mercredi 22 janvier 2025

Mardi 21 janvier 2025 - Découverte du marché couvert à Phnom Penh et du gratte-ciel Vattanac...

    Lors du petit déjeuner, je vois un jeune homme asiatique bien en chair qui porte un tee-shirt noir où je lis sur le dos les mots acmé de la vie Vietnam. L’illustration d’un ours vêtu d’un áo dài et coiffé d’un chapeau conique renforce la référence culturelle au Vietnam. « Acmé de la vie » est une marque de mode sud-coréenne, fondée voici huit ans par les frères Gu Jae Mo et Gu Jin Mo, qui se développe sur le marché national et international. Le mot acmé évoque l’idée d’atteindre l’apogée dans divers aspects de la vie. La marque est particulièrement connue pour ses vêtements au design audacieux et ses motifs uniques, notamment des tee-shirts et des sweats à capuche décorés de visages d’enfants stylisés. La marque a ouvert sa première boutique au Vietnam voici trois ans dans le centre commercial Thiso Mall à Saigon.

    Nous sortons de l’hôtel en fin de matinée. Le restaurant végétarien repéré sur le web étant introuvable, nous déjeunons dans le secteur de sa disparition chez Hybrid Kitchen. Seuls deux plats végétariens sont présents à la carte. Nous les commandons avec des barrettes de pomme de terre saupoudrées avec du râpé de fromage. Chacun des plats est savoureux. Depuis la terrasse baignée dans un écrin de végétation luxuriante, où nous avons pris place, j’admire les polydrupes d’un jaquier épanoui près de moi. Le jaquier est connu pour donner vie au plus gros fruit provenant d’un arbre. J’ai découvert sa saveur à Siem Reap. Le fruit pèse de un à quarante kilos et peut avoisiner un mètre de long. Ma sélection comporte des lamelles de jaque.

    Après le repas, nous prenons la direction du marché centrale de Phnom Penh. Je prends plaisir à m’attarder en chemin. J’assiste à un épisode de vie ordinaire. Sous la ramure de deux arbres aux feuillages luxuriants, deux coiffeurs pratiquent leur art avec précision sur le trottoir. Une cap protège les vêtements des deux clients. Le matériel, bien que rudimentaire, est fonctionnel et bien adapté. Leur activité est similaire à celle pratiquée par les coiffeurs français, avec toutefois les murs, la porte, la location, les taxes… et le stress en moins. Ce tableau urbain capture l'essence même de la vie de quartier, où la frontière entre commerce et rue a disparu en créant un espace communautaire authentique et chaleureux, bercé par le bruissement des feuilles et le ronronnement du trafic. Des pneus usagés s'empilent entre les deux troncs. Un petit autel en forme de chalet est accroché à un des troncs. Un vieux compresseur participe au tableau, probablement pour gonfler les chambres à air des pneus des scooters des clients qui le souhaitent. Bien que cette vision me soit devenue coutumière, j’ai toujours autant de plaisir à m’arrêter, car le tableau est à chaque fois différent. Ces atmosphères de charme racontent, sans se répéter, l'histoire d’hommes et de femmes à la beauté dévoilée dans les occupations du quotidien, dans une ode à la simplicité et à la bonne humeur. Plus avant, un étal enchanteur aux couleurs du nouvel an chinois, protégé par un parasol extensible à quatre mâts à la toile jaune paille, s'épanouit avec éclat. Des éventails de papier écarlate aux plis réguliers captant la lumière du jour, des petites lanternes cubiques rouges et d’autres articles festifs sont à vendre. Les marchands, les probables créateurs, déjeunent à deux pas le long du trottoir, attablés devant la chaussée animée. Plus avant, dans la lumière dorée de l’après-midi, mes yeux se pose sur un vieil homme qui se repose dans son cyclo-pousse aux teintes vertes et jaunes, à côté d’un tuk-tuk métamorphosé temporairement en étal de vêtements colorés d’où un jeune marchand me fait un signe de la main depuis une lucarne née entre l’alignement des cintres suspendus autour de la capote. Vêtu d'une chemise rose foncé ouverte sur un t-shirt vert fluorescent, le vieil homme pieds nus, assis jambes allongées dans la nacelle de son fidèle compagnon à trois roues, s'abandonne dans une pose décontractée à un moment de quiétude. Son visage buriné par les années témoigne d'une vie passée sous le soleil cambodgien, tandis que ses cheveux gris racontent en sourdine les histoires d'innombrables traversées dans les rues animées de la capitale. Autour de lui, la ville pulse, vibre, s'agite, dans le va-et-vient incessant des scooters et des deux-roues.

