samedi 4 janvier 2025

De Sài Gòn au Viêt Nam à Siem Reap au Cambodge en voyageant par les airs...

    Nous quittons l’hôtel à huit heures cinquante. Phúc, dont le prénom signifie Bénédiction, nous accueille à bord de son taxi. Il nous dépose dans les minutes suivantes devant le terminal des vols internationaux. Nous entrons. Contre toute attente, un employé nous informe que l’enregistrement des bagages est ouvert seulement deux heures avant le départ du vol. Nous déambulons dans le terminal.

    Dans le tumulte de l’aéroport, trois enfants en mouvement, blonds comme les blés, semblent danser avec la lumière. Le garçon, concentré, tient une tablette, un trésor technologique indispensable, relié par un cordon à ses écouteurs blancs. Il s’active sur l’écran tout en marchant. À sa droite, telle la queue d’une petite comète, ses deux petites sœurs incarnent la vivacité et la fraîcheur de l’enfance. La plus jeune, vêtue d’une robe fleurie, serre contre elle sous son bras un ours en peluche, compagnon fidèle et silencieux de son voyage. L’autre, habillée d’un ensemble aux motifs multicolores genre léopard, tend un bras vers son frère pour prendre leurs passeports qu’il tient dans sa main gauche. Leurs pas pressés glissent sur le sol lisse. Aucun adulte n’est dans leur sillage. Voyagent-ils seuls ? Leur assurance semble le confirmer. Toutefois, il me semble que la petite pile échangée contient cinq passeports et non trois. Sont-ils en voyage avec deux autres membres de leur fratrie ? J’imagine que leurs parents ne leur auraient pas confié les sésames indispensables pour voyager dans ce monde de fausse liberté !

    Le passeport, censé faciliter la circulation des personnes, représente un mécanisme de contrôle étatique qui restreint la liberté de voyager. John C. Torpey, dans son analyse, décrit le passeport comme un instrument par lequel l’État resserre son étreinte sur ses ressortissants. Au lieu d’être simplement un outil de reconnaissance d’identité, le passeport agit comme un moyen de surveillance et de régulation des mouvements individuels. Cette dualité m’interroge. Dans quelle mesure la liberté de voyager est-elle réelle si elle est conditionnée par l’obligation de détenir un document délivré par un État ? La Déclaration universelle des droits de l’homme affirme que toute personne a le droit de circuler librement et de quitter tout pays, y compris le sien. Toutefois, de nos jours, cette liberté est entravée par des exigences administratives et bureaucratiques de plus en plus complexes qui représentent une violation des droits fondamentaux. Dans un contexte mondial où les déplacements internationaux sont monnaie courante, je me dis que le passeport est superflu devant le brassage de millions de gens. Pourtant, les crises politiques et les menaces sécuritaires à répétition ont conduit à une intensification des exigences liées aux passeports et à un renforcement des contrôles aux frontières, physiques et administratives. Cela soulève la question : jusqu’où cette logique sécuritaire forcée va-t-elle nous emmener ? Je souris à un parallèle teinté d’une pointe d’humour dérisoire, entre vol d’avion, vol de liberté et vol de temps.

    Dans l’effervescence du terminal, une estrade de féerie, telle une bulle de magie, bordée de compositions florales rouge et or, dévoile un majestueux sapin de fête enneigé, couronné d’une étoile scintillante. Il trône au centre, paré de décorations étincelantes et d’ombres hivernales. Près de lui, un bonhomme de neige jovial, coiffé d’un bonnet bleu brillant, sourit en levant les bras. Des lanternes rouges rappellent que nous sommes dans un aéroport asiatique. Peint sur chaque face de l’estrade carrée en bois d’acajou clouté d’or, un traîneau rouge orné d’or tiré par des rennes bondissants, venu d’horizons enchantés, rappelle la magie des fêtes passées.

