mardi 7 janvier 2025

Lundi 6 janvier 2025 - Le voile se lève sur Angkor Vat, le joyau intemporel du Cambodge, l’un des plus grands trésors de l’humanité...

    En fin de matinée, sous un ciel d’azur, nous marchons plaisamment vers le restaurant où nous allons déjeuner. En chemin, je m’attarde devant un épisode de vie qui m’interpelle avec bonheur en s’étirant paresseusement sur un trottoir. Tel un improbable hybride entre une monture mécanique et un hamac ambulant, un tuk-tuk se repose à l’ombre de la ramure d’un arbre amical. Son conducteur, allongé avec une nonchalance digne d’un philosophe stoïcien, semble avoir trouvé une des clés du bonheur : une sieste improvisée dans le tumulte de la ville sur un hamac positionné en travers au-dessus des sièges, fixé en diagonale à deux des quatre montants qui soutiennent le toit. Le bleu vif de la palissade derrière le tuk-tuk contraste avec l’atmosphère paisible de l’instant de cet art de vivre. À ses côtés, un livreur Grab portant la coutumière veste verte, assis sur le muret au bas de la palissade devant son scooter, s’active sur son smartphone. Cet épisode de vie est une ode à l’art du ralentissement, un tableau où l’humain et la machine cohabitent dans une harmonie décalée. La vie du conducteur de tuk-tuk s’apparente à des instants activités dans les rues et à des moments suspendus… dans un hamac.

    Le long de la rue animée Taphul, à l’ombre des arbres tropicaux, se niche le restaurant Golden Pumpkin qui s’apparente à une ode à la sérénité et à la gastronomie khmère. Sa façade, en bois rouge de Falun, embellie de feuillages luxuriants, nous invite à entrer dans ce havre où le temps s’écoule au ralenti. Sina, notre gracieuse serveuse, et ses collègues nous accueillent avec avec un sampeah, le geste de salutation traditionnel. Après les attrayantes cuisines ouvertes aux regards, nous arrivons dans un charmant patio aux arcades rectangulaires jaune safran qui me fait penser à ceux des somptueuses villae romaines où ombre et fraîcheur favorisent le bien-être. L’atmosphère chaleureuse est baignée par une lumière douce qui filtre à travers les feuillages. Le cadre respire la simplicité élégante et la créativité inspirante qui stimule mon imagination. Les tables au plateau en bois et les chaises variées et confortables côtoient plaisamment une courette verdoyante où les plantes grimpantes enlacent les troncs d’arbres et où le murmure des feuilles accompagne les conversations des convives. Ce lieu est bien plus qu’un restaurant, c’est une oasis privilégiée où il fait bon se restaurer dans la beauté du moment présent. Les plats qui nous sont servis sont de véritables œuvres d’art culinaires. Une crème de courge jaune-orangé, décorée d’une fleur de crème blanche, blottie dans une petite citrouille évidée, capture l’essence même des saveurs locales. Les rouleaux de printemps croustillants et les nouilles jaunes sautées au tofu et aux pousses de soja apportent une explosion de textures et de couleurs qui enchantent les papilles de Patrick. Je me régale divinement avec un curry rouge, uns des plats populaires cambodgiens proposés au menu, qui est servi avec du riz parfumé tenu au chaud grâce à un cône en feuille de bananier ; cette attention délicate symbolise le respect profond pour les traditions ancestrales. Ce lieu nourrit à la fois le corps et l’esprit. Les sourires cordiaux et spontanés du personnel, habillé d’un mélange harmonieux de tenues traditionnelles et contemporaines, témoignent que la générosité et l’hospitalité sont au cœur de la culture khmère. Chaque geste, chaque plat servi, sont imprégnés d’une gratitude silencieuse envers les convives qui viennent partager cet espace unique au cœur de Seam Reap. Avant de quitter le restaurant, je demande si je peux prendre une photo des cuisines. Une réponse affirmative spontanée et la participation impulsive de tout le personnel de cuisine, qui prend une pose enchantée et souriante pour la photo, me transportent de joie. Sok Mean, la Maestria des fourneaux, m’invite à prendre place entre les cinq chaleureuses personnes présentes de sa brigade pour une photo souvenir. Je suis touché et ému. En quittant ce restaurant, nous emportons bien plus qu’un souvenir gustatif, nous emportons une parcelle de Siem Reap, un fragment d’humanité et d’harmonie qui résonnera longtemps après notre départ pour Phnom Penh…

