vendredi 31 janvier 2025

Jeudi 30 janvier 2025 - Journée de flânerie et de farniente à Phnom Penh…

    En fin de matinée, nous sommes à bord du tuk-tuk de Chim qui nous conduit au marché russe. Nous lui avons donné cette destination par facilité, car la compréhension des adresses précises est aléatoire. En route, nous passons une nouvelle fois devant la Gold Tower 42, un gratte-ciel emblématique de Phnom Penh, aux deux ailes majestueuses, qui s’élance dans le paysage urbain de la capitale cambodgienne. Son histoire se montre en dents de scie. Tel un rêve doré interrompu, ce titan doré de verre et d'acier connaît un destin tumultueux. L’idée de sa construction a jailli dans l'euphorie immobilière des années deux mille. La tour part à la conquête du ciel en 2005, à l'intersection stratégique des boulevards Sihanouk et Monivong. Ses quarante-deux étages devaient symboliser l'ambition et la modernité d'une ville en pleine métamorphose. Toutefois, tel un mirage dans le désert urbain, la construction, initialement développée par la société sud-coréenne Yon Woo Cambodia Company Limited, s'est figée quatre années plus tard, victime de la crise financière mondiale. Pendant d’autres années, sa structure inachevée s'est dressée tel un phare à l'hubris développemental, une tour de Babel moderne abandonnée aux vents. Huit autres années plus tard, un souffle de renaissance réveille la tour endormie grâce à un accord entre Yon Woo et deux entreprises chinoises. Tel le Phénix renaissant de ses cendres, le chantier reprend vie. La tour finit par atteindre son sommet architectural, marquant la fin d'une interruption de près de dix ans. Un pont circulaire reliant les deux tours au faîte symbolise l'union du ciel et de la terre. Cependant, en 2020, une infortune mondiale met fin aux travaux en cours. L'édifice, qui vacille entre promesse et désillusion, se rendort à nouveau, laissant ses façades dorées capter la lumière du Soleil, comme les écailles d'un dragon mythique, dans un rappel silencieux des ambitions passées. Aujourd'hui, le ministère de l'Aménagement du territoire continue d'encourager la reprise de ce rêve vertical inaccompli qui s’élève à plus de deux cents mètres. Le géant tronqué attend patiemment le jour où il pourra enfin accomplir sa destinée…

    Chim nous dépose vers l’une des entrées du marché. Je m’attarde devant un grand plateau métallique de vente avec des rebords vitrés qui occupe toute la surface d’un étal. Il contient des bigorneaux en vrac et d’autres petits mollusques marins comestibles. Quelques touches de rouge montrent que des condiments et de la sauce pimentée accompagnent les mollusques. La quantité est telle que toute la surface du plateau est couverte de ces coquillages dont la teinte naturelle varie du beige au gris. Les bigorneaux constituent un mets populaire dans la cuisine de fruits de mer, particulièrement appréciés comme amuse-bouche. Je vois un homme qui prend et met dans sa bouche avec naturel quelques mollusques en passant. Nous cheminons dans les rues pour nous rendre au proche restaurant Golden Pumpkin dont l’adresse nous a été indiquée par Sina à Siem Reap. En chemin, nous croisons deux gamins d’une dizaine d’années qui roulent cheveux au vent sur un scooter. Ils se déplacent joyeusement dans une liberté de l’enfance qui a disparu en France. Dès notre arrivée, je prends des photos. Un édifice de charme, à la façade coloniale aux balcons ouvragés, abrite un lieu enchanteur. Des scooters sont alignés sur le trottoir. La salle est ouverte sur la rue. Des lanternes en bambou tressé descendent du plafond suspendu. Sous un tableau noir encadré de bois doré fixé sur une façade de bois patiné par le temps, deux volets d'un bleu azur éclatant apportent une note méditerranéenne dans la décoration qui compose une symphonie visuelle célébrant la douceur de vivre cambodgienne. Le restaurant est une oasis où la citrouille dorée ne se transforme jamais en carrosse, gardant sa magie intacte du matin jusqu'au soir. L’entreprise familiale à l’origine de sa création a vu le jour à Siem Reap voici une quinzaine d’années. L’utilisation créative de la citrouille dans les plats proposés au menu, l'innovation culinaire et une délicieuse cuisine khmère ont participé à la réputation croissante du restaurant. Fort de son succès, la famille a ouvert un second restaurant à Phnom Penh, il y a environ deux ans, celui où nous déjeunons aujourd’hui. Merci à Sok Mean, à son mari Samnang et à leurs deux équipes.

