mercredi 15 janvier 2025

Mardi 14 janvier 2025 - Dy Sreyneang, la fille du sculpteur des Répliques miniatures des temples d'Angkor, nous accueille chaleureusement...

    En fin de matinée, alors que je marche en bavardant avec Patrick, mon regard est captivé par un épisode de vie insolite et plein de charme. Sur le seuil de la porte d’un commerce, trône un chat noir au regard perçant entouré d’une ribambelle de chaussures. Gardien silencieux, sa posture altière et son pelage lustré le rendent presque mystique, comme s’il veillait sur un portail vers un univers parallèle. Ses yeux jaunes brillent avec éclat. A-t-il décidé de s’assurer que chaque chaussure reste à sa place ? Le chat noir ajoute une touche d’élégance à ce tableau qui respire une quiétude discrète dans le quotidien des boutiques où ôter ses chaussures avant d’entrer est une coutume. Nous laissons passer sur le trottoir un large tuk-tuk boutique qui arrive devant nous. La marchande nous sourit. 

    Sina nous accueille chez Golden Pumpkin. Nous nous régalons avec les mets choisis. Après le repas, une surprise m’est offerte par le personnel de cuisine et par Sok Mean, la maestria des fourneaux, qui me prend en photo avec le coffret donné en cadeau, posé devant moi sur le set de table. Sina est debout à côté de Patrick. J’ouvre le coffret. Dans l’élégante boîte en bambou tissée à la main, symbole dauthenticité et d’estime, repose un trésor délicat. Sur un tissu à carreaux rouges et blancs, doux et chaleureux, deux fleurs de lotus, l’une rose éclatante et l’autre jaune de Naples, s’ouvrent comme de prestigieuses offrandes. Ce présent, empli de reconnaissance, représente une étreinte offerte par l’équipe de Golden Pumpkin, un geste d’hospitalité qui transcende les mots. Un message accompagne le présent. Je lis avec émotion les mots : Merci d’être notre invité précieux ! Profitez de ce petit cadeau en guise de témoignage de notre appréciation. L’Équipe Golden Pumpkin. Je suis ému par autant de délicatesse suite à la publication de mon avis sur le restaurant sur Google map. J’ai déjà publié nombre d’avis depuis que nous voyageons à travers le monde et c’est la première fois qu’un tel remerciement s’offre à moi. Quand nous quittons le restaurant, sous les regards éberlués des clients, des sampeah et des sourires nous accompagnent jusqu’à la sortie. Je suis touché par toutes ces attentions.

    Nous allons découvrir un site unique à Seam Reap. Nous montons à bord du tuk-tuk de Hak dont les banquettes bleu indigo rappellent celles du tuk-tuk de Bron. Il vient d’acheter pour son scooter un support design de téléphone portable bleu équipé d’un mini-parapluie pour pallier la pluie. Il le range avec un petit rire dans le coffre sous la banquette arrière. Nous arrivons à destination moins de dix minutes plus tard. Dy Sreyneang, la fille du sculpteur des Répliques miniatures des temples d'Angkor nous accueille chaleureusement à l’entrée du jardin de feu son père Dy Proeung. Architecte, sculpteur, dessinateur, artiste et maître artisan, il est reconnu pour ses répliques miniatures des temples d’Angkor qu’il a créées ici. Dy Proeung est né en 1937 à Phnom Penh. Il a suivi une formation à l’Université royale des beaux-arts où il a obtenu son diplôme en 1960. Par la suite, il a contribué à la restauration des temples du site d’Angkor. Avant l’arrivée des Khmers rouges au pouvoir en 1975, Dy Proeung était reconnu comme l’un des artistes historiques les plus importants du Cambodge. Il a réalisé des relevés architecturaux détaillés qui ont été publiés dans un ouvrage de référence sur le temple Bayon. Avec la montée du régime de Pol Pot, qui ciblait les intellectuels et les artistes, il a été contraint de cacher son identité, ses travaux et ses dessins. Il a enterré dessins et documents pour les protéger de la destruction. Il a survécu aux massacres. Après la chute des Khmers rouges en 1979, Dy Proeung a retrouvé ses œuvres cachées et s’est lancé dans un projet ambitieux : créer des répliques en modèles réduits des temples d’Angkor dans son jardin à Siem Reap. Ce travail lui a pris plusieurs années. Il a réussi à construire plusieurs temples emblématiques. Le roi Norodom Sihanouk, venu en personne dans le jardin, l’a encouragé à enseigner, à partager sa passion pour l’architecture et à transmettre son savoir aux jeunes générations. Dy Proeung est devenu une figure emblématique de la préservation de l’héritage culturel cambodgien. Il est décédé à 86 ans, en octobre 2023, au même âge que mon père, après avoir consacré sa vie à la préservation de l’héritage architectural cambodgien.

    Le site manque d’entretien, probablement faute de moyens. Sous le soleil éclatant, Dy Sreyneang nous fait les honneurs de ces répliques enchantées de temples mythiques en nous guidant durant la visite. Nous posons les yeux sur les temples angkoriens réalisés en modèles réduits. L’ampleur des réalisations d’ingénierie et d’architecture nous impressionnante. Angkor Vat se révèle dans une magnificence à couper le souffle. Chaque élément a été méthodiquement sculpté, modelé, façonné avec minutie par les mains habiles de l’artiste, puis moulé et assemblé pour former ces sculptures élaborées. Les tours élancées, telles des flèches célestes, percent l’air immobile, capturant la lumière et projetant des ombres mystérieuses sur le sol usé par endroits, qui sollicite des rénovations. Les galeries, les escaliers et les tours semblent avoir été tissés minutieusement avec des fils d’éternité. Je me fais la réflexion que l’âme d’Angkor Wat a été distillée par l’artiste dans sa création en préservant la majesté et la sérénité du sanctuaire original. Une magie intemporelle règne dans le jardin. Les feuilles qui tombent sur la miniature d’Angkot Vat, où une grandeur infinie réside, deviennent des offrandes involontaires, tandis que la brise légère caresse ses contours dans une célébration silencieuse. En contemplant cette œuvre, je ressens une joie enfantine mêlée à une profonde révérence. Elle m’invite à rêver, à voyager sans bouger, à me perdre dans l’immensité d’un univers contenu dans quelques mètres carrés. La réalisation du temple Bayon est sublime. La version de DY Proeung du temple de Banteay Srei représente un accomplissement immense. L’échelle a quelque peu changé, mais pas les proportions.

    Dy Sreyneang me montre quelques photos de famille. Depuis notre arrivée, nous l’avons entendu prononcer avec émotion, à diverses reprises, le mot ប៉ា [pa] qui veut dire papa. Spécialisé dans la sculpture angkorienne, son papa a également créé dautres sculptures dans son jardin, dont des gardiens sacrés qui s’offrent à nos regards émerveillés. Tous ces chefs-d’œuvre évoquent un royaume en sommeil, figé dans le temps, mais vibrant d’une énergie subtile. À l’apogée de l’Empire angkorien, il y a environ treize siècles, ces sculptures créées par Dy Proeung auraient été des joyaux protégés, préservés et honorés. Je demande à l’Univers qu’un mécène franchisse le seuil de ce jardin artistique admirable pour préserver l’avenir de ce patrimoine khmer unique. Dy Sreyneang nous invite à entrer dans le petit temple qui abrite l’autel dédié à son père. Je photographie le cadre qui le représente. Elle nous propose ensuite de monter sur la terrasse pour embrasser la vue panoramique des œuvres fabuleuses de son père. Je pense au Palais Idéal du Facteur Cheval à Hauterives en France et à la persévérance de Joseph Ferdinand Cheval dans la réalisation de son œuvre, également incomparable. Angkor Vat est l’œuvre majeure de Dy Proeung. Devant la finesse des sculptures et les proportions magistrales, je me dis que je suis Gulliver et que le temple en contrebas devant moi est celui que nous avons découvert le lundi 6 janvier. Au bas de l’escalier coudé en pierre, je lis quelques lignes d’un texte en anglais dressé derrière une sculpture inachevée. Je vois qu’en 2016, Phoeurng Sackona, le Ministre de la Culture et des Beaux-Arts du Cambodge, est venu rencontrer le sculpteur pour lui témoigner son admiration devant ses réalisations incomparables. Il lui a dit qu’il était l'architecte le plus diligent et le plus héroïque du Cambodge. Je rejoins Dy Sreyneang qui a assimilé mon visage à celui d’un dignitaire, peut-être pour valoriser à ses yeux l’œuvre de son père. Contre toute attente, elle s’agenouille et se prosterne devant moi en posant les paumes au sol avec une émotion qui m’envahit immédiatement. Que d’honneur et de respect pour ce dignitaire dont elle ignore tout ! À ses yeux, je suis une vénérable entité venue illuminer sa journée et le jardin de son père. Après mon passage, richesse et prospérité vont advenir. À petits pas, comme un poème qui se termine, la maîtresse des lieux nous escorte vers la sortie. Patrick me prend en photo avec Dy Sreyneang. Je la serre contre moi. Je la sens émue. Nos mains se touchent dans une étreinte douce en dehors du temps. Dans ce moment suspendu, les battements de nos cœurs s’accordent, l’univers entier s’efface, ne laissant que la chaleur de notre contact, comme un souffle partagé. Dans cette bulle d’éternité, les murmures de l’instant résonnent en nous, évoquant des espoirs chuchotés. Alors que Patrick et moi marchons vers une autre destination, je me retourne et je vois Dy Sreyneang qui agite la main dans un au revoir empreint d’une joyeuse mélancolie liée à un nouveau souvenir heureux qui déjà s’éloigne. Son geste tisse un fil invisible entre nos âmes que le temps ne pourra effacer. La fillette à son côté agite sa main à son tour. Le cœur serré, j’emboîte les pas de Patrick.