    Plus tard, Bron nous accueille pour un voyage à bord de son tuk-tuk aux deux banquettes frangées, en vis-à-vis, de couleur bleu indigo. Il nous indique où acheter deux billets pour la visite du sanctuaire d’Angkor Vat. Dans le proche centre commercial Heritage Walk, une charmante hôtesse nous assiste pour l’achat sur une borne automatique interactive. Nous payons trente-sept dollars pour chaque billet. Bron, venu voir si tout se déroulait bien, retourne nous attendre devant son tuk-tuk. Une gratitude douce émerge face à sa courtoisie attentive. Bron nous prend en photo à bord du tuk-tuk. Le trajet emblématique pour l’un des sites les plus célèbres d’Asie commence. Le tuk-tuk s’élance sur la route animée et serpentine reliant Siem Reap au majestueux sanctuaire d’Angkor Vat. Le début d’après-midi est baigné de lumière dorée. Le moteur ronronne et l’air chaud caresse nos visages. Nous sommes confortablement installés sur les sièges rembourrés de la remorque, protégés des rayons du soleil par le toit où je remarque la présence tout autour de bâches roulées pour les périodes de mousson. La ville s’efface derrière nous, remplacée par des paysages plus calmes et verdoyants. Les rues animées cèdent la place à une route bordée de palmiers, de végétation luxuriante, de forêts, de maisons traditionnelles et de commerces variés ouverts sur la chaussée. Le trajet est ponctué de moments suspendus. Patrick voit une rizière. Un étang aux nymphéas violets se dévoile. Un lac miroir reflète de grands arbres élancés. Nous passons devant deux temples de caractère. Des enfants jouent. Leurs rires se mêlent au bruit du trafic. Des artisans locaux vendent des souvenirs en bord de route. Le chauffeur, casqué, concentré, souriant dans le miroir des deux grands rétroviseurs au long bras, connaît chaque détour par cœur. Il ralentit parfois pour éviter un chien errant ou pour laisser passer un scooter téméraire. À mesure que nous approchons d’Angkor Vat, l’atmosphère change subtilement. L’air semble plus dense, chargé d’une énergie ancienne. Nos regards s’enrichissent d’une dimension visuelle et sensorielle captivante. Les arbres du parc archéologique se dressent comme des sentinelles silencieuses, leurs racines serpentant autour de pierres millénaires. Après une trentaine de minutes de voyage enchanteur, Angkor Vat se dévoile dans toute sa splendeur. Bron va nous attendre. Il nous donne son numéro de portable et nous invite à explorer ce chef-d’œuvre intemporel à notre guise. Le sanctuaire monumental se dresse devant nous, ses tours semblant effleurer le ciel. La lumière du Soleil enveloppe les temples d’une teinte chaude et dorée.

    Nous découvrons lentement ce joyau intemporel du Cambodge, tel un écho du passé qui s’entrelace au présent. Une symphonie de pierre et d’histoire, de poèmes sculptés dans le grès, se dévoile à nos sens éblouis. Sous le ciel d’azur éclatant, les tours élancées s’élèvent comme des lotus célestes, défiant les siècles et les intempéries. Nous suivons l’allée centrale, constituée de grandes dalles de pierre de formes irrégulières, qui avance entre deux lacs miroirs où se reflètent les joyaux de grès qui constituent la façade panoramique du sanctuaire. Nous contournons l’entrée centrale pour entrer dans le cœur du sanctuaire par la droite sans traverser les accueillantes dames de pierre dont chaque escalier abrupt, majoritairement en bois de nos jours, est pourtant une invitation à gravir les marches du temps, à se hisser au sommet d’un passé glorieux où les dieux dansaient avec les mortels. Je limite mes envies de grimper pour protéger mes genoux. Dans le passage de transition, allongé dans un large encadrement de pierre, un garde se repose. Plus avant, je vois un homme qui dort dans un hamac tendu entre deux troncs d’arbres. Un autre lac miroir reflète majestueusement Angkor Vat à la gloire de Vishnou. Angkor signifie ville ou capitale en vieux khmer, tandis que Vat signifie temple. Ainsi, Angkor Vat peut se traduire par la ville des temples. Bien qu’il soit communément appelé Angkor Vat, le nom d’origine de ce sanctuaire en vieux khmer est Vrah Viṣṇuloka, ce qui signifie La demeure du dieu Vishnu. Avant de devenir un lieu de culte bouddhiste, Angkor Vat fut initialement construit pour vénérer le dieu hindou Vishnou. Nos regards embrassent quatre tours qui encadrent le sanctuaire central, le tout formant une répartition en quinconce. 

