jeudi 9 janvier 2025

Mercredi 8 janvier 2025 - Rétrocausalité au Temple du croyant à la Guirlande Sacrée à Siem Reap…

    Durant le petit déjeuner, où des tranches de pamplemousse vert, de mangue, de pitaya et de papaye, deux petites bananes et des pommes de terre rissolées constituent la partition de ma collation, je pose mon regard de temps à autre sur une fleur de lotus sacré blanc qui décore la table. Appelée également lotus d’Orient, cette plante aquatique, originaire d’Asie, est souvent associée à des significations spirituelles et symboliques dans les cultures orientales. J’admire sa beauté ornementale, ses pétales crème magnifiés d’une ombre de rose et de vert, son élégant réceptacle central en forme de pomme d’arrosoir.

    La fin de matinée nous trouve dans les rues animées de Seam Reap. Nous marchons vers le restaurant Golden Pumpkin. En chemin, je m’attarde devant un tableau qui résume bien une des facettes du Cambodge où le quotidien flirte avec l’insolite. Devant un petit temple blanc trônant sur un piédestal jouxtant l’entrée d’un restaurant, deux scooters se reposent côte à côte, comme deux chevaux devant un saloon du Far West. À côté d’eux, un tuk-tuk bicolore à l’allure rétro hésite aujourd’hui entre être un taxi pour touristes ou une machine à remonter le temps. Il attend peut-être un aventurier en quête d’un voyage hors du commun, tel George dans le film La Machine à explorer le temps.

    Sina nous accueille chez Golden Pumpkin. Sa courtoisie et ses sourires élèvent le cœur. Je savoure une soupe au curry rouge avec des spaghettis aux champignons et à la crème. Six convives francophones dont un homme prennent place à la grande table voisine. La caisse étant en maintenance, Sina apporte la note qu’elle a écrite manuellement. Son écriture oscille entre une précision appliquée et une spontanéité naturelle. Quand nous sortons du restaurant, Sok Mean, la maestria des fourneaux, qui s’avère être la propriétaire avec son mari Samnang Mil, me remercie chaleureusement pour l’avis écrit sur le restaurant. Elle nous réserve une surprise avant notre départ. Son mari m’offre un sampeah.

    Nous prenons la direction d’un sanctuaire bouddhiste de prestige. En chemin, nous nous attardons à l’entrée d’une rue au charme aérien. Sous le ciel d’azur, la rue s’est parée d’un voile scintillant, une cascade de fils irisés suspendus dans les airs. Ces rubans légers, dansant au gré du vent, capturent et diffractent la lumière du Soleil en une myriade de reflets arc-en-ciel. Chaque souffle de brise transforme cette œuvre en un ballet lumineux, projetant sur le sol des ombres mouvantes qui évoquent les vagues d’un océan éthéré. Les passants, les tuk-tuk, les deux-roues traversent cet écrin de poésie lumineuse comme s’ils voyageaient sous une aurore boréale. Les façades des bâtiments environnants assistent à la rencontre du quotidien avec l’extraordinaire. Je suis émerveillé par cette décoration aérienne, j’en contemple la beauté fugace et je me laisse emporter par une douce rêverie. Plus avant, j’attarde mon regard sur une femme à la chevelure d’ébène mi-longue qui prend un repas au bord du trottoir devant la façade bleue ornée de néons verticaux multicolores d’un salon de coiffure. Elle est assise sur un tabouret bleu. Trois contenants et un thermos rose sont posés devant elle sur une table ronde de bistrot apparue comme par magie au milieu de ce décor inadapté pour se restaurer. Élégante dans une robe beige qui épouse la douceur de l’instant, ses nu-pieds crème à talons posés à sa droite sur la pierre, elle se restaure sans se préoccuper du brouhaha de la rue et de la présence des scooters alignés devant le salon. Un peu plus loin, je m’attarde à l’entrée d’une rue perpendiculaire baignée de lumière tropicale où des maisons de deux étages, aux balcons ornés de balustrades blanches au niveau supérieur, blotties en dessus d’une enfilade de restaurants et de commerces, s’alignent comme des notes sur une portée, chacune jouant sa propre mélodie colorée. Le violet profond d’une façade voisine l’éclat pastel d’un bleu ciel, tandis qu’un rose timide s’épanouit à côté d’un beige discret. Les câbles électriques qui zèbrent les façades dessinent une toile chaotique devenue familière à mes regards. À deux pas, j’admire un arbre majestueux à l’abondante ramure épanouie, telle une cathédrale naturelle, qui s’élève avec grâce dans le ciel, dont les racines semblent puiser leur sève dans les entrailles du temps. Des fougères et des plantes grimpantes s’accrochent à son écorce tel un ornement offert par Gaïa.

