mercredi 8 janvier 2025

Mardi 7 janvier 2025 - Le marché de Phsar Chas, une mosaïque vivante et un univers où s’entrelacent des centaines d’étals…

    Lors du petit déjeuner, je découvre un nouveau fruit exotique. Je croque avec leur peau verte deux petites pommes surettes, des jujubes tropicaux appelés également pommes malcadi. Ronds ou légèrement ovales, les jujubes sont également connus sous le nom de datte chinoise. La chair blanche est sucrée et acidulée. Le jujube est apprécié pour sa richesse en vitamine C et pour ses propriétés antioxydantes.

    En fin de matinée, nous allons déjeuner chez Golden Pumpkin. En chemin, je vois au sol une carte d’anniversaire au nom de Set Kao Philipp. Au verso du bristol, des messages de vœux en anglais se dévoilent. À plusieurs endroits, je lis Happy Birthday Bong. Le mot cambodgien Bong se traduit en français par le terme Frère. En khmer, Bong est utilisé comme un terme respectueux employé pour s’adresser à quelqu’un de son âge ou légèrement plus âgé, indépendamment de son sexe. Ce mot est souvent utilisé dans des expressions courantes, comme Orkun bong, qui signifie Merci frère. Le mot bong véhicule une notion de fraternité et de respect dans la culture cambodgienne, ce qui en fait un terme d’adresse très courant et apprécié. Un  peu plus loin,  nous croisons une Cambodgienne qui marche à côté de son vélo chargé d’une quinzaine de noix de coco suspendues de chaque côté. En sandales, habillée en noir, les mains gantées, elle porte un fichu et une casquette. Nous passons devant une petite échoppe entièrement ouverte sur le trottoir où une femme s’active minutieusement, concentrée à raccommoder derrière sa machine à coudre Jack. À côté d’elle, une fillette en robe bleue vit tranquillement dans le farniente juvénile. Une grille en bois gris clair avec un portillon l’empêche d’aller sur le trottoir. Plus avant, dans la rue du restaurant, une autre échoppe de couture, plus grande, avec plusieurs machines à coudre, se dévoile, ouverte également sur le trottoir. Un jeune garçon, en tee-shirt, pantalon et chaussettes, œuvre sur une machine de la même marque Jack. Deux épisodes de vie qui sont inexistants en France. Nous croisons le chat tigré que Patrick a caressé longuement hier. Le minet le reconnaît et réclame des caresses.

    Sina nous accueille chez Golden Pumpkin. Je lui montre sur l’iPhone, le commentaire que j’ai publié sur Tripadvisor suite à sa demande. Elle est enchantée. Le même couple qu’hier est présent à la table voisine. Le restaurant remporte un vif succès. Les mets se montrent aussi savoureux qu’hier. Nous sortons le cœur léger après un excellent repas. Nous allons découvrir l’Old Market de Siem Reap, connu en cambodgien sous le nom de Phsar Chas, ce qui signifie littéralement marché ancien. Ce marché est le plus vieux de la ville. En chemin, je m’attarde un instant devant une autre grande surface fermée. Le bâtiment de trois étages, entièrement vitré, est totalement vide. Un peu plus loin, devant la boutique ouverte sur la rue PJ Modern Phone Shop, nous achetons pour moins de six dollars une souris blanche de la marque Hoco, la Logitec achetée pour mon ordinateur à Buenos Aires ayant rendu l’âme. Le fils du marchand s’amuse, assis sur le carrelage derrière le comptoir. Un grand car touristique rouge, bleu et blanc, Big Bus Angkor est stationné en face de la boutique. Seam Reap est une ville très fréquentée par les touristes, grâce à la présence des divers temples réputés des environs.

    À une station-service, je suis séduit par le commerce ambulant d’un marchand. Le jeune homme vient de prendre de l’essence. Mélange d’ingéniosité humaine et d’art du quotidien, son scooter a été transformé en un véritable bazar ambulant. Il se déploie sous un auvent à deux pans aux rayures jaunes et rouges. Il abrite une micro-économie sur deux roues. Dans cette boutique ambulante, telle une petite arche, des bouteilles d’eau, des canettes, une glacière rouge, un thermos, une surprenante plante verte en pot et nombres d’autres articles voyagent avec admiration. Le jeune conducteur à lunettes, un chèche blanc enroulé sur la tête, vêtu d’un gilet réfléchissant, me sourit en faisant le signe V quand je prends une photo. Il incarne le pragmatisme et la débrouillardise. Il s’éloigne. À la fois capitaine de ce navire urbain et marchand itinérant, il navigue dans la rue animée avec une maîtrise digne d’un virtuose. Si le scooter pouvait parler, il raconterait sans doute des histoires de clients assoiffés, de journées brûlantes et de kilomètres parcourus sous le regard curieux des passants. Cette ode à l’adaptabilité humaine m’offre une pensée humoristique ; qui aurait cru qu’un scooter puisse devenir un supermarché miniature ?