    Quand je m’apprête à entrer dans le passé, je croise une femme, telle une ode à la beauté universelle, qui dégage une élégance naturelle et la grâce intemporelle du lieu qu’elle quitte. Elle marche en tenant son chapeau d’une main, comme pour se protéger du vent de l’Histoire, riche de mille péripéties. Son allure, aux pas légers, est empreinte d’un charme discret. Je trouve superbe sa robe longue et ample, fluide et éclatante, au tissu jaune vif orné de motifs qu’elle a emportés dans le sanctuaire comme par magie. Répartie de chaque côté de la façade principale, une longue galerie ouverte à colonnade se dévoile à nos regards éblouis. Les bas-reliefs ornés en enfilade de la galerie, où dansent des ombres, racontent des épopées épiques, des batailles titanesques, des processions divines et des épisodes de vie quotidienne qui semblent chuchoter à nos oreilles attentives. Nous sommes impressionnés par les fresques en pierre qui murmurent avec une sagesse millénaire. Elles portent les empreintes d’un Empire khmer qui a su marier spiritualité et architecture avec une audace presque insolente. La lumière caresse les murs avec une tendresse presque maternelle, jouant à cache-cache entre les colonnes.

    Dans la galerie de la façade principale, longue de près de cinquante mètres, une fresque interminable sculptée illustre l’affrontement entre les Kauravas, dirigés par Duryodhana, et les Pandavas, menés par Yudhishthira. La bataille de Kurukshetra, une épopée indienne, est un épisode clé du Mahabharata. Les Kauravas sont à gauche et les Pandavas à droite. La fresque se divise en trois sections. La première dépeint la préparation au combat. Nous voyons des soldats armés de gongs, trompettes et conques, avançant vers le champ de bataille. La seconde dépeint le cœur de la bataille. Les guerriers s’affrontent avec arcs, épées et autres armes dans un chaos de chars et de chevaux. La dernière dépeint le duel final et le dénouement. Bhishma, chef des Kauravas, est mortellement blessé par des flèches d’Arjuna, toutefois, il reste vivant jusqu’à la fin de la guerre. Après une vingtaine de jours de combats sanglants, les Pandavas triomphent. Cette fresque illustre également Krishna, conseiller des Pandavas, qui joua un rôle central dans la victoire. À la fin de la guerre, Yudhishthira monte sur le trône d’Hastinapura.

Sur les murs sacrés d’Angkor se déploie

L’épopée d’une guerre où le destin se noie

Kauravas et Pandavas dansent sous les cieux

Chars fracassés et flèches en feu

Les conques résonnent le tumulte s’élève

Arjuna combat tandis que le sort s’achève

Bhishma transpercé repose sur ses flèches 

L’honneur persiste là où le sang se sèche

Krishna guide les âmes vers leur victoire

Yudhishthira triomphe et grave son histoire

Ainsi s’éteint la bataille aux mille éclats

Sous les pierres d’Angkor où le temps se combat

Je m’attarde devant un enfant assis sur une marche d’escalier qui me regarde avec intensité tout en grignotant. Je le prends en photo dans cette impermanence émotionnelle.

    Une autre fresque, riche également de nombreux bas-reliefs, image un impressionnant défilé militaire sous le règne du roi Suryavarman II, le souverain à l’origine de la construction d’Angkor Vat. Ce défilé met en avant la puissance militaire et l’organisation de l’armée khmère. La procession commence avec des soldats en rangs bien ordonnés, armés de lances et de boucliers. Ils sont suivis par des officiers montés sur des éléphants majestueux, symboles de pouvoir et de prestige. Le roi lui-même est représenté dans un char richement décoré, entouré d’ombrelles royales, signe de sa divinité et de son autorité suprême. Les bas-reliefs illustrent également des épisodes de la vie quotidienne des soldats, des musiciens jouant des instruments traditionnels pour accompagner la marche, et des prêtres effectuant des rituels pour bénir les troupes avant leur départ au combat. Ces représentations témoignent non seulement de la puissance militaire mais aussi de l’importance du rituel et de la spiritualité dans la culture khmère..

Sous les ombrelles sacrées le roi avance

Majestueux dans son char symbole de puissance

Les éléphants marchent porteurs d’autorité

Tandis que les soldats suivent en rangs disciplinés

Musique et prières bénissent cette armée

Un écho du passé gravé dans l’éternité

Angkor témoigne dans ses pierres sculptées

De la gloire d’un royaume à jamais exalté

    

    Nous sortons par une entrée latérale pour contourner le vaste quadrilatère de grès dont le voile restera baissé. Sous l’ombre apaisante des palmiers qui veillent autour du temple, nous ressentons une émotion profonde. Angkor Vat, c’est une rencontre avec l’éternité, un dialogue silencieux avec l’âme humaine. C’est un endroit où l’on rit doucement de ses propres limites face à l’immensité et où l’on pleure presque de gratitude pour la beauté fragile qui nous entoure. Nous sommes éblouis, le souffle impressionné, par ce chef-d’œuvre universel à la majesté solennelle. Nous allons flâner dans les alentours.