    Nous parvenons au pont Ornament qui enjambe la rivière Siem Reap. Ses arches élégantes, ornées de cloches dorées suspendues qui tintinnabulent doucement au gré du vent, semblent danser avec l’ombre des arbres environnants. Des lampadaires délicatement décorés embellissent le pont traversé par des scooters et des tuk-tuks qui apportent des notes de mouvement au plaisant tableau. Nous longeons la rivière. Plus avant, au cœur d’un rond-point végétalisé, une statue de femme portant un enfant dans ses bras nous surprend par sa présence insolite. Un tuk-tuk est arrêté sur le cercle en pierre strié qui entoure le rond-point. Un homme ratisse des feuilles sur l’herbe près de la rivière. Je m’approche du bord de l’eau. J’admire une cordyline fruticosa aux généreuses longues feuilles lancéolées pourpre et rougeâtre, telles des flammes vivantes de beauté.

    Nous arrivons au temple Wat Preah Prom Rath situé près de la rivière. Nous longeons une rue latérale pour le prendre en photo, sans succès, car le soleil nous fait face. Toutefois, cette légère incartade nous offre de contempler deux maisons de caractère construites sur pilotis. Dès notre entrée dans le site sacré, nous admirons une prestigieuse barque royale dont le support en carrelage donne l’impression qu’elle flotte sur l’eau. Entouré de statues de vaches sacrées et de paons flamboyants, le navire cérémoniel, richement décoré et orné de drapeaux bouddhistes multicolores, invite les fidèles à voguer dans un océan spirituel invisible, dans un voyage intérieur, telle une quête vers l’éveil. J’admire la splendeur de la coque, un véritable chef-d’œuvre d’artisanat sculpté avec une minutie exquise. Elle arbore des motifs dorés complexes, des arabesques dorées finement travaillées qui s’entrelacent comme des filigranes précieux, rappelant les ondulations gracieuses de l’eau sur laquelle elle a peut-être voyagé. Sa proue majestueuse s’élance avec élégance, ornée de détails floraux et géométriques qui racontent des histoires anciennes et sacrées. Le rouge profond qui habille la coque contraste magnifiquement avec les dorures étincelantes, conférant à l’ensemble une aura royale. Érigé au seizième siècle, ce sanctuaire est une ode à la spiritualité khmère et à l’histoire locale.

    Une légende raconte l’histoire d’un nommé Preah Prom Rath, un porteur de riz, qui naviguait régulièrement sur l’étonnant Tonlé Sap, un grand lac d’eau douce de moins de trois mille kilomètres carrés pendant la saison sèche et de quelque seize mille kilomètres carrés durant la saison des pluies de mousson, noyant rizières et forêts. À son niveau maximal, le lac Tonlé Sap devient alors la plus grande réserve d'eau douce d'Asie du Sud-Est en couvrant près de sept pour cent de la superficie totale du Cambodge. Un jour dans le flot du temps, confronté dans sa frêle embarcation à une violente tempête surgie de nulle part, le porteur survécut au naufrage, certain que Bouddha lui viendrait en aide. En naviguant sur une guirlande de fleurs aux pétales colorés, symbole de sa confiance et de sa gratitude, il revint au village flottant de Chong Kneas et serpenta sur la rivière Seam Reap pour atteindre la ville du même nom, située à une quinzaine de kilomètres. Ce récit enchanteur donna au temple son nom qui se traduit par Le Temple du croyant à la Guirlande Sacrée.

    Nous flânons dans le site. J’attarde mon regard sur un vieil homme chauve, à la frêle silhouette, vêtu d’une ample chemise écrue et d’un pantalon traditionnel aux motifs géométriques brun et or, assis pieds nus devant une statue dorée de Bouddha, sa canne noire posée près de lui sur le carrelage crème miroitant. L’expression baignée de quiétude de son visage marqué par les années, son regard perdu dans l’infini, sa posture détendue, me touchent avec émotion. Autre part dans le site, nous passons à côté d’un banc de pierre sculpté comme un trône oublié où dort un chien des rues, noble vagabond. Son corps alangui repose sur le siège légèrement incurvé du marbre, tandis que son souffle paisible dialogue avec l’immobilité du temps. Le soleil caresse doucement sa fourrure dorée. L’instant semble suspendu entre rêve et réalité. Près du chien, un jeune homme allongé dans un hamac a le regard dirigé sur l’écran de son smartphone. Ces deux tableaux sont un éloge au farniente et à l’insouciance. Avant d’entrer dans le temple principal, nous admirons une fresque sculptée en trois dimensions nichée dans un écrin de verdure embelli de statues. Un char doré tiré par des chevaux blancs symbolise l’élévation, tandis que des personnages figés dans des postures narratives racontent des fragments d’enseignements bouddhistes. Un moine méditatif, un paon majestueux et des figures allégoriques s’entrelacent dans un jardin ovale fleuri égayé par les couleurs éclatantes des drapeaux bouddhistes flottant au vent. Nous quittons nos chaussures avant de fouler le sol du temple. Patrick me guide pour commenter les fresques en relief qui dépeignent la vie de Bouddha sur les quatre murs de l’enceinte. Nous marchons lentement sur le carrelage turquoise décoré pour contempler chaque fresque. Je commente les quatre tableaux qui m’ont le plus séduit.

