Nous déjeunons chez Hybrid Kitchen. Le personnel nous souhaite la bienvenue avec un sampeah en nous disant Welcome back [Content de vous revoir]. Deux jeunes femmes francophones s’installent à une table voisine. Trois Allemands bavardent après leur repas. Un homme anglophone discute debout avec deux Chinois ; chaque participant s’exprime dans sa langue natale. Les échanges vocaux créent une double mélodie aux sonorités totalement différentes. Des non frites à la Magritte qui ne sont pas des frites, des arachides crues et des noix de cajou grillées aux épices, accompagnent les mets végétariens crus et cuits. Nous nous régalons.
Le tableau intitulé Des frites qui ne sont pas des frites est absent de l’œuvre de René Magritte. Ma métaphore fait écho à l'approche surréaliste et paradoxale caractéristique de l’une de ses œuvres les plus célèbres La Trahison des images qui représente une pipe avec l'inscription Ceci n'est pas une pipe. Ce tableau devenu emblématique illustre l'approche surréaliste de René qui visait à remettre en question la perception humaine de la réalité et la relation entre les objets, les images et les mots. Dans La Trahison des images, le Maître de l’énigme surréaliste souligne que l'image d'une pipe n'est pas une pipe réelle, mais simplement sa représentation. Quand je transpose ce concept aux frites, j’imagine un tableau similaire montrant des frites avec l'inscription Ceci n'est pas des frites. La métaphore des frites est un clin d’œil à l'esprit de Magritte dont les œuvres transcendent les frontières et fascinent le public mondial. Stromae, le célèbre auteur-compositeur-interprète, rappeur et producteur belge né à Etterbeek, a déclaré avec humour On n'dit pas des french fries, monsieur. On dit des Belguan fries ! J’ai une pensée pour notre nouvelle amie Magghuy à Antwerp. Nous revenons ensuite à l’hôtel.
Avant quatorze heures, nous montons à bord de la voiture de Sideth qui nous emmène dans un site devenu emblématique. En route, nous passons devant la tour blanche surmontée d'un dôme sphérique de l’Institut Techo Sen des Travaux Publics et des Transports. Nous traversons la rivière Bassac. Plus tard, nous entrons dans l’Euro Ville Grand Star Platinum, toujours en développement, la réalisation phare de Borey Peng Huoth, l'une des sociétés du groupe immobilier cambodgien Peng Huoth, fondé par les frères Hieng Bunpeng et Thay Cheahuoth qui ont commencé leur carrière dans le secteur de la construction en 1991 avant de se diriger vers le développement immobilier. Le mot borey signifie cité résidentielle confortable, voire luxueuse. Nous arrivons à destination après une trentaine de minutes de trajet dans la ville aux mille visages. Sideth nous dépose devant le Mobile Coffee, sur le boulevard en croissant du PH Euro Park, PH signifiant Peng Huoth. Nous nous offrons un cappuccino avant de partir à la découverte du parc.
Dans la douceur tropicale, nous nous promenons dans un havre de paix, dans une oasis inattendue, dans un lieu enchanteur où le Cambodge rencontre d’autres pays du monde dans une danse architecturale captivante. Tel un rêve éveillé, le parc s’apparente à une fantaisie urbaine où les styles se mêlent avec une plaisante audace. Nous suivons une allée pavée sinueuse le long du canal, aux diverses rambardes créatives, qui serpente tel un ruban d’argent entre les répliques réduites de monuments emblématiques. Des carpes koïs aux couleurs flamboyantes glissent sous la surface miroitante. Depuis une presqu’île en forme de coque de bateau en bois foncé, j’admire un pont blanc en pierre blanche à l’architecture classique pourvu de balustrades sculptées au design inspiré. Patrick l’apparente au Pont-Neuf, le pont le plus ancien existant à Paris, qui traverse la Seine à la pointe ouest de l'Île de la Cité. Une élégante rotonde blanche à colonnes, aux rambardes à balustres, couronnée par un dôme, se reflète dans l’eau. Près de la route, où des scooters, électriques pour certains, et un tuk-tuk rose, noir et blanc, sont alignés sous l’ombre des arbres dont les branches chargées de lianes créent une canopée, nous nous attardons devant un majestueux moulin à vent en briques rouges des Pays-Bas, entouré de palmiers à la ramure dansant dans la brise. Ses ailes ocre rouge découpent le ciel d’azur. Nous nous approchons ensuite du frère du Magere Brug, le pont basculant traditionnel à double-levis en bois peint en blanc qui enjambe la rivière Amstel au centre d'Amsterdam. Celui devant nos yeux présente des arches jumelles en pierre, tels des croissants de lune, qui supportent une structure gracieuse aux tons crème et bruns. Les piliers majestueux, couronnés de poutres en bois entrecroisées, évoquent une pergola suspendue au-dessus du canal. La balustrade dessine une dentelle de bois qui se reflète dans les eaux vertes et calmes en contrebas. Le pont des Pays-Bas fut construit à l’origine par deux sœurs, qui vivaient sur les rives opposées de l'Amstel, désireuses de se voir quotidiennement. Les deux frères cambodgiens connaissaient probablement cette histoire. Nous côtoyons une grande roue à eau en bois qui tourne paisiblement, rappelant les moulins d’antan. Nous cheminons près d’un îlot artificiel entouré d'eau, bordé de pierres naturelles et agrémenté de plantes florales, sur lequel pousse un grand arbre majestueux aux branches tortueuses. En arrière-plan, j’aperçois un bâtiment de style Tudor avec des colombages rouges. Nous traversons un petit pont romantique en bois qui mène à deux cascades cristallines dont les eaux scintillantes créant une douce mélodie. Plus avant, nous arrivons à Paris où la tour Eiffel à la dentelle métallique en fer forgé veille sur ce jardin des merveilles. Je pense au modèle un peu plus petit qui participait à la décoration du magasin familial à Cranves-Sales où les enfants prenaient plaisir à grimper malgré les interdictions des parents.