    « Dy » en cambodgien est un terme utilisé pour désigner une relation de proximité ou d’affection, souvent employé devant un nom ou un prénom. Il est généralement utilisé pour s’adresser à une personne de manière amicale ou respectueuse, et il peut aussi indiquer une certaine hiérarchie sociale ou familiale.

    Nous suivons une rue en terre de couleur sable. Je m’attarde devant quelques belles maisons que je prends en photo. Les câbles électriques qui se promènent dans le ciel d’azur s’invitent sur chaque cliché. Des vêtements sont suspendus à des portants métalliques qui se montrent dans la rue devant les grilles fermées de certaines demeures ; étonnant ! S’agit-il de vêtements qui sèchent au soleil ventilés par Eole ou de vêtements à offrir ? Nous passons devant le John Givonetti Respite Center, un centre de secours géré par l’organisation caritative John Givonetti Giving. Ce centre a été établi pour fournir un soutien aux enfants qui souhaitent le recevoir. Un adolescent est en train de fermer délicatement le portail de la grille magistrale en arche en fer forgé rouge et or. Il nous dit qu’il vient de suivre un cours de la langue anglaise pratiquée aux États-Unis. Souriant, il s’éloigne sur son scooter avec un signe de la main. Plus avant, je vois une belle maison à louer un peu avant le restaurant boutique The Bygone où trois statues de cerfs à la taille différente nous montrent leur postérieur. Une dame passe en scooter. Plus avant, une maison aux façades bleu roi est à louer. D’autres vêtements sont sur un portant. Nous suivons une longue venelle coudée où seuls les deux-roues peuvent circuler. Nous nous attardons devant un papayer aux feuilles palmées regroupées au sommet du tronc où les baies oblongues poussent directement sur la partie supérieure, une caractéristique typique du papayer. Les fruits verts, qui débutent leur mûrissement, sont regroupés en grappes serrées. À midi, dans ma soupe Samlor Korko, il y avait des lamelles de papaye verte. Mûrs, les fruits, de couleur corail, sont agréablement sucrés. Je m’en régale au petit déjeuner. 

    Nous arrivons au Men’s Resort & Spa dans Men's road. Nous sommes accueillis par Pierre, le propriétaire français, qui partage sa vie avec un Cambodgien dont le prénom Sopheara signifie beau et attrayant. L’hôtel baigné dans une végétation luxuriante, à la décoration attrayante aux couleurs chaudes, est doté d’une longue piscine dont le bassin se termine par un muret aux pierres apparentes où glisse l’eau d’une fontaine. Patrick s’installe sur la terrasse et sirote un thé tout en lisant. Chan’y m’accueille pour un massage effectué dans la tradition cambodgienne. Le massage, également connu sous le nom de massage khmer, est une pratique traditionnelle profondément enracinée dans la culture et l’histoire du Cambodge. Il s’agit d’une forme de thérapie corporelle qui combine des techniques de relaxation, d’étirement et de pression. Influencé par plusieurs traditions, notamment les pratiques ayurvédiques indiennes et les méthodes chinoises, le savoir-faire du massage à l’approche holistique a été transmis de génération en génération. Chan’y se concentre sur la douceur et l’apaisement, rendant  mon expérience très relaxante. Le rythme du massage est lent et les mouvements fluides. Quand la séance se termine, Patrick termine la lecture du livre Un pèlerin d'Angkor de Pierre Loti. J’inclus un pourboire dans le règlement du massage. En sortant de l’hôtel, Chan’y me dit qu’il m’a déjà rencontré ?!

    Nous montons à bord du tuk-tuk de Kosal, déjà présent à notre arrivée. Le rouge des banquettes contraste avec le noir de la carrosserie. Chan’y, souriant, nous salue de la main quand le tuk-tuk s’éloigne. En route, nous passons devant un magasin dont la devanture est riche d’articles liés aux célébrations et aux rituels traditionnels, dont ceux concernant les ancêtres. Je vois des objets emballés dans des boîtes transparentes, des boîtes et objets rouges ornés de motifs dorés. Kosal nous dépose vers le Starbucks du marché ancien. Nous traversons Pub street, animée par le passage des tuk-tuk, où nous croisons Tintin et Milou en reportage au Cambodge. Une ancienne pompe à essence qui vendait de la gasoline apporte une touche insolite. À deux pas du Starbucks, je prends en photo le café restaurant The Space, celui à la rampe semi-circulaire qui mène au premier étage. Hour et Keed nous accueillent. Les deux garçons souriants nous offrent un sampeah. La jeune et grande Vicheka prépare les boissons ; thé Earl Grey et chocolat chaud au lait de coco. Patrick s’offre un Opera cake. Les minutes s’éclipsent, emportées par la douceur de ce moment de détente. Nous revenons ensuite tranquillement chez nous en flânant…


























































































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