    Le premier qui représente La Grande Renonciation est empreint d’une solennité épique. Le prince Siddhartha quitte son palais dans la nuit pour chercher l’Éveil, abandonnant richesse et pouvoir. Dans une nuit étoilée où même les nuages semblent retenir leur souffle, Siddhartha s’élance sur son cheval blanc. Les gardes endormis ne remarquent rien tandis que les divinités s’inclinent devant cet acte riche de son futur. Le cheval vole presque au-dessus des eaux sombres, comme si la gravité elle-même respectait cette quête sacrée. Le second représente Les quatre rencontres du prince Siddhartha. Sur son char doré tiré par des chevaux immaculés, le prince Siddhartha traverse une forêt où il découvre un vieillard voûté par les ans, un malade allongé et un ascète, des visions qui éveillent en lui le désir de chercher la vérité. Ces rencontres lui chuchotent une vérité brutale sur la vie. Voilà qu’un ascète serein apparaît, offrant une alternative lumineuse. La scène est à la fois dramatique et théâtrale, presque un opéra bouddhiste où chaque personnage joue sa note dans la symphonie du samsara. Le troisième, telle une invitation au recueillement, représente Bouddha en méditation sous l’arbre Bodhi. Siddhartha atteint l’Éveil sous l’arbre sacré, illuminant le monde de sa sagesse infinie. Il est assis en parfaite sérénité, enveloppé par les branches protectrices de l’arbre Bodhi. Les rayons de lumière émanent de son être comme un soleil intérieur. Les cerfs et les rivières environnantes semblent suspendus dans le temps, témoins silencieux de ce moment cosmique. On pourrait presque entendre les feuilles chuchoter : Voici la naissance de la sagesse universelle. Je me demande avec humour si les cerfs apprennent aussi le dharma. Le dernier tableau représente Le singe et l’éléphant offrant leur dévotion au Bouddha. Le singe et l’éléphant lui apportent respectueusement des offrandes. Sous un arbre majestueux, symbole de sagesse et de compassion universelle, le Bouddha médite paisiblement, entouré d’un éléphant souriant, peut-être l’ancêtre de Jumbo, et d’un singe dévoué. L’éléphant tend un parchemin roulé avec la grâce de sa trompe, tandis que le singe convie le Bouddha à se restaurer. La scène respire une harmonie insolite, comme si la jungle s’était mise d’accord pour honorer le maître spirituel. Derrière, les montagnes veillent en silence, ajoutant une touche mystique à ce tableau. Ces fresques vibrantes du temple Wat Preah Prom Rath sont des œuvres d’art et des fenêtres ouvertes sur les moments fondateurs de la vie du Bouddha. Elles mêlent spiritualité profonde et touches d’humanité universelle, avec juste assez de fantaisie pour captiver l’esprit et l’âme. Nous entrons ensuite dans le temple. Un grand Bouddha d’or et un Bouddha couché se dévoilent parmi une multitude de décorations. Je trouve que parfois trop d’artifices sacrés nuisent à la majesté du lieu.