    Durant la préparation du repas, sur mon iPhone, nous regardons sur Instagram des photos et nous lisons des textes publiés par Alexy, le neveu de Patrick, et par sa compagne de vie Zoé qui vivent tout comme nous un long voyage en Asie. Leurs dernières photos remontent à trois jours quand ils découvraient Mumbai… avant de prendre le train pour un trajet de neuf heures à destination de leur prochaine étape.

    Les deux soupes de courge commandées sont déposées délicatement sur la table. Durant une réjouissante étreinte liquide des papilles, je pense plaisamment au conte de Cendrillon. Dans ce restaurant incomparable, dont nous avons apprécié les mets à Siem Reap à diverses reprises, la citrouille d'or demeure dans sa splendeur du crépuscule à l'aurore. Grâce à l’abondance de Gaia, elle nous offre de nous délecter sans compter. Nul besoin de baguette, ni de fée pour réaliser la crème de courge, la magie des doigts de l’équipe des fourneaux opère dans un savoir-faire inégalé. Loin des horloges qui sonnent minuit et des souliers perdus, nous nous régalons à chaque cuillerée. Pour cette première et dernière venue, le départ étant proche, nous savourons en plat principal deux des mets les plus appréciés à Siem Reap.

    Après le repas, nous retournons dans les rues animées. Dans la pénombre d'une échoppe débordante, telle une gardienne des trésors du quotidien, une dame âgée se tient assise, paisible et contemplative. Je la regarde. Son visage serein, encadré par des cheveux argentés, témoigne d'une vie bien remplie. Vêtue d'une robe fleurie à manches longues aux motifs violet, rose et blanc, elle veille sur un royaume de bric-à-brac, un univers fascinant où s'entremêle une multitude d’articles variés. L’échoppe ressemble à une caverne d'Ali Baba contemporaine, où chaque recoin révèle un nouveau trésor. J’apparente le visage de l’Aînée à une carte des années où chaque ride, tel un sillon d’un disque vinyle, raconte son histoire de vie. Ses cheveux blancs comme la soie des nuages encadrent délicatement ses traits asiatiques empreints de sérénité. Elle porte la grâce tranquille des années qui passent. Son regard se tourne vers moi lors d’une première photo pour ensuite revenir de profile pour la photo suivante. Son intériorité impénétrable abrite un cœur et une âme unique, un joyau de la diversité infinie de la vie. Sa vision du monde, comme la mienne, est unique. Il y a dans sa posture une noblesse naturelle, celle des êtres authentiques qui ont traversé les saisons avec force et courage. Le temps a déposé sur elle sa patine précieuse, comme un artiste qui aurait délicatement sculpté chaque trait de son visage, créant une œuvre vivante où la beauté de l'âge se mêle à celle de sa singularité et de son irréductibilité.