    Je prends en photo la tour de contrôle blanche élancée dont les balcons semi-circulaires noirs semblent accrochés comme des grappes dans le ciel. Nous intégrons un peu avant onze heures la file d’attente K pour l’enregistrement des valises. Seuls les passeports nous sont demandés par l’hôtesse concentrée dans sa tâche. La péripétie des trois prénoms s’éloigne dans l’absurdité. Munis des cartes d’embarquement, nous prenons la direction des contrôles. Un peu moins d’une heure est nécessaire pour avancer comme des bestiaux dans la file d’attente pour le contrôle des passeports et dans celle pour le contrôle des bagages. Les contrôles flirtent avec la démence de celles et ceux qui les mettent en place. Une sorte de perversité les anime. Dans la dernière ligne droite de la seconde file, j’observe une employée, équipée d’un chariot à roulettes muni d’un grand sac poubelle, qui trie méthodiquement les bouteilles plastiques jetées par les passagers dans une poubelle carrée qui a débordé sur le carrelage. Elle vide dans un seau rouge les bouteilles encore plus ou moins pleines. Devant l’ultime contrôle, nous déposons toutes nos affaires dans des bacs en plastique bleu roi en suivant un protocole strict. Les onze heures s’annoncent avec perplexité devant cette paranoïa humaine liée aux voyages en avion. Nous nous rendons ensuite à la porte d’embarquement numéro vingt, l’embarquement étant annoncé dans une vingtaine de minutes auxquelles viendront s’ajouter une quarantaine de minutes supplémentaires.

    Patrick s’éloigne pour acheter de quoi nous sustenter. Il revient avec des croissants chauds que nous savourons devant la porte dix-neuf, un vol pour Taipei sur l’île de Taïwan ayant remplacé le nôtre à la porte vingt. À midi, nous sommes à bord d’un Airbus A321 de la compagnie Cambodia. L’avion s’élance sur la piste d’envol à midi trente et une. Deux minutes plus tard, il s’élève gracieusement dans les airs. Je poursuis la lecture de la Route du temps après la prise de quelques photos depuis le hublot ; le ciel est bleu et j’apprécie de contempler l’azur. Les minutes s’envolent à leur tour. L’avion amorce sa descente. Le train d’atterrissage sort à treize heures neuf. Trois minutes plus tard, l’avion se pose sur le tarmac de l’aéroport international de Siem Reap au Royaume du Cambodge. Nous quittons l’appareil une quinzaine de minutes plus tard. Trente autres minutes sont nécessaires pour les formalités de l’entrée au Cambodge. À quatorze heures, Amatak, un homme souriant et avenant, nous accueille avec courtoisie à la sortie de l’aéroport. Nous montons à bord de sa Lexus. Durant le trajet, nous longeons des champs de culture de pommes de terre. Nous dépassons nombre de carrioles en tous genres dont une qui transporte, me semble-t-il, des stupas de couleur rouge avec le chattra doré aux multiples ombrelles, disposés sur deux rangées sur la remorque. Nous arrivons à notre hôtel après une heure de route.

    Au Chateau d'Angkor la Residence, la jeune et fluette Khann nous accueille avec un sampeah, le geste de salutation traditionnel cambodgien. Trois portraits encadrés sont suspendus sur le mur de la réception. Ils représentent des membres de la famille royale du Cambodge. À gauche, le Roi Norodom Sihamoni, l’actuel monarque du Cambodge, né le jeudi 14 mai 1953 à Phnom Penh, qui règne depuis 2004. Au centre, le Roi-Père Norodom Sihanouk (1922-2012), une figure majeure de l’histoire du Cambodge qui a occupé diverses fonctions dont celle de roi à deux reprises (1941-1955 et 1993-2004). Il a joué un rôle crucial dans l’indépendance du pays en 1953. Je l’ai rencontré brièvement en France dans un Relais & Château à l’époque où je voyageais avec ma mère Lucienne. À droite, la Reine-Mère Norodom Monineath Sihanouk, née Paule-Monique Izzi. Elle fut reine consort du Cambodge au côté de Norodom Sihanouk de 1952 à 1955 puis de 1993 à 2004. Elle est la mère de l’actuel roi Sihamoni. Ces trois portraits sont traditionnellement affichés ensemble dans les institutions cambodgiennes et dans nombre de lieux publics comme les hôtels. Ils symbolisent la continuité de la monarchie et l’unité nationale. La Reine-Mère, qui a fêté ses 88 ans l’année passée, continue d’apparaître au côté de son fils lors des cérémonies officielles.