    Nous passons devant le lycée Sisowath. Deux entrées sont bordées d’étals liés à l’activité scolaire. Des librairies sommaires bien approvisionnées ouvertes sur le trottoir accueillent les écoliers. Des jeunes filles compulsent des livres. Sous l'ombre bienveillante de grands arbres, les étagères débordantes de livres se succèdent sans régularité, protégées par des bâches multicolores. Des chaises en plastique bleu vif, disposées nonchalamment sur le trottoir pavé, créent un espace de lecture pour les élèves et les passants qui peuvent s'arrêter un moment, feuilleter un livre et échanger quelques mots. Ce tableau incarne à merveille la douceur de vivre cambodgienne, où la culture et l'éducation s'invitent dans la rue, accessibles à tous. Je suis admiratif devant ce lieu de rencontre et d'échange, où le savoir se partage à l'ombre des arbres.

    Plus avant, je regarde un artisan couturier qui s'affaire patiemment sur une machine à coudre installée sur un modeste établi posé sur le trottoir où une enseigne en khmer en devanture annonce ses services. Assis sur une chaise rouge en plastique, vêtu d'une chemise blanche, il travaille méticuleusement sur une chemise en tissu bleu clair. J’ai constaté à maintes reprises que la couture de rue demeure un artisanat vivant et essentiel. Le couturier offre ses services aux habitants du quartier qui viennent faire ajuster ou réparer leurs vêtements. Plus avant encore, dans les vibrants contrastes de la ville, j’admire une somptueuse villa coloniale, telle une perle architecturale baignée du soleil tropical, couronnée d’une terrasse aux balustrades ouvragées, dont la façade jaune pâle s'élève avec grâce dans le ciel d'azur. Les joyaux de cette demeure sont sans conteste ses portails variés ponctués de colonnes, véritables chefs-d'œuvre de ferronnerie d'art, dont les volutes, les arabesques en fer forgé, les ornements, les dentelles de métal, dansent et s'entrelacent en créant une symphonie de motifs floraux et de spirales dorés nés de la magie des mains qui les ont créés dans une époque où l'art de bâtir était aussi l'art de rêver. Autre part, je m’amuse à prendre une photo en créant une perspective d’un bel effet d’optique devant un imposant immeuble à la façade gris bleu, rehaussée d’un ensemble d’arches, de balcons, de balustrades, de fenêtres cintrées qui se succède quatre fois vers son faîte. Ce qui frappe le regard dans ma photo, c'est l'imposant X noir formé par des câbles électriques qui traversent le premier plan de l'image. Ces lignes électriques aériennes, typiques des villes asiatiques, qui créent un contraste graphique saisissant avec l'architecture sophistiquée du bâtiment, découpent le ciel bleu clair, fragmentent la vue de l'immeuble, produisent un effet photographique artistique.

    Près de notre destination, nous entrons dans le centre commercial Sorya pour effectuer un retrait en dollars à la Canadia Bank. Je m’attarde devant un robot café où la sélection du consommateur est réalisée par un bras articulé intelligent. Nous allons ensuite découvrir le marché central, qui se distingue par son architecture art déco remarquable, dominé par un dôme majestueux aux tons crème et or. Nous entrons. Au centre s'élève une tour à l’horloge de couleur bleu et or, ornée de quatre cadrans. J’admire la coupole impressionnante aux motifs géométriques et aux ouvertures en forme de chevrons, telles des persiennes, qui permettent à la lumière naturelle de pénétrer abondamment. L'espace commercial central, qui s'organise de façon circulaire, présente principalement des bijoux et de la joaillerie dans des vitrines étincelantes. L'atmosphère est animée, avec de nombreux vendeurs et promeneurs qui déambulent dans les allées. Des réverbères de style ancien font contre mauvaise fortune bon cœur avec les ventilateurs et les spots greffés sur leur mât. Nous déambulons aussi dans les allées latérales qui rayonnent comme une croix. Patrick regarde une échoppe qui propose des sacs, valises et autres articles de voyage. Je flâne de mon côté. Je regarde un jeune garçon agenouillé devant une petite pile de tabourets bleus, muni d’une grande paire de ciseaux, occupé à découper attentivement des dessins bleus ou des écrits en langue cambodgienne présents sur une grande feuille blanche. Il est entouré d'une impressionnante variété de marchandises. Au-dessus de sa tête sont suspendus des sacs en paille tressée dans des tons dorés et naturels. Derrière lui, comme l'indique un écriteau, des pashminas soigneusement pliés sont empilés dans une palette de couleurs vives et variées. D’autres tissus à motifs quadrillés et des étoffes traditionnelles emballées sous plastique s’entassent à sa gauche dans des rayonnages qui tapissent tout le stand. Devant lui, divers accessoires sont accrochés, notamment des sacs colorés ornés de figurines en relief. Près de lui, un enfant plus jeune rêvasse en promenant son regard. À quelques pas, je m’attarde avec émotion et sourire devant un petit garçon qui dort paisiblement allongé sur une couette rouge moelleuse décorée de motifs enfantins disposée dans un hamac rouge. Blotti dans ce cocon douillet, il est bercé par la magie des rêves. Sa mère à côté de lui fait danser l’aiguille de sa machine à coudre. Ce tableau met en lumière l’équilibre entre le travail artisanal et la vie familiale. Près du bambin, une cartomancienne pratique l'art divinatoire pour une dame asiatique. J’imagine qu’elle lui lit l'avenir ou qu’elle décode des informations du passé en interprétant les cartes tirées. Patrick achète un sac à dos à roulettes dans le lequel il va transférer le contenu de deux sacs pour s’alléger dans les déplacements entre nos étapes.

    Je lève le rideau sur l’histoire du Psar Thmey [Marché central] de Phnom Penh, l’emblème architectural et culturel de la capitale cambodgienne, qui se distingue par son impressionnante architecture art déco, caractérisée par un immense dôme central de près de trente mètres de hauteur d’où rayonnent quatre ailes pour former une structure en croix. De couleur ocre jaune, il est aménagé de fentes pour l'éclairage naturel et la circulation d'air. Sa conception symbolise la confluence des trois cours d'eau qui baignent Phnom Penh : le Mékong, le Tonlé Sap et le Bassac. Sa construction s'inscrit dans le contexte de l'expansion urbaine et de l'accroissement de la population de la ville au début du vingtième siècle. Après trois ans de travaux, le marché a été inauguré en septembre 1937 par le roi Sisowath Monivong. L'architecture coloniale française est l’œuvre des architectes Jean Desbois, Louis Chauchon et Wladimir Kandaouroff. De nos jours, le marché abrite plus de trois mille marchands qui offrent une variété inouïe de produits. Outre le fait d’être une attraction touristique majeure offrant un aperçu authentique de la culture cambodgienne, le Psar Thmey est bien plus qu'un simple lieu de commerce, il joue un rôle central dans la vie quotidienne des habitants de Phnom Penh.