    Après des instants de magie poétique, les yeux baignés des fabuleuses œuvres d’art de la vie de Bouddha, nous allons nous désaltérer dans le second Starbucks de la ville, situé à quelques pas du marché ancien. Keed, un séduisant garçon, à la chevelure volumineuse faussement ébouriffée, nous accueille de son radieux sourire. Une fresque captivante se dévoile dans toute sa splendeur. Elle déploie un univers aquatique empreint de poésie et de délicatesse. Elle représente une scène onirique où une sirène, le probable célèbre emblème de la marque, évoque une muse aquatique, couronnée d’une étoile dorée, flottant gracieusement dans des eaux limpides. Sa chevelure rousse, ondulant comme des vagues, se mêle harmonieusement aux eaux bleues qui l’entourent. Elle tient dans sa main un rameau de caféier, orné de fleurs blanches délicates et de fruits rouges, évoquant la fertilité et l’abondance. Autour d’elle, des nénuphars verts et des fleurs de lotus roses flottent paisiblement, renforçant l’atmosphère de calme et de sérénité. Patrick sirote un cappuccino. Je teste la saveur d’un thé chaï au lait de coco. Les minutes glissent sur les eaux paisibles du bien-être. Un papa et son fiston quittent le café. L’enfant a oublié son épée en plastique. Une employée s’en aperçoit immédiatement et sort précipitamment pour lui apporter. Je cogne contre le vitrage pour attirer l’attention du papa qui s’arrête en me regardant avec interrogation. Il lève le pouce avec un sourire quand il voit l’épée. Au moment de sortir du café, quand je m’apprête à mettre le reçu du paiement dans mon porte-monnaie, je m’aperçois que la poche de mon pantalon est vide. Il a dû glisser au sol quand je me suis assis devant le temple pour me déchausser ; la poche du pantalon khmer que j’ai étrenné aujourd’hui étant peu profonde. Nous retournons à pas cadencés au temple. Les chaises en vis-à-vis ont été déplacées. À l’endroit où elles étaient positionnées, aucun porte-monnaie ne se révèle sur le sol carrelé. Nous déambulons dans le temple et autour, en vain. Nous décidons de revenir à l’hôtel pour faire opposition à la carte Visa présente dans le porte-monnaie égaré.

    Arrivé à destination, alors que je m’apprête à me connecter au site Internet de la banque émettrice de ma carte de crédit pour activer l’opposition, Patrick me stoppe dans mon geste. Khann, l’employée de la réception de l’hôtel qui nous a reçus à notre arrivée, vient de nous apporter mon porte-monnaie, telle une messagère de l’hors-temps. Albert Einstein a écrit : La distinction entre passé, présent et futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle. Le temps n’est pas ce qu’il semble être. Il ne s’écoule pas dans une seule direction, et le passé et le futur sont simultanés. La personne qui a trouvé mon porte-monnaie travaille dans le temple et c’est un ami de la réceptionniste. C’est une merveilleuse synchronicité où cet instant présent résulte de mon avenir. Nous pensons que le futur a influencé mon présent. À notre arrivée au Château d’Angkor, j’ai glissé la carte de visite de l’hôtel dans mon porte-monnaie, sans trop savoir pourquoi. Cette action aurait été guidée par le résultat dans mon futur d’une action de mon présent, soit perdre aujourd’hui malencontreusement mon porte-monnaie qui a glissé de ma poche quand j’ai remis mes sandales après la visite du temple bouddhiste. Cette rétrocausalité suggère qu’un évènement futur à notre arrivée à Siem Reap aurait induit une action dans mon présent, celle de glisser la carte de l’hôtel dans mon porte-monnaie le jour de notre arrivée. La personne qui a trouvé au sol mon porte-monnaie a également trouvé la carte de l’hôtel à l’intérieur dont j’avais complètement oublié sa présence ; sans cette carte, la personne bienveillante aurait été dans l’impossibilité de me retrouver. Dans la rétrocausalité, ou causalité inversée, cet événement d’aujourd’hui a influencé un autre événement de mon passé, celui, où le jour de notre arrivée au Château d’Angkor, j’ai mis la carte de l’hôtel dans le porte-monnaie, sans savoir que cette action était guidée par mon futur. Autrement dit, l’effet a précédé la cause, ce qui contredit l’axiome classique selon lequel toute cause précède temporellement son effet. Je me répète, pour tenter de bien faire comprendre la signification de la rétrocausalité qui relève du domaine quantique. Il m’a été possible de recevoir intuitivement dans mon passé un message de mon futur pour pallier cette situation pénalisante et préjudiciable d’aujourd’hui. Je me suis envoyé à moi-même une information de façon que cette situation douloureuse soit évitée, avec succès. Nous confions une belle récompense en dollars à Khann qui la donnera à la personne ayant apporté mon porte-monnaie sans tarder par empathie. Le fait que ce soit une personne bienveillante qui a trouvé mon porte-monnaie vient probablement de la confiance qui m’anime dans nos voyages et qui se projette dans mon futur. Je pense à la célèbre citation de William Shakespeare où Hamlet déclare à Horatio : Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve votre philosophie. Cette phrase qui se trouve dans l’acte I, scène 5 de la pièce, exprime l’idée que la réalité dépasse souvent ce que l’on peut concevoir ou imaginer, et que l’inconnu et l’irrationnel effleurent toute vie sur Terre. Les événements de nos vies sont loin d’être isolés, ils sont tous liés dans une toile complexe à la magie oubliée des hommes…






































































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