme des neak ta, des esprits protecteurs. Les grilles sont fermées. La visite du parc se fait partiellement par les regards glissés entre les grilles vert et or de l’enceinte. Dans le passé, les statues de Preah Ang Chek et de Preah Ang Chorm auraient été déplacées à plusieurs reprises pour échapper aux invasions. Selon la légende, lors de tentatives pour les déplacer sous le régime des Khmers rouges, leur poids aurait mystérieusement augmenté, rendant impossible leur transport. J’admire les arbres du parc qui s’élancent dans le ciel d’azur. Je crois apercevoir une chauve-souris qui dort dans la ramure d’un arbre ; illusion ou réalité ?

    Cette vision me rappelle les propos de Patrick liés à sa lecture du livre de Pierre Loti, de son vrai nom Louis-Marie-Julien Viaud, lequel a visité le site d’Angkor en 1901. Dans son livre Un pèlerin d’Angkor, publié en 1912, il décrit avec poésie et émotion la beauté des ruines majestueuses des temples khmers tout en déplorant leur état de dégradation. Dans les temples enveloppés par la végétation luxuriante de la jungle, il a décrit les chauves-souris géantes, appelées renards volants, à la taille impressionnante. Elles volaient sur les ruines au crépuscule en ajoutant une note fascinante à l’atmosphère mystérieuse et mystique qui entourait Angkor, à laquelle Pierre était particulièrement sensible. En tant qu’espèces frugivores, elles jouent un rôle crucial dans l’écosystème en tant que pollinisatrices dans les forêts tropicales. À travers les yeux de Pierre, ces créatures sont devenues des symboles de la beauté éphémère et de la majesté des ruines khmères. Dans ses écrits, il évoque également la faune qui habitait intuitivement les temples où elle se savait protégée au regard du sacré qui les enveloppait.

    Au bord des jardins royaux, la vie ordinaire se mêle pour moi à la magie du quotidien. J’attarde mon regard sur un chariot ambulant chargé de jouets multicolores dont la silhouette me fait penser à un poney. Cette petite caravane de rêves, riche d’éclats de magie enfantine, fait la part belle aux figurines en plastique et en caoutchouc. Agréablement hétéroclites, elles sont réunies pour apporter de la joie dans le monde des gamins. Ceux de mon imaginaire snailleront leurs parents pour boire une boisson fraîche et sucer une crème glacée, proposés à deux pas sur deux étals roulants protégés par un parasol coloré. D’autres étals se succèdent en enfilade, dos au soleil, devant une rangée d’arbres où les rayons de l’astre dessinent au sol des ombres au travers de leur ramure. Les parasols, aux toiles blanches et jaune paille noyées d’écrits publicitaires, ressemblent à des têtes de champignons géants accolées les unes aux autres. Proche de la tête géante représentant un personnage mythologique aux traits féroces, un des derniers étals dévoile des offrandes florales et des fruits soigneusement arrangés sous cellophane pour les cérémonies sacrées et les nombreux autels de la ville. Je vois un grand panier de fleurs de lotus ; celles présentées sur les tables au petit déjeuner sont peut-être achetées aux marchandes dont une fait la sieste pendant que l’autre s’active sur un smartphone. À proximité, de l’autre côté de la route, j’admire un superbe massif de bougainvilliers à la couleur fuchsia. Avant de franchir la rivière, nous traversons un petit parc où tout un chacun peut pratiquer de la gymnastique sur les machines boulonnées au sol. De l’autre côté du pont, je suis charmé par un éléphant d’or, échappé des songes de son créateur pour l’ancrer dans notre réalité, dont les courbes délicates capturent la lumière en tissant des ombres dansantes sur l’herbe sèche. Réalisé dans un filigrane de métal, tel un ouvrage d'orfèvrerie en fils d'or entremêlés, l’éléphant se tient devant moi, majestueux et immobile, comme téléporté d’un pays des merveilles.

    Nous arrivons à la librairie riche de promesses d’évasion. Les étagères, telles des sentinelles du savoir et de l’imaginaire, regorgent de trésors colorés. Patrick s’attarde devant des puzzles colorés numériques, alphasyllabaires et alphabétiques, où les lettres et les chiffres prendront vie sous les doigts des enfants curieux de l’apprentissage des langues cambodgienne et anglaise. Les couleurs vives et les illustrations transformeront leur apprentissage en une aventure captivante. Un dragon doré, à la silhouette ludique, suspendu au plafond, met ce royaume littéraire à l’abri de l’ignorance. Il veille sur les histoires qui sommeillent dans les livres, prêts à insuffler un souffle de magie aux âmes d’enfants en quête de rêve. Nombre de rayonnages sont approvisionnés pour l’enfance. Des étagères regorgent de récits captivants. Chaque couverture représente une porte vers un univers parallèle prêt à être exploré. Les titres en langues locales et internationales se mêlent harmonieusement, témoins d’un carrefour culturel où chaque livre devient un pont vers l’ailleurs. L’atmosphère est empreinte d’un calme vibrant, comme si le temps s’était suspendu pour laisser libre cours à l’imagination. Je me dis que dans la librairie tout semble possible pour apprendre, rêver et voyager, en se laissant emporter par la magie intemporelle des mots. Contre toute attente, le livre du Petit Prince est en rupture de stock, ce qui témoigne que la magie des mots, elle, n’est jamais en rupture.