    Plus tard, vers seize heures, nous allons nous désaltérer au proche Starbucks, situé dans l’attrayant centre commercial The Heritage Walk dont les décorations de fête s’animent de féerie dans une symphonie festive de Noël et du Nouvel An. Je renonce à déchiffrer le prénom de notre hôtesse dont le khmer à l’écriture alpha syllabique m’est totalement inconnu. Patrick apprécie un cappuccino. Je sirote un chocolat chaud au lait de noix de coco.

    Nous allons ensuite nous promener dans les décorations festives du niveau inférieur qui font la part belle à l’émerveillement et à la magie de Noël. Au cœur de l’esplanade, s’élève un majestueux sapin scintillant paré de boules rouges et de LED multicolores. L’ambiance est orchestrée par des sphères dorées et rouges suspendues, telles des planètes dans la galaxie des gnomes, farfadets, lutins, leprechauns et autres personnages imaginaires des contes populaires. Un attendrissant ours en peluche géant vêtu de rouge est assis sur son trône. Des petits manèges et des voiturettes illuminées invitent les enfants à participer à des voyages imaginaires. Une coquette petite maison rose semble tout droit sortie d’un conte de fées. Le sol, recouvert d’une moquette verte circulaire, crée un écrin douillet pour cette mise en scène féerique où se mêlent les rires d’enfants et les regards baignés de souvenirs des adultes. Ce véritable théâtre récréatif fait briller les yeux des petits et des grands, en transformant l’esplanade en un royaume enchanté.

    Je m’attarde plaisamment devant une cabine téléphonique britannique de ma taille, rouge comme les joues du Père Noël, dont le mot téléphone est surmonté d’une couronne royale dorée. Heureuse de sa présence près du sapin majestueux, rapetissée durant son voyage depuis une rue de Londres, elle est venue passer les fêtes sous les tropiques en laissant Big Ben dans le brouillard londonien. Le tapis vert, telle une pelouse anglaise, est un petit clin d’œil au pays d’origine de la cabine téléphonique voyageuse. Le téléphone sonne, j’ouvre la porte de la cabine et je porte à mon oreille l’ancien combiné noir.  L’appel provient d’une cabine de Piccadilly Circus qui me demande de lui raconter les aventures exotiques de sa cousine…

    Avant de sortir du centre commercial pour revenir à l’hôtel, j’attarde mon regard sur une fresque magnifique dans ses couleurs éclatantes. Dans une jungle enchantée aux teintes turquoise et émeraude, deux éléphants mauves se tiennent majestueusement près d’une cascade scintillante. Le décor luxuriant, parsemé de fleurs rose et rouge, s’illumine de touches dorées qui filtrent à travers la canopée. Les lianes suspendues et la végétation exubérante créent un cadre féerique où mère et éléphanteau partagent un moment de tendresse, leur silhouette violacée se détachant dans ce paradis tropical aux couleurs oniriques. Je pense à Jumbo ! Avant de retourner à l’hôtel, nous effectuons des emplettes pour dîner dans la chambre, dont deux parts de cheese-cake achetées chez May Bakery & Cafe à deux pas. Mon arkun (ar-koon) [merci] m’offre un radieux sourire de la jeune fille qui nous a servis…











































































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