    Nous sortons du marché à l'ambiance bon enfant et décontractée où les marchandises s'accumulent du sol au plafond, si je puis dire, dans un joyeux méli-mélo de couleurs et de textures. Le trafic autour du marché couvert est intense et continuel. Je tente de cadrer du mieux possible quelques photos de sa silhouette unique. Nous prenons ensuite la direction du gratte-ciel Vattanac. En chemin, je m’attarde devant une vieille femme paisible adossée à une colonne de béton. Pieds nus, vêtue d'une chemise rose pâle aux délicats motifs floraux et d'un pantalon bleu traditionnel, la marchande compte entre ses jambes de ses mains ridées par le temps des billets en riel. S’agit-il des gains de sa journée ? Son krama aux damiers violet et blanc, noué avec soin sur sa tête, témoigne de son attachement aux traditions khmères. À côté d’elle, des aliments végétaux dans des sachets transparents, entourés d’autres sachets, reposent dans un panier en osier tressé. Le tableau de cette aînée à la grâce tranquille fait battre mon cœur avec émotion. 

    Nous arrivons devant le complexe Vattanac qui domine le paysage urbain de Phnom Penh. En traversant la route, je vois un tuk-tuk side-car qui arrive à vive allure. J’ai le temps d’apercevoir une plaque de cuisson. Le brûleur à gaz est resté allumé. Je vois des flammes qui vacillent avec les mouvements constants du véhicule. Nous approchons du géant. Je m’éloigne pour prendre une photo avec du recul. Doté d’une quarantaine d’étages, le gratte-ciel arbore une façade moderne en verre et en acier, caractérisée par des lignes fluides et des surfaces réfléchissantes. Il s'élève à une hauteur avoisinant les deux cents mètres. Son design futuriste, conçu par l’agence d'architecture Farrells, s'inspire de motifs culturels. Sa forme distinctive évoque le dos d'un dragon en intégrant des éléments de feng shui ainsi que des motifs traditionnels Naga. En retraversant la route à grande circulation, je vois Patrick qui parle avec un jeune asiatique. Il l’a accosté pour lui dire que son sac à dos était ouvert. Nous entrons dans le centre commercial qui se montre vite sans intérêt. Aseptisé et impersonnel, il dévoile uniquement des boutiques de luxe. La clientèle est rare et l’air très climatisé. Dans mon esprit, j’avais projeté un parallèle avec le Landmark 81 à Saigon ; c’est l’eau et le vin. Nous ressortons très vite. Nous allons dans la direction d’un Starbucks annoncé à deux pas sur Internet. Le café est aussi sans intérêt. Peut-être le constructeur voulait-il éviter de faire de l’ombre au géant de verre avec une architecture attrayante !

    Nous décidons d’aller au Starbucks du centre Sorya. Nous prenons un tuk-tuk marron, noir et doré pour nous y rendre. Avant d’entrer dans le café, nous allons vers une marchande de jus de canne à sucre dont nous avons repéré le chariot vert émeraude près du marché couvert. Coiffée d’une capeline fleurie aux motifs bleus et jaunes, vêtue d'une chemise à carreaux bleus et jaunes, la marchande ambulante officie devant moi. Elle enfile dans la presse des tiges de canne à sucre pour extraire leur précieux nectar. Ses mains expertes gantées orchestrent une danse précise héritée d'une sagesse ancestrale qui a transformé ce simple commerce en art de rue. La machine argentée bien rodée transforme les cannes en or liquide. Elle le verse ensuite dans un grand gobelet transparent. Nous payons quatre mille riels et nous allons au Starbucks. La jeune Roi nous accueille. Patrick s’offre un mille-feuille aux crêpes colorées à la crème. Il sirote un thé. J’accompagne le jus de canne d’une part de gâteau au chocolat. Frank Sinatra chante Nice 'N' Easy. À une table voisine, nous assistons à la projection asiatique de Quatre dames et un couffin. L’une d’elles lange un bébé qui pleure, peut-être d’être trop tripoté par les nounous. Nous revenons ensuite en tuk-tuk à l’hôtel après un passage chez Papa Pain…
































































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