    Plus avant, je regarde l’étonnante tour de verre bleuté circulaire de l’entrée de la Canadia Bank. La couronne à son faîte me fait penser aux rayons de celle de la Statue de la Liberté qui symbolisent les mers et continents. Au fur et à mesure que nous approchons du marché, les rues sont de plus en plus animées. L’offre marchande va crescendo. Nous passons devant la Pub street décorée de cubes colorés suspendus à des filins au travers de la rue. Des guirlandes scintillantes, des longues bandes multicolores créant un plafond aérien tel un rideau de lumière tamisée, et des cercles tressés de feuillages artificiels, dont certains en forme de cœurs, parsemés de touches dorées, argentées et colorées, qui flottent gracieusement au-dessus des passants, participent aux décorations suspendues d’une autre rue. Ma préférence va à une rue qui s’épanouit dans un spectacle aérien enchanteur sous le ciel d’azur. Suspendues au-dessus de moi à des filins presque invisibles, des myriades de parapluies multicolores ouverts forment une voûte poétique et lumineuse. Les parapluies, ornés de superbes motifs floraux variés, projettent des ombres dansantes sur les pavés rouges en contrebas. J’apparente cette symphonie visuelle colorée à une représentation féerique. La lumière du Soleil traverse les toiles colorées, baignant la rue d’une douce lueur tamisée.

    Nous arrivons au marché. Nous entrons par une des multiples venelles dans une symphonie vivante, un tableau vibrant où se mêlent couleurs, odeurs et bruissements. Sous une charpente vieillissante en tôle ondulée, marquée par le passage du temps, les étals débordent de fruits tropicaux éclatants, de légumes frais et d’épices aux teintes chaudes. Les lumières suspendues, parfois vacillantes, diffusent une clarté douce qui illumine ce microcosme animé. Les vendeurs, assis ou debout derrière leurs trésors, incarnent l’âme de ce lieu. Leurs gestes sont empreints d’une routine presque chorégraphique. Les conversations en khmer s’entremêlent dans un murmure continu. Un enfant accoudé à un étal dessine au crayon à papier sur une feuille blanche. Le marché animé, telle une mosaïque vivante, regorgent de fruits tropicaux aux couleurs éclatantes et de collations locales. Un salon de coiffure ouvert sur une allée étroite rappelle la simplicité du quotidien. La coiffeuse lave délicatement la longue chevelure d’une cliente ; l’abondante mousse blanche contraste avec le noir des cheveux. Sur une table, des rondelles et des tranchettes de banane, dorées et croustillantes, s’offrent aux regards dans des sachets translucides comme autant de trésors culinaires à emporter en voyage. Patrick achète des fruits secs : des mangues et des rondelles d’ananas. Nous nous attardons devant deux vieilles machines à coudre en repos. Elles témoignent de la persistance du savoir-faire manuel dans un monde en constante évolution. Autre part, des sacs en osier évoquant les champs dorés et les mains habiles des artisans, sont suspendus au-dessus de piles soigneusement organisées d’écharpes et de foulards multicolores, aux soies chatoyantes, en pashmina, en cachemire, aux motifs traditionnels, qui appellent à être caressés. Dans deux boutiques différentes, j’achète un pantalon khmer coloré. Dans un stand attrayant de beauté noir et doré, tel un poète silencieux, un artisan sculpte la peau du cuir avec une précision quasi mystique à côté de sa fille qui rêvasse. À proximité, un vaste étal regorge de vaisselle et d’instruments de cuisine dont une partie est suspendue. Ailleurs, des vêtements aux imprimés exotiques, des sacs arborant des marques internationales, parfois avec un clin d’œil ironique à leur authenticité, une myriade d’accessoires brillant sous l’éclairage tamisé, participent à l’incroyable diversité des produits présentés. Des artisans exposent leurs créations avec fierté : sacs en toile, poteries colorées, cartes postales illustrées capturant la beauté du pays. Chaque étal est une invitation à l’exploration. Les touristes et les citadins se croisent dans un ballet incessant. Le chaos apparent cache une organisation parfaitement rodée, presque poétique. Un vendeur, au jean lacéré, somnole devant son étal, un tee-shirt rouge sur la tête pour le protéger de la lumière. Le marché de Phsar Chas est bien plus qu’un simple marché, c’est un univers où s’entrelacent des centaines d’étals. Ce lieu est une mosaïque vivante où le quotidien se transforme en poésie visuelle et tactile, où chaque détail contribue à la symphonie désordonnée mais harmonieuse du quotidien cambodgien, où l’artisanat se fait mémoire vivante.

    Après une plaisante immersion dans cet univers d’abondance enchanteresse, nous revenons tranquillement à l’hôtel. Je m’attarde un instant avec le sourire devant un tuk-tuk qui s’est donné un air différent en ressemblant à une Rolls-Royce. Le conducteur m’offre un radieux sourire. Plus avant, je m’attarde avec tendresse devant un enfant allongé sur un transat. Le smartphone dans ses mains représente une fenêtre vers un ailleurs, tandis que son corps recroquevillé traduit une douce insouciance. Autour de lui, le métal rouillé et les meubles simples racontent une vie modeste.

    Plus tard dans l’après-midi, nous allons nous désaltérer au Starbucks. En chemin, nous voyons que des travaux ont commencé dans le vaste bâtiment de caractère situé en face de l’hôtel. Des briques rouges empilées méthodiquement sur le trottoir participent à la construction d’un mur naissant qui borde une piscine azurée vide. La lumière douce caresse les façades blanches et les colonnes massives du bâtiment aux nombreux corps, tandis qu’ouvriers et ouvrières s’activent, parfois avec nonchalance, dans l’édification du mur. Devant la seconde entrée de l’Heritage Walk, un homme transvase sur le trottoir de l’eau dans des bonbonnes d’eau bleues. Derrière lui, la remorque d’un vieux camion est pleine à craquer de bonbonnes.

    Lors du dîner dans l’appartement, nous nous régalons avec un roulé élancé à la crème au beurre et chantilly, fraise pour Patrick et chocolat pour moi, achetés à côté de l’hôtel chez May Bakery & Cafe…










































































Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire