jeudi 23 janvier 2025

Mercredi 22 janvier 2025 - Découverte du Palais Royal et de la Pagode d'Argent à Phnom Penh...

    Midi approche quand nous sortons de l’hôtel pour aller déjeuner. En chemin, nous passons devant le restaurant de la Singapourienne Denise Lim et de son partenaire chinois Sean. Le Kungfu Kitchen, spécialisé dans la cuisine chinoise moderne et le hot pot, montre un parking complet, noir de deux-roues alignés sur deux rangées. Le restaurant spécialisé dans la cuisine chinoise moderne et le hot pot remporte un franc succès. Le hot pot consiste en un bouillon savoureux maintenu à ébullition dans un grand pot placé au centre de la table dans lequel les convives cuisent eux-mêmes une variété d'ingrédients.

    Une dizaine de minutes plus tard, nous sommes chez Mi Bous Kroy Vang, un restaurant végétarien populaire, à l’atmosphère simple et chaleureuse, animé par une dizaine de jeunes gens courtois et attentifs à chaque client. Les tables en métal et les chaises en plastique bleu lilas et rose clair évoquent la convivialité typique des restaurants locaux. Les murs jaunes, ornés de moulures linéaires violettes, abritent un petit autel bouddhiste, ajoutant une touche spirituelle à cet espace culinaire. L’effervescence des fourneaux visibles depuis la salle, où les cuisiniers et les cuisinières s’affairent avec précision, se mêle au murmure des conversations et au bourdonnement des scooters passant devant l’entrée ouverte sur la rue en glissant comme des poissons dans un fleuve d’asphalte. Nous nous régalons avec des nouilles de riz fraîches agrémentées de verdure et de champignons inconnus à la texture fibreuse que j’apparente à de la viande. La cuisine en longueur est ouverte sur la salle où nous sommes les seuls Occidentaux. Une œuvre embellit un des murs. La sculpture réalisée en bois foncé dévoile une réalisation minutieuse où les reliefs complexes témoignent de la maîtrise de l’artisan. La scène richement détaillée illustre une procession avec des éléphants, des chars, des personnages en mouvement, et des éléments naturels comme des arbres. Cette représentation, typique des récits épiques et religieux khmers, est mise en valeur par un cadre orné de motifs floraux sculptés qui ajoute une touche d’élégance. L’addition se monte à seize mille riels, soit quatre euros. Le va-et-vient des convives et les discrètes poubelles de table remplies témoignent du succès du restaurant. Une adresse à conseiller aux voyageurs désireux de vivre une expérience culinaire authentique.

    Après le repas, nous prenons la direction de l’objectif de l’après-midi. Je m’attarde en chemin devant une élégante bâtisse de style néoclassique à la façade blanche imposante. Un fronton triangulaire orné, des colonnes corinthiennes majestueuses aux chapiteaux sculptés, des fenêtres à croisillons symétriques sur deux étages, une entrée principale avec une porte aux deux battants gris-bleu, des balustrades décoratives au niveau du premier étage, charment plaisamment mon regard. Au premier plan, les câbles électriques typiques du paysage urbain asiatique traversent la façade à distance. Plus avant, une autre maison de caractère sur plusieurs étages, au style colonial modernisé, peinte en blanc crème, dévoile ses balcons étagés en cascade, chacun orné de balustrades décoratives. Je trouve que la façade ressemble à une structure pyramidale avec ses terrasses successives qui s'élèvent vers le toit pointu. Nous passons devant l'école primaire Chaktomuk au portail imposant peint en jaune vif. Une femme, vêtue d’un ensemble fleuri coloré, un chapeau vert en toile sur la tête, est appuyée sur la selle de son vélo rose. Elle attend probablement un écolier. Je remarque sur les carreaux carrelés ocre rouge aux motifs géométriques du trottoir, un ingénieux arceau en U, dont les deux extrémités sont retenues sur chacun des deux pignons de la roue arrière, qui permet au vélo d’être stable en position verticale.

    Parvenus à notre destination, je vois une multitude d’oiseaux qui picorent sur l’herbe sur l’esplanade devant le fabuleux Pavillon du Clair de Lune. Comme le site à visiter n’ouvre qu’à quatorze heures, nous décidons d’aller chez Eric Kayser. Patrick sirote un cappuccino, l’un des meilleurs qu’il n’a jamais bus, tout en savourant une tartelette circulaire au flan. J’opte pour un tiramisu. Je teste la saveur du thé inconnu Fleurs de pois papillon et pétales de gingembre dont la lumineuse couleur bleu curaçao se dévoile dans la théière transparente. La teinte provient des pigments naturels présents dans les fleurs. Ce thé riche en antioxydants est réputé pour ses propriétés anti-inflammatoires et ses bienfaits pour la peau et les cheveux. Lorsque s'évanouissent les dernières notes de nos douceurs, nous montons au dernier étage de l’aire de restauration 313 Quayside où sont situés le Starbucks et Kayser. Des vues panoramiques des alentours s’offrent à nous. Le proche Wat Ounalom dévoile son envergure. Fondé au quinzième siècle, le sanctuaire, riche d'une quarantaine d'édifices, est considéré comme le foyer principal du bouddhisme dans le pays et le siège de l'ordre Maha Nikaya. Les palmiers et les arbres en enfilade le long de la Promenade au bord de la rivière Tonlé Sap apportent une plaisante note de verdure.

    Sous les rayons ardents du soleil, nous retournons ensuite sur l’esplanade en suivant un rue parallèle à celle du bord de la rivière. Nous nous attardons devant un séduisant chaton qui tète sa mère quand elle le rejoint. Plus avant, je regarde trois tuk-tuk alignés côte à côte dont les conducteurs attendent le client dans un doux farniente sur la banquette arrière. Nous arrivons au majestueux complexe architectural situé au cœur de la capitale cambodgienne. Le site s'étend sur une superficie de près de vingt hectares. L’entrée revient à dix dollars par personne. Nous suivons une allée bordée de végétation et de statues en enfilade. Nous côtoyons le Pavillon du Clair de Lune, fermé au public, visible depuis l'extérieur de l'enceinte, qui servait de tribune pour le roi lors des cérémonies et de scène pour les danses classiques khmères.

    Le Palais Royal de Phnom Penh, dont les constructions ont commencé vers le milieu du dix-neuvième siècle sous le règne du roi Norodom 1er, entouré de murs ocre jaune ornés de diverses moulures blanches sur ses quatre côtés, se déploie devant nous. Il se distingue par son style architectural khmer traditionnel, mêlé à des influences françaises. Les toits étagés aux tuiles vernissées de couleur or et les flèches effilées dominent le paysage urbain. Les divers édifices qui composent le palais sont ornés de frontons sculptés, de balcons terrasses et de colonnes finement ouvragées. Je vois un jardinier vêtu d’une chemise bleue et coiffé d’un chapeau en toile marron qui œuvre dans les jardins luxuriants, méticuleusement entretenus, qui entourent les édifices du palais. Les espaces verts, qui combinent des pelouses bien taillées, des bosquets à la Française et une végétation tropicale luxuriante, font la part belle aux topiaires élégamment taillés en formes coniques qui embellissent les allées bordées d’arbustes géométriques nains taillés. Dans ce cadre majestueux, le jardinier devient un poète silencieux qui écrit avec ses gestes une ode à la beauté et à l’harmonie. Après la grimpée des marches du vaste escalier aux différentes structures, nous atteignons la Salle du Trône, interdite à la visite, dont la toiture effilée en pagode culminante est surmontée d'une tête de Brahmā à quatre visages. Seuls nos regards, qui pénètrent à l’intérieur par la porte et les diverses fenêtres ouvertes, peuvent entrevoir le trône d'apparat en or, les gongs sacrés et les fresques murales. Les photos sont interdites. Revenus dans les jardins, nous nous promenons. Les édifices qui abritent les appartements privés du roi sont interdits au public. Patrick me parle du Pavillon Napoléon III, situé dans l’enceinte du Palais Royal. Nous en approchons. J’admire l’esthétique de la structure remarquable et unique en son genre. Le pavillon aux structures métalliques légères et ornementales, aux fenêtres cintrées, reflète le style architectural des années Eiffel, typique de l’époque industrielle française. Conçu initialement pour accueillir l’impératrice Eugénie lors de l’inauguration du canal de Suez, il a ensuite été offert par Napoléon III au roi Norodom en 1876 en témoignage des excellentes relations diplomatiques entre la France et le Cambodge sous le protectorat français (1863-1953). Les balustrades et les colonnes métalliques des vérandas qui entourent le pavillon sont richement ornées de motifs géométriques et floraux. Patrick me prend en photo devant la façade principale surmontée d’une horloge. Le bâtiment repose sur une base en briques rouges qui contrastent avec les éléments métalliques peints en gris clair. Le pavillon a servi de salle de réception royale dans le passé. Bien plus tard, il a abrité un musée et un espace d’exposition. De nos jours, il est fermé au public en raison de sa fragilité. Le pavillon demeure un exemple rare d’architecture métallique en Asie du Sud-Est, ce qui en fait un trésor patrimonial à la fois pour le Cambodge et pour les amateurs d’architectures métalliques françaises.

    Nous quittons le site du Palais Royal pour entrer dans celui, contigu, de la Pagode d'Argent qui tient son nom des quelque cinq mille dalles d'argent qui recouvrent son sol. Ce revêtement unique lui a valu son surnom populaire de Pagode d'Argent, bien que son nom officiel soit Temple du Bouddha d'Émeraude. La construction de la Pagode d'Argent commença en 1892 sous le règne du roi Norodom en s'inspirant du Wat Phra Kaew de Bangkok. Elle s’étala sur une période de dix années. Initialement en bois, elle fut reconstruite au début des années soixante avec une structure en béton armé, tout en conservant son style architectural khmer traditionnel. Malgré les turbulences de l'histoire cambodgienne, notamment pendant la période des Khmers rouges, la Pagode d'Argent a survécu et demeure un lieu de culte important ainsi qu'un symbole. Nous suivons partiellement la galerie couverte, qui entoure le sanctuaire sur trois côtés, pour admirer les somptueuses fresques ornant les murs. Elles racontent avec une poésie visuelle l’épopée mythologique du Reamker, la version khmère du Ramayana. Ces œuvres magistrales, réalisées au début du vingtième siècle par une quarantaine d’artistes cambodgiens sous la direction de l’architecte Oknha Tep Nimit Mak, s’étendent sur plus de six cents mètres de longueur sur les trois côtés. Nous sommes enveloppés dans des récits épiques mêlant spiritualité et art traditionnel. Les fresques illustrent des épisodes clés du Reamker, notamment des batailles épiques, des moments de divinité et des paysages enchanteurs. Les couleurs vibrantes, marquées par le passage du temps pour certaines, capturent l’intensité dramatique des combats entre les héros et les démons. Les détails minutieux des personnages, des costumes et des décors témoignent de l’excellence artistique khmère. Tel un hommage, ces fresques représentent une passerelle entre la culture cambodgienne et la culture indienne dont elle s’est imprégnée. Malgré leur beauté intemporelle, nous constatons qu'elles ont souffert des ravages du temps, des conditions climatiques et des périodes troublées de l’histoire cambodgienne. Dans les années quatre-vingt, des efforts de restauration furent entrepris, notamment avec l’aide d’experts polonais. Nous nous éloignons de cet univers où mythologie et art se rencontrent. Je m’attarde devant un joyau, aquatique celui-là, qui flotte sur son écrin de feuilles de jade. Le nymphéa déploie sa splendeur dans une danse gracieuse. Ses pétales, tels des voiles de soie, s'étirent en une étoile blanche se teintant délicatement de violet sur ses extrémités. Au cœur de la fleur majestueuse, un soleil miniature explose en une constellation de pistils dorés, créant un contraste saisissant avec la blancheur des pétales. Cette couronne d'or semble irradier de l'intérieur, tel un trésor précieusement gardé dans une vasque en pierre blanche sculptée dont la forme me rappelle un sablier. Je m’attarde aussi devant une somptueuse statue, au corps sculpté de spirales en pierre blanche soulignées d’or, aux courbes et à la crinière dorées, qui représente une créature mythologique hybride appelée Gajasimha. Elle combine les traits d’un lion et d’un éléphant, deux animaux symboliques dans la culture khmère. Le lion incarne la puissance et la protection, tandis que l’éléphant évoque la sagesse et la longévité. Cette fusion illustre l’équilibre entre force et sagesse, qualités attribuées aux souverains et aux divinités protectrices. Cette chimère, au corps de lion, gardienne des royaumes anciens, porte fièrement la trompe d’un éléphant sacré. Témoin des légendes d’un temps oublié, elle veille, immobile. Dans son regard figé, je crois voir brûler une flamme éternelle, celle d’une âme sculptée dans la pierre sacrée. Quatre stupas qui élèvent leur blancheur sculptée dans le ciel d’azur, encadrent le site où les huit Gajasimha limitent l’accès à une pagode prestigieuse où trône sur un piédestal un cavalier sur son destrier blanc.

    Après avoir monté un des deux escaliers, aux rambardes sculptées en fer forgé turquoise, nous franchissons un portail magistral assorti aux rambardes. Nous entrons, pieds nus, dans la pagode aux toits superposés, aux tuiles colorées, typiques de l'architecture khmère. Parmi les précieux trésors, nous admirons le célèbre Bouddha d'Émeraude, en cristal de Baccarat du dix-septième siècle, et une fascinante statue du Bouddha Maitreya en or massif isolée dans une cage de verre, de près de cents kilogrammes, incrustée de milliers de diamants dont le plus gros pèse vingt-cinq carats. Les photos sont interdites, et pour cause !

    Nous prenons ensuite le chemin de la sortie. Un groupe de musiciens joue sur des instruments traditionnels. Nous visitons une galerie de portraits de maisons et édifices cambodgiens typiques. Une autre galerie offre de découvrir divers palanquins, appelés également howdahs, dorés pour la plupart, traditionnellement placés sur le dos des éléphants, qui étaient utilisés au Cambodge notamment durant la période angkorienne du neuvième au quinzième siècles. Ils servaient principalement à transporter les membres de la famille royale, les hauts dignitaires et les objets sacrés lors de cérémonies. Un chat tigré se repose sur le sol, indifférent aux mouvements des visiteurs. Je regarde un massif de gingembre bouton rouge, une plante tropicale aux tiges légèrement spiralées. Les inflorescences rouges en forme de cône me séduisent particulièrement. Elles confèrent un aspect décoratif à la plante. Dans une troisième galerie, j’ai un coup de cœur pour un éléphant majestueux, figé dans une posture triomphante, qui semble tout droit sorti d’une épopée royale. Sa trompe levée vers le ciel, comme un salut à l’éternité, dégage une énergie presque vivante. Sur son dos repose un palanquin richement décoré, symbole des temps où les éléphants étaient les trônes mouvants des rois et des reines. Je me dis que cette œuvre d’art est une ode à la puissance, au respect et à la majesté intemporelle de l’éléphant, un animal sacré dans diverses cultures.

    Après un ultime regard à un char cérémoniel en bois orné, embelli d’un toit élaboré de style asiatique couvert de tuiles orange et doté de grandes roues pour le déplacer, nous sortons de l’enceinte de la Pagode d’Argent. Une kyrielle de tuk-tuk est présente. Nous sommes sollicités. Nous montons à bord d’un tuk-tuk noir à la toiture verte. Le conducteur, après un écart imprévu pour cause d’incompréhension sur notre destination, nous dépose devant le centre commercial Sorya. Nous allons acheter un jus de canne à sucre à la marchande d’hier. Elle nous reconnaît. Elle le réalise sous mes yeux conquis par une magie née de l’homme, de la machine et de la nature. Nous allons ensuite au Starbucks Sorya pour un temps de détente. Je savoure à petites gorgées le nectar pour en apprécier pleinement les subtilités pendant que Patrick sirote un thé Earl Grey.

    À l'issue d'une parenthèse délicieuse, nous retournons à pied à l’hôtel. En chemin, j’assiste à un festival de deux-roues. Nous suivons une rue en sens unique où nous croisons à pas sinueux un flot continuel de deux-roues et de tuk-tuk. J’avance lentement, l’iPhone en main, prêt à capturer de brefs épisodes de ce ballet, un spectacle enchanteur où la grâce et la technique s'entremêlent dans une danse urbaine. Les conducteurs évoluent avec une légèreté presque surnaturelle, leurs mouvements fluides défiant l’équilibre. Vêtus de couleurs, ils racontent leur histoire sans paroles, uniquement par la poésie de leurs gestes. Régulièrement, je vois trois, voire quatre personnes assises sur le même deux-roues, dont nombre d’enfants. Certains se rendent compte que je les photographie et ils lèvent deux doigts en V. Nous prenons à gauche dans la rue de l’hôtel. L’homme lave de nouveau le mur jaune et le sol avec de l’eau mousseuse. Cette fois, nous le questionnons. Le mur sert dans la journée de pissotière qui accueille les besoins pressants, offrant une halte discrète aux passants du jour. Avant de nous rendre dans la chambre, nous montons au seizième étage pour admirer le coucher du soleil. Dans la chaleur dorée du soir, Phnom Penh s'habille de mystère. Le soleil, tel un disque de feu suspendu dans un ciel ambré, caresse les façades des gratte-ciel dont celle dorée de la Gold Tower 42 inachevée, une sentinelle majestueuse en péril, qui dresse fièrement ses parois de verre en reflétant les derniers rayons du jour. La ville s'étend à nos pieds, mosaïque urbaine où se mêlent buildings modernes et toits traditionnels, tandis que la brume du soir enveloppe les contours de la cité dans un voile orangé, créant un tableau où modernité et tradition dansent dans la lumière crépusculaire...








































































































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