lundi 20 janvier 2025

Dimanche 19 janvier 2025 - Flânerie sur la Promenade le long de la rivière Tonlé Sap à Phnom Penh...

    Nous prenons le petit déjeuner dans le ciel au quatorzième étage où une terrasse surplombe la ville. La température étant déjà élevée, nous prenons la collation à l’intérieur vers un vitrage qui offre une autre vue. J’ai la chance de poursuivre la valse des fruits exotiques qui sont un régal. En fin de matinée, sous le ciel d’azur, nous sortons de l’hôtel pour aller déjeuner. En chemin, nous croisons un marchand ambulant qui tire une grande charrette à bras, autant que je puisse l’affirmer, car, telle une véritable arche de couleurs et de formes, la carriole déborde de paniers tressés, de bassines éclatantes, de balais aux tiges élancées et d’autres ustensiles pratiques. Cette apparition ressemble à une mosaïque vivante, un patchwork de la vie quotidienne. L’homme avance d’un pas lent mais déterminé, son ombre s’étirant sur le bitume comme une compagne silencieuse. Il est le passeur d’un monde fabuleux où les objets du quotidien deviennent des trésors. Les balais, dressés en oblique comme des sceptres dans un carquois improvisé, se prennent parfois pour des baguettes d’enchanteurs. Quand nous nous croisons, il passe devant un portail rose orné de dorures qui s’ouvre peut-être sur un palais d’une autre richesse, sonnante et trébuchante. Ce contraste entre l’opulence figée et le mouvement vibrant du marchand confère à cet épisode de vie une poésie unique, celle d’un voyageur des merveilles qui traverse quotidiennement la frontière invisible entre l’ordinaire et l’extraordinaire.

    Nous déjeunons à midi au restaurant végétarien Magnolia situé à cinq minutes à pied de l’hôtel. Raksa, une jeune fille gracile, et Tonghon, un jeune homme courtois, nous accueillent avec la salutation traditionnelle. Plusieurs jeunes gens participent au service. Un festin inattendu s’offre à nous. Le plateau de la table couvert de victuailles témoigne de la riche abondance tropicale. Des fleurs jaunes de sesbania, couramment utilisées dans la cuisine d’Asie du Sud-Est, accompagnent ma sélection.

    Après ces agapes, nous allons découvrir le Monument de l'Indépendance situé le long du boulevard Norodom. Nous suivons la rue Pasteur. En chemin, des pulsations de vie prennent des formes différentes, dévoilent des épisodes au charme captivant, tel ce coiffeur des rues installé sous un abri de fortune équipé de bric et de broc et qui exerce son métier avec art et virtuosité. Son collègue mange un fruit en attendant le prochain client. Tous les vélos sont fiers de leur différence. Je m’attarde devant deux d’entre eux qui montrent derrière la selle sur le porte-bagage un large et grand panier bien rempli où sont accrochés des sacs plastique au contenu prêt pour la vente, comme ces ananas sculptés pour enlever les yeux noirs. Sur l’un d’eux, une ombrelle protège du soleil des papayes disposées sur une bassine. Je suis admiratif devant la débrouillardise des marchands et des marchandes dont l’âge semble varié de sept à soixante-dix-sept ans comme le chantait durant l’été 1973 Michel Sardou dans La Maladie d'amour. Plus avant, j’entre chez Urban Furniture où deux jeunes vendeurs m’accueillent avec le sourire. Je me promène librement dans le magasin de meubles. J’admire le plateau bleu marine d’une table de salle à manger liseré d’une frise dorée et décoré d’arabesques fleuries et de deux oiseaux colorés. Je rejoins ensuite Patrick.

    Nous prenons à gauche pour suivre le boulevard Preah Sihanouk. Je vois un homme allongé partiellement sur l’herbe sous un palmier qui rayonne en éventail. Les arbres sont trop espacés pour pouvoir installer un hamac. Je m’attarde en chemin devant un couroupita guianensis, appelé arbre aux boulets de canon. Originaire d’Amérique du Sud, cet arbre est présent dans de nombreuses régions tropicales dont le Cambodge où il est souvent planté près des temples pour des raisons spirituelles et esthétiques, comme c’est le cas pour l’arbre dont j’admire les fleurs à la beauté saisissante. Elles émergent directement du tronc et des branches, comme des éclats de vie jaillissant du bois rugueux. Leur teinte flamboyante, mêlant rouge, rose et jaune, évoque une aube tropicale. Les pétales charnus entourent un cœur élaboré et odorant où se mêlent des étamines en cascade et un pistil délicat, rappelant une offrande sacrée. Les fruits sphériques qui côtoient les fleurs sont censés ressembler à des boulets de canon d’où le nom commun de l’arbre. Nous arrivons au Monument de l’Indépendance érigé en 1958. Sa forme en lotus s’inspire des stupas khmers d’Angkor. Les cinq niveaux sont ornés de têtes de naga. D’autres monuments se dévoilent le long du boulevard dont celui dédié à Sa Majesté le roi Norodom Sihanouk. Pendant que Patrick approche de ce dernier monument, je vais admirer les édifices et l'entrée de l’ambassade d’Indonésie aux toitures bleu marine. Plus avant, une femme assise sur une bordurette confectionne un balai avec des tiges de palmiers. Un autre homme dort sur l’herbe. Nous arrivons à la fontaine aux quatre nagas de couleur chocolat au lait qui s’entrelacent pour porter en hauteur un plateau circulaire. Un oiseau est perché sur l’extrémité de la queue d’un naga, indifférent au symbolisme de la fontaine. La fontaine suivante dévoile une vasque en forme de lotus. En arrière-plan, l’espace d’une seconde, je me crois devant l’hôtel Mandalay Bay à Las Vegas en voyant des bâtiments aux façades dorées.