Dans l'océan des êtres sa vague est unique

Sculpture éphémère façonnée par le temps

Nul ne peut saisir son essence authentique

Mystère insondable de son cœur d’enfant

Singularité joyau de chaque existence

Éclat irréductible en sa conscience

Au-delà des mots et des concepts usés

Tout son potentiel à jamais préservé

    Plus tard, dans l’après-midi, les minutes nous retrouvent à bord du séduisant tuk-tuk de monsieur Sarom qui roule tranquillement. Il nous dépose devant notre hôtel. Nous allons ensuite au proche salon de thé Kayser, découvert récemment. Nous vivons en terrasse des instants de bien-être. Patrick sirote un cappuccino. Je m’offre une tartelette aux pommes que je savoure lentement avec un nouveau thé dit énergétique. Une famille anglophone avec deux fillettes se régale à une table voisine en sirotant thés et cappuccinos. Assis à une autre table, deux hommes jouent avec passion à l'Ouk Chaktrang, la version cambodgienne traditionnelle des échecs, très populaire dans les cafés de Phnom Penh. Ce jeu ancestral remonte au temps des royaumes d'Angkor, comme en témoignent les bas-reliefs d'Angkor Vat. Patrick trouve un bas-relief dans le temple d’Angkor Vat sur le web pour illustrer le blog. Je regarde les joueurs de temps à autre. Le Fou a pris la forme d’un stupa à deux étages. Les Tours ressemblent à des bateaux. La Neang [Reine] est petite et pointue. Le Sdach [Roi], la plus grande pièce, s’apparente à un stupa à trois niveaux. Régulièrement, j’entends les joueurs qui claquent des pions sur le plateau de la table. Ce bruit caractéristique s’appelle Ouk. Un homme asiatique vient regarder la partie en cours à un moment donné. Quand le roi, en position d'échec, est capturé, le joueur attaquant dire Ouk. Ce jeu est profondément ancré dans la culture et la tradition cambodgienne. Des parties en cours se remarquent à toute heure de la journée dans les cafés de Phnom Penh.

    Notre conversation se promène sur l’actualité, notamment sur la guerre déclarée à propos de l’Intelligence Artificielle. Tesla prévoit de lancer son premier service de robotaxi autonome à Austin au Texas en juin 2025, en utilisant sa technologie de Conduite Autonome Complète (FSD) non supervisée dans des véhicules fonctionnant sans conducteurs humains. La tentative de sécession de la Californie progresse. L'Horloge de l'Apocalypse se rapproche de minuit. Dans ce bien-être agréable, dans la chaleur tropicale et dans la douceur du moment présent, nos pensées s'envolent, libres comme des oiseaux. Le jeu des ombres sur le pavé se poursuit aussi avec la rotation de la Terre. J’observe de temps à autre le ballet des deux-roues. L’heure dorée s’étire en filaments de plaisirs. Le jour s’évapore graduellement. Quand nous éloignons du salon de thé, la partie d’Ouk Chaktrang est toujours en cours…







































Pensée du jour

 

On pense souvent, à tort, que : 
Pour savoir si un mot existe, il suffirait de regarder dans le dictionnaire. 
Le dictionnaire de l’Académie serait le plus complet.

Maria Candea

jeudi 30 janvier 2025

Mercredi 29 janvier 2025 - Promenade fluviale sur le Tonlé Sap à Phnom Penh…

    En fin de matinée, nous sommes à bord d’un tuk-tuk. Nous roulons vers le lieu où nous allons déjeuner. Un petit pot garni de feuilles vertes et de boules rouges se remarque sur la plage avant du rickshaw. Malgré l’emplacement montré sur une carte, le chauffeur nous emmène autre part. Quand nous nous en apercevons, Patrick le guide pour rectifier la trajectoire. Mala nous accueille chez Pizza Company. Elle prend la commande au comptoir. D’un restaurant à l’autre de la même franchise, le mode de fonctionnement varie. Pendant la préparation de la pizza et des spaghettis légumes et champignons, nous jouons au jeu de Jenga. Nous empilons les cubes par trois pour édifier les étages de la tour. Ensuite, à tour de rôle, nous enlevons un cube. Quand le beeper sonne, la tour est toujours debout.

    Après le repas, nous prenons la direction du port de croisière. En chemin, nous nous arrêtons à la Poste. Patrick entre. J’en profite pour aller photographier une ravissante bâtisse d’angle de caractère coiffée d’un toit en tuiles brunes qui présente une architecture coloniale. Les deux façades peintes en rouge vif, aux fenêtres, corniches, balcons et balustrades blancs, séduisent mon regard. J’attends ensuite Patrick au bas de l’escalier de l’entrée de la poste. Quand il sort, nous reprenons la marche. Nous passons devant une autre bâtisse de caractère, turquoise, dont le troisième et le quatrième étage en décalé sont couverts d'une structure métallique en surplomb. Plus avant, la façade imposante du Shine business club bar dévoile sa magnificence dorée riche en façade de trois grandes arches ovales ornées de motifs géométriques et floraux.