Dans une vision architecturale majestueuse, le Grand Hall dévoile sa magnificence. Telle une symphonie de pierre et de lumière, il surplombe le parc de ses quatre tours, à l’élégante forme hémisphérique, coiffées d’une coupole grise s'élevant vers l'azur. Dans un syncrétisme architectural aux lignes géorgiennes, victoriennes, toscanes et vénitiennes, les façades blanc crème resplendissent sous le soleil tropical. Les arches gracieuses, les arcades cintrées, les balustrades, les portiques, les galeries couvertes à colonnade en enfilade s'alignant avec grâce en rappelant les plus beaux palais européens, créent un rythme architectonique romanesque d'une rare élégance. Plus avant, dans une fontaine, figés dans l’instant, quatre dauphins gris argenté se regardent en jaillissant des vagues écumeuses bleu azur. Nous arrivons par l’autre rive au Pont-Neuf derrière lequel se dresse un phare cylindrique en briques rouges échappé d’un rivage européen. Nous traversons le pont qui mène à un arc de triomphe où se dévoilent des chevaux expressifs en bronze sur un palier d’escalier aux carreaux bleus. Autre part, le long du canal, nous marchons sous une pergola romantique où des vignes grimpantes tissent une dentelle végétale au-dessus de nos têtes. Les colonnes blanches, venues d’un jardin à l’Italienne, créent une allée poétique où la lumière joue à cache-cache avec les feuillages. Les minutes glissent sur l’eau. Nous arrivons devant Big Ben aux façades métamorphosées en couleur crème qui perce le ciel cambodgien de sa silhouette élancée. Ses aiguilles dorées marquent le temps dans ce petit coin d’Angleterre transposé sous les tropiques.
Grâce à la magie des bottes de sept lieues du parc, nous arrivons devant un plaisant pont vénitien en briques rouges. Son arche élégante se reflète dans l’eau miroitante. Le tablier est décoré de poteaux rayés rouge et blanc qui rappellent les poteaux d'amarrage traditionnels vénitiens. À différents endroits, les palmiers argentés qui déploient leurs éventails majestueux dans le ciel, leurs frondes chatoyantes dansant doucement dans la brise, nous rappellent que nous sommes bien en Asie du Sud-Est. Les bottes de sept lieues enchantées, qui se sont adaptées à la taille de nos chaussures, nous permettent de franchir les océans. Tels deux Grands Poucets, nous arrivons devant l’Opéra de Sydney dont les voiles blanches caractéristiques se reflètent dans l’eau du canal comme un origami géant. Il semblerait que nous voyagions aussi dans le temps, car, près d’un kiosque de jardin composé de six colonnes torsadées blanches soutenant un dôme décoratif en fer forgé noir aux motifs ornementaux, nous arrivons devant une élégante rotonde soutenue par des colonnes ioniques blanches où se dévoile une Mater en marbre blanc drapée dans un style gréco-romain. Après d’autres pas de géants, nous passons sous une arche en métal ocre rouge qui mène devant un bassin décoratif en béton gris aux extrémités arrondies, bordée de grands pins de Norfolk, agrémenté de fontaines à plusieurs niveaux et de plantes aquatiques. Autre part sur Terre, une balancelle au charme rétro à la structure portante en métal noir, ornée de roues de charrette rouges, aux lattes horizontales en bois peint en rouge acajou, nous invite à nous balancer un instant. Revenus le long du canal, nous nous attardons devant des pédalos multicolores en forme de cygnes qui se reflètent sur l’onde.
Nous sortons du parc, nous cheminons sous les arches du forum commercial semi-circulaire, nous voyons deux pistes circulaires pour l’atterrissage des hélicoptères. Nous décidons d’aller vivre des instants de détente gourmande avant le rendez-vous avec Sideth. La jeune Sokhom nous accueille chez Swensen’s. Nous savourons chacun une coupe de glace différente. À la table voisine, quatre enfants asiatiques se font plaisir avec plusieurs coupes qu’ils se partagent joyeusement. Avant de quitter ce lieu enchanteur pour les papilles, Patrick me prend en photo en compagnie de Vann Pech, notre gracile et discrète serveuse à la magnifique robe rouge et or qui se déplace par de gracieux petits pas. Elle est ravie de cette attention pour garder un souvenir de sa personne. Nous quittons cette parenthèse enchantée loin du tumulte de la ville. Sideth, qui est déjà au rendez-vous, nous fait un code-phare pour signaler sa présence. Nous revenons par un autre trajet. Nous traversons le pont à haubans Koh Pich-Koh Norea d'une longueur avoisinant le kilomètre. Nous longeons deux Luna Parks…


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