    Avant de prendre à gauche pour longer le parc Wat Botum, nous voyons une station de recharge et de connexion wi-fi gratuite sponsorisée par Coca-Cola. La structure rouge circulaire, coiffée d’un toit en forme de parasol et entourée d’un banc en bois clair, est équipée de ports de recharge pour appareils électroniques ; une première à mes yeux ! Nous croisons une femme qui porte une palanche sur son épaule droite en avançant d’un bon pas. Vers la fontaine Botum, nous sommes accostés par un conducteur de tuk-tuk qui fait des pieds et des mains à Patrick pour se donner un maximum de chance de réussite dans sa démarche. De mon côté, je regarde cinq garçons, tous chaussés de tongs, qui s’amusent sur l’herbe avec une courte tige de branche d’arbre. À tour de rôle, chacun la lance en l’air. Quand elle retombe sur l’herbe, parfois, des éclats de rire retentissent. J’ignore tout de ce jeu. S’agit-il d’une variante du jeu traditionnel khmer appelé le lancer des rotules ? Leurs exclamations pourraient être liées à la position finale de l’objet sur l’herbe après le lancer. Quand ils s’aperçoivent de ma présence, ils me sourient. Ils vont ensuite s’installer sur un proche banc en pierre sans dossier pour consulter leur smartphone. Ils me font signe de les prendre en photo. Deux d’entre eux prennent la pose en levant deux doigts en V. Je rejoins Patrick. Nous montons à bord du tuk-tuk de Samang qui porte un tee-shirt noir promotionnant Petronas Sprinta Cambodia, une extension des activités de Petronas, dont les tours jumelles à Kuala Lumpur, que nous avons admirées, symbolisent le succès de cette entreprise malaisienne sur la scène mondiale. Il nous dépose devant le Starbucks Quayside où Patrick sirote un thé Earl Grey. J’échange des sourires avec une Cambodgienne qui lit un roman.

    Nous allons ensuite flâner sur la Promenade aménagée le long de la rivière Tonlé Sap, oui ! celle sur laquelle nous avons navigué à Siem Reap. Nous suivons une rue décorée de beaux atours. Des guirlandes suspendues, ornées de motifs verts et dorés, dansent doucement au gré du vent. Le mot Vattanac se répète dans un refrain visuel. Vattanac est un nom qui désigne plusieurs entités au Cambodge associées à l’immobilier, à la banque, au golf et au luxe en général. Le gratte-ciel Vattanac abrite un centre commercial, des bureaux, des appartements et l’hôtel de luxe Rosewood. Je pense au Landmark 81 à Saigon. Près de la rivière, nous constatons que les berges inclinées, ponctuées d’escaliers pour descendre au niveau de l’eau, sont très hautes. Ce constat s’explique par les importantes variations saisonnières du niveau de l’eau causées par la saison des pluies de juin à novembre. Alors que le cours de la rivière s’inverse pour remplir et faire déborder le lac Tonlé Sap en amont et que le Mékong est en crue avec les pluies de mousson et la fonte des neiges dans l’Himalaya, le niveau d’eau monte considérablement, inondant les plaines environnantes. Les infrastructures impressionnantes que nous découvrons, qui illustrent la force et la magie de la Nature, sont conçues pour pallier les crues importantes et préserver les activités des citadins près du fleuve. Des bateaux aux formes et aux tailles variées se croisent sur l’eau. Un cerf-volant rouge, jaune et vert se promène dans le ciel. Nous voyons un Tube Coffee. Le café est beaucoup plus grand que celui de Siem Reap. La quasi-totalité des tables de la longue salle animée au premier niveau du bâtiment est occupée. Tout au long de la Promenade que nous arpentons dans les deux sens, nombre d’étals, de tricycles marchands, de palanches et autres différentes échoppes ingénieuses se succèdent en nous offrant couleurs et choix dans un dépaysement assuré. La présence de pigeons et autres volatiles est assurée par des vendeurs de graines qui sollicitent les promeneurs. Vers un grand lion d’or rugissant, nous sommes accostés par une dame à la silhouette frêle, vêtue d’un pantalon et d’une chemise, rouges tous les deux, décorés d’animaux de basse-cour à la couleur blanche, qui tient un enfant dans son bras gauche. Elle nous propose d’acheter un des oiseaux captifs dans la petite cage qu’elle colporte. Patrick sort son carnet de voyage où les riels sont rangés. La dame montre du doigt le billet de cinq mille riels qu’elle souhaite recevoir, soit un peu plus d’un euro. Patrick lui donne. Alors, elle ouvre la cage, prend de sa main droite un des oiseaux qui remuent d’affolement et nous le tend. Nous refusons de le saisir et lui faisons signe d’ouvrir la main. L’oiseau, libre, s’élève précipitamment dans le ciel pour disparaître dans la seconde suivante. Je réprouve ce type de commerce, même si j’en ignore le possible sens culturel. À un endroit donné, nous voyons le restaurant La Croisette qui a pris place dans un bâtiment colonial blanc partiellement circulaire et qui nous transporte un instant par la pensée sur la promenade du même nom qui longe les plages de sable blanc face à la baie de Cannes en France. Plus avant, nous nous attardons devant deux barques, que j’apparente à de sommaires bateaux-dragons, qui charrient chacun une barge de dragage. Leur activité doit être liée à l’extraction de sédiments du lit de la rivière, peut-être pour approvisionner l’industrie locale qui utilise du sable. Nous faisons demi-tour au niveau du port fluvial, où d’attrayants bateaux de croisière sont amarrés. Tour à tour, deux hommes nous proposent un voyage sur la rivière.