    Près de la rivière, nous nous attardons devant une grande fresque évocatrice peinte dans des tons sépia et gris doux. Elle dégage une mélancolie poignante du temps qui s'écoule. Elle nous transporte sur le Tonlé Sap devant le Phnom Penh d'autrefois. Elle dépeint le Wat Phnom dans une végétation luxuriante au bord de la rivière dans les années 1860. Au premier plan, les eaux calmes bercent les embarcations traditionnelles, témoins silencieux d'une époque où le rythme de la vie suivait le cours de l'eau. Le long de la berge s'alignent des maisons modestes qui racontent l'histoire d'une communauté riveraine aujourd'hui disparue, engloutie par la modernisation de la capitale. La fresque est encadrée par une bordure ciselée aux motifs khmers, elle-même abritée sous un toit aux tuiles orangées qui protège ce précieux témoignage du passé. Nous nous éloignons de ce joyau du temps, de cette fenêtre émouvante sur un Phnom Penh disparu à jamais qui rappelle la perpétuelle transformation de l’environnement urbain.

    Dans les minutes suivantes, nous arrivons à destination. Nous regardons les tarifs des croisières sur le Mékong au coucher du soleil. Au bas du panneau, nous voyons qu’il est possible de louer un petit bateau pour un tarif de trente-cinq dollars par heure. Alors que nous hésitons, nous voyons un homme qui sort d’un des bateaux alignés le long de la rive. Il approche en nous faisant des grands signes de la main. Il grimpe quatre à quatre les marches d’un escalier du haut talus incliné en béton. Il nous encourage à vivre cette expérience fluviale. Nous acceptons. Nous descendons sur le terrain vague qui borde la rivière, nous crapahutons pour accéder à la passerelle sommaire en bois et nous montons à bord d’un petit bateau en bois à fond plat. Témoin poétique du charme cambodgien, l’embarcation traditionnelle, où se mêlent bois sombre et touches de jaune vif, au pont supérieur protégé par un toit aux poutres apparentes, offre un havre de bien-être. Un petit garçon dort dans un hamac aux motifs traditionnels qui se balance doucement. Les garde-corps peints en jaune et blanc dessinent les contours du bateau. Le drapeau cambodgien flotte fièrement au vent. Les gilets de sauvetage orange accrochés çà et là ajoutent une touche de couleur vive. Nous sommes entourés de bateaux colorés, tous à côté les uns des autres. Scot se présente et nous demande nos prénoms. Nous déclinons sa proposition de monter sur la terrasse. Nous restons sur le pont inférieur ouvert à tous les vents. Le bébé est sorti de son sommeil par sa maman. Elle s’éloigne avec lui. L’aventure commence. Le moteur gronde. Afin d’éviter de toucher la coque à bâbord durant la manœuvre pour nous éloigner en marche arrière de la rive, le pilote est aidé d’un garçon de l’autre bateau pour écarter les deux embarcations qui tiennent à s’embrasser. Je prends place sur le gaillard avant, assis sur une chaise en bois noir devant le petit poste de pilotage vitré. Patrick reste à l’ombre sur le pont. Scot vient à mon côté et me donne des informations durant la navigation. La rive droite est à contre-jour, les photos en plein soleil direct risquent d’être surexposées. L’autre rive est privilégiée. Étonnement, un des bateaux porte le nom Pizza Company. Nous glissons paisiblement sur l’eau calme. Je vois à tribord le pont à haubans Koh Pich-Koh Norea traversé hier en fin d’après-midi. Nous croisons d’autres embarcations. Un ferry fait la navette entre les deux rives. La silhouette imposante en blanc et turquoise de l’hôtel Sokha, qui se découpe sur un ciel bleu parsemé de nuages, se dresse à bâbord. Scot me dit qu’il s’agit du plus grand hôtel cinq-étoiles de la capitale cambodgienne avec plus de cinq cents chambres luxueuses. Devant le colosse de béton, le bateau traditionnel au premier plan, qui glisse paisiblement sur les eaux brunes du fleuve, illustre la dualité de Phnom Penh : d'un côté les buildings modernes qui occupent de plus en plus l'espace urbain, de l'autre la persistance des réalisations de la vie traditionnelle. À bâbord, après l’hôtel, Scot attire mon attention sur un village de pêcheurs sur l’eau. Les embarcations abritent quatre à cinq personnes qui vivent et dorment à bord. Il ajoute que ces communautés flottantes urinent et défèquent directement dans la rivière.