    En sortant de la librairie, nous allons chez Angkor Market pour effectuer des courses en prévision de notre départ. En chemin, un épisode dépeint un moment simple et évocateur de la vie quotidienne. Une personne s’est allongée dans un hamac tendu entre deux arbres au travers d’un trottoir ombragé. Elle s’est enroulée dans la toile noire. Un pied et un doigt dépassent. Une paire de chaussures blanches, qui ressemble à celles que j’aime chausser, est posée sur le sol, comme sur le seuil d’une maison. Un sac à dos a été noué à un petit tronc d’arbre. Une bouteille d’eau et un plat emballé sont posés sous le sac. Ces détails me content le récit d’une sieste improvisée. Ce touchant chez-soi temporaire, dans un abandon de soi en confiance, à l'abri de l’agitation, dans la simplicité, au milieu d’une ville animée comme Siem Reap, représente un joyau éphémère totalement inacceptable dans la dictature des lois en France.

    Parvenus à destination, sous la rangée de caddies prêts à envahir les rayons, nous voyons que les décorations du Nouvel An chinois commencent à embellir l’entrée du supermarché. Les lanternes rouges suspendues, ornées de motifs festifs, semblent nous dire : Faites vos courses dans la prospérité ! En revenant à l’hôtel, nous passons devant un Garuda majestueux, figure mythique ailée, comme surgi dans la lumière éclatante du ciel bleu. Ses ailes déployées, gravées de détails minutieux, portent la force et la sagesse ancestrales. Sculpté dans une posture puissante, il semble soutenir un fardeau céleste, imposé par un dieu facétieux.

    Plus tard dans l’après-midi, nous sortons pour aller nous désaltérer. À l’entrée de l’hôtel, Phon, qui nous voit régulièrement sortir, nous accoste. Il souhaite et insiste pour nous emmener dans son tuk-tuk. Pour lui faire plaisir, nous modifions légèrement notre objectif en lui demandant de nous conduire au Starbucks vers l’ancien marché. Il est enchanté de cette course à deux dollars. L’équipe souriante nous accueille au café. Nous sirotons un thé en nous partageant un croissant au chocolat que Keed a chauffé. Les minutes s’égrènent, tissées de la joie d’être ensemble dans un pays où la magie danse quotidiennement. Sourires et sampeah nous escortent quand nous sortons une dernière fois.

    Devant le café, je vois la magie du quotidien. Une fillette dans les bras de son père pose délicatement la partie droite de son visage sur son épaule, comme une petite étoile dans un cocon. Dans cet épisode d’un instant, je trouve une magie discrète, celle qui métamorphose une simple rue en un doux élysée riche d’amour et de tendresse. Nous revenons à pied à l’hôtel. En chemin, nous achetons trois tee-shirts pour dix dollars dans un magasin richement approvisionné entièrement ouvert sur la rue, qui a accaparé le trottoir. Plus avant, devant une boutique en travaux, deux artisans s’affairent au milieu d’un trottoir, transformant l’ordinaire en extraordinaire. Celui accroupi, concentré, travaille avec précision. Sans se préoccuper des passants qui l’évitent avec naturel, il manipule avec dextérité un chalumeau pour réaliser une soudure sur une longue grille métallique rectangulaire. Des étincelles de feu crépitent. Autour d’eux, le monde, indifférent, continue de respirer. Cet épisode, probablement banal pour un Cambodgien, côtoie l’exceptionnel dans ma vision. Plus avant, j’ai l’impression d’avoir été téléporté à l’entrée d’une bouche de métro londonien en voyant un panneau circulaire en haut d’un mât dressé devant le Tube Coffee. Seules les couleurs ont changé. Le rouge et le bleu sont devenus jaune et gris. Le mot Underground a été remplacé par Tube Coffee. Il doit s’agir d’un clin d’œil de l’exploitant à la capitale anglaise. Ce symbole, à la fois familier et universel, invite les passants à l’âme voyageuse à un vivre une escapade au Royaume-Uni au cœur de Siem Reap…












































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