    Nous revenons en suivant la rue pour profiter de l’ombre naissante qui commence à couvrir le trottoir au soleil déclinant. Nous voyons le restaurant bar Paparazzi. Je pense au décès de lady Di morte voici bientôt trente ans après une course poursuite, pistée par des paparazzis. Le long de la rue bordée de palmiers, je m’arrête devant un scooter, qui tel un side-car, transporte tout le matériel pour extraire du jus de canne à sucre. Sous le toit de toile verte tendue, des bâtons de canne à sucre s’alignent en nombre, prêts à être pressés pour offrir leur doux nectar. Une commande est en cours pour une dizaine d’ouvriers qui participent à deux pas à la rénovation ou à l’ouverture d’un commerce à l’angle de la rue perpendiculaire. Le marchand sort d’une glacière des gobelets transparents remplis du jus jaune chartreuse où il ajoute des glaçons avant de mettre leur couvercle ouvert pour recevoir une paille. Les pailles colorées qui entrent dans le nectar ajoutent une touche de gaieté à ce microcosme captivant. Une fois la transaction terminée avec le chef du chantier, je commande un jus sans glaçons. Le gobelet est astucieusement glissé dans un étui sommaire de transport en plastique. Le jus de canne à sucre revient à deux mille cinq cents riels, soit environ un demi-euro. Nous marchons ensuite vers une maison réputée repérée vers le Starbucks. En chemin, sur une esplanade au bord de l’eau, je suis séduit par un épisode de vie animé par un bambin, presque un bébé. Le petit enfant, encore à l’aube de son exploration du monde, installé dans son trotteur circulaire par ses parents qui le suivent des yeux dans sa découverte, est entouré d’une myriade de pigeons. Ces oiseaux du quotidien virevoltent et picorent autour de lui en formant une danse légère et désordonnée. L’enfant, fasciné, observe ce ballet improvisé avec une curiosité candide, ses petits pieds tournoyant pour tenter d’agripper un oiseau au vol. La vie s’écoule doucement pour lui entre le bruissement des ailes. Je me dis que la beauté réside dans les choses les plus simples. Quand nous arrivons à destination, je laisse passer une dame qui porte avec naturel son étal circulaire sur sa tête. Nous entrons dans la boulangerie-pâtisserie-salon de thé d’Éric Kayser, un boulanger français renommé, fondateur de la chaîne de boulangeries artisanales qui porte son nom, créée en 1996 à Paris. Quelque trois cents franchises sont réparties dans une trentaine de pays. L’accroche publicitaire illuminée en rouge sur un des murs peut se traduit poétiquement par : L’astre d’or fait mûrir les champs, nos mains façonnent le pain vivant. Nous savourons chacun une douceur. Patrick s’offre un café latté. Je sirote le délicieux jus de canne à sucre dont le goût diffère de celui apprécié précédemment à Bombay.

    Après un plaisant instant de détente, nous partons à la recherche d’un tuk-tuk tiré par un scooter, plus adapté à ma taille. À bord de celui de Samang, je devais me pencher pour voir le paysage urbain. Nous montons dans celui de Vanna à la carrosserie rouge et aux banquettes bordeaux. Mes yeux se promènent plaisamment durant le trajet. J’admire un portail argenté en fer forgé ciselé. Nous sommes dépassés par un tuk-tuk qui ressemble au nôtre. Vanna nous dépose dans les minutes suivantes devant le supermarché Super Duper. Nous revenons ensuite à pied à l’hôtel. Nous passons devant une boutique qui vend des oiseaux aux plumages colorés. Dans la rue qui mène chez nous, je vois pour la seconde fois un homme torse nu qui lance copieusement des seaux d’eau mousseuse contre un mur cloisonné jaune aux encadrements blancs. L’eau s’écoule sur le trottoir dans un plaisant effet miroir où les îlots de mousse dessinent une œuvre d’art…







































































































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