    J'attarde mon regard sur un homme qui balaie, avec Angkor Vat en arrière-plan dans ma vision. Tel un gardien discret, sa silhouette se découpe sur le fond monumental des tours élancées, dont la symétrie évoque un équilibre cosmique. Tandis qu’il rassemble les feuilles tombées, il participe à une continuité millénaire, celle d’un lieu où chaque pierre raconte l’histoire de milliers de mains qui ont donné naissance à l’un des plus grands trésors de l’humanité. Son balai effleure doucement la terre rougeâtre, comme pour ne pas troubler la sérénité des lieux. Il est à la fois insignifiant et essentiel dans ce paysage grandiose, où les sculptures et bas-reliefs immortalisent les mythes du Ramayana et les exploits des rois khmers. Sa tâche contraste avec l’immensité spirituelle et architecturale qui l’entoure, tout en s’inscrivant dans une harmonie silencieuse. Dans ce temple qui fut conçu comme une montagne cosmique dédiée à Vishnou, il me semble que sa présence prend une dimension symbolique. Cet homme, inconnu tout comme moi, devient une métaphore. Il incarne le lien fragile entre les hommes d’aujourd’hui et l’héritage ancestral. Son balai trace des lignes éphémères sur le sol sacré, comme un poème silencieux dédié à la mémoire des siècles. Sous le ciel d’azur, un cadeau des dieux, je m’identifie à cet homme, un autre moi-même, né dans un pays différent.

    Nous découvrons un site riche de stupas bouddhistes aux couleurs variées. Je suis surpris par la présence d’une demeure modeste nichée dans un écrin de verdure. Elle me semble presque incongrue à l’ombre des majestueux temples d’Angkor Vat. Le toit en tôle, la simplicité des murs en bois, la véranda ornée d’une coquette balustrade, respirent la quiétude sur le sol en terre battue qui s’étend devant la demeure. À côté d’elle, un abri protège un véhicule utilitaire, témoin des allées et venues du quotidien. Des vêtements suspendus dehors sur des cintres et des portants métalliques flottent doucement dans l’air en ajoutent une touche de vie à ce tableau inattendu. Autre part, sur le chemin du retour, nous découvrons, contre toute attente, des singes. Je m’attarde devant un macaque crabier. L’animal semble vivre en harmonie avec les visiteurs tout en satisfaisant son appétit.

Sous l’ombre des pierres millénaires

Un macaque sage au regard clair

Trône sur l’herbe comme un roi discret

Tenant une noix de coco son trésor concret

Sa main agile plonge dans la coque

Comme un sculpteur taillant le roc

Le temple murmure ses récits anciens 

Tandis que le singe savoure un festin

Son pelage gris se mêle d’éclats de lumière

Une vie simple dans cette atmosphère

Gardien espiègle des lieux discrets

Il veille sur Angkor et ses secrets

    Devant nous, à diverses reprises, nous voyons des Cambodgiens qui mettent en lumière des vêtements traditionnels, riches en histoire et en symbolisme, typiques de la culture khmère. Adultes et enfants portent des tenues inspirées des habits traditionnels cambodgiens, notamment le sampot et le sbai, qui incarnent l’élégance et le savoir-faire artisanal du Cambodge. Le Sampot se présente comme une pièce de tissu rectangulaire, souvent en soie, qui se porte autour de la taille en le nouant ou le drapant de différentes manières selon les circonstances. Ma préférence va au sampot chang kben, une variante du sampot, qui ressemble à un pantalon drapé aux motifs géométriques et aux couleurs vives témoignant de la richesse des traditions textiles cambodgiennes où chaque teinte et motif peut porter une signification particulière. Le sbai, qui symbolise la grâce féminine, associé aux légendes fondatrices du Cambodge, en tissu léger, drapé sur l’épaule, s’utilise pour couvrir le haut du corps. Les ceintures métalliques scintillantes, maintenant les drapés en place, me séduisent particulièrement. Je me dis que la soie de ces vêtements, qui me rappelle le roi de la soie Jim Thompson, doit raconter une histoire ancienne, celle d’un peuple qui a su tisser son identité dans chaque fil de soie. Nous nous rendons dans le village commercial touristique. Je m’extasie devant les fleurs d’un arbre corail dont les grappes rouge vif sont spectaculaires. Dans une des boutiques, j’achète deux pantalons colorés khmers en toile coton.

    Nous décidons de prendre le chemin du retour après deux heures de marche dans le site. Le tuk-tuk de Bron est à l’ombre. Il nous accueille avec un sourire chaleureux. Le retour est tout aussi plaisant que l’aller. Je prends d’autres photos. En voyant tous ces tuk-tuk en repos le long de la route, vers les espaces mercantiles et vers les temples, et ceux en action, qui nous doublent et nous croisent à vive allure, je me dis qu’ils doivent être plus nombreux que les touristes. Bron nous dépose devant le Starbucks. Nous lui donnons la somme convenue en ajoutant un tiers de bonus. Son large sourire montre qu’il est enchanté. Nous lui disons à une prochaine fois…



































































































































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