    Nous arrivons sur le Mékong dont la couleur des flots diffère de celle du Tonlé Sap. Je trouve remarquable cette rencontre caractéristique des eaux. La démarcation est nette entre les deux masses en mouvement. Les eaux du Mékong apparaissent bleutées alors que celles turbides du Tonlé Sap sont de couleur brun jaunâtre. Scot me dit que cette différence de couleur s'explique par la composition divergente en sédiments et en matières en suspension de chaque rivière. Nous naviguons maintenant sur le Mékong. La lumière danse sur les eaux ondulantes. Les vaguelettes scintillantes dessinent un tapis argenté qui miroite sous les rayons solaires. Nous faisons demi-tour après trente minutes de navigation. Scot me montre l'hôtel Cambodia, reconnaissable à ses toits caractéristiques aux courbes élégantes et aux ornements dorés. En promenade, nous sommes passés dimanche dernier devant cet édifice peu harmonieux dans mon souvenir.

    Une dizaine de minutes plus tard, nous côtoyons une barque de pêcheur où je vois quatre personnes à bord. Un homme debout manie lentement et habilement une rame. La barque glisse sur l’eau brunâtre avec grâce. Peinte d'un bleu vif rehaussé de touches de rouge et de jaune, elle est à la fois demeure flottante et gagne-pain pour cette famille de pêcheurs. La proue relevée est ornée d'une effigie dorée. Sous le logement arrondi, contigu à une terrasse au parasol ocre rouge qui offre un abri contre le soleil tropical, j’aperçois un espace de vie modeste où se mêlent intimement le quotidien familial et l'activité de pêche. Un simple lampadaire de fortune incurvé sur le haut, fixé à une courte paroi en bois bleu, porte deux ampoules dont une qui pend au sommet, tel un petit lustre des mers. Les deux femmes assises vêtues de krama rose et blanc nous regardent passer. L’homme plus âgé, assis, dirige son bras vers l’avant, comme pour montrer quelque chose au rameur. Cet instant de vie, qui se découpe sur fond de berge ocre, pierreuse et sableuse en-dessous de la rive inclinée bétonnée, témoigne d'une tradition séculaire où le fleuve n'est pas simplement un lieu de navigation, mais un véritable foyer, un mode de vie qui se perpétue sur les eaux nourricières du Tonlé Sap. Ce bateau-maison, ingénieusement agencé, raconte l'histoire d'une adaptation réussie entre l'homme et son environnement, où chaque centimètre de l'espace à bord est optimisé pour permettre à la famille de vivre, de dormir et pêcher au rythme des eaux.

    Un autre bateau touristique approche. Les deux pilotes se parlent. L’autre bateau diminue sa vitesse et s’éloigne. Plus avant, près du débarcadère, je vois une autre barque qui charrie une barge de dragage. J’en ai observé deux précédemment. Je pensais que leur activité était liée à l’extraction de sédiments du lit de la rivière. Scot me dit que les deux hommes à bord font du carottage dans le cadre de la réalisation d’un nouveau pont qui va naître pour améliorer la connectivité entre les différents districts. Le carottage est une étape essentielle avant la construction d'un pont, car il permet d'évaluer la nature et la résistance des sols qui supporteront les futures fondations. Cette technique consiste à prélever des échantillons cylindriques du sol pour analyser leur composition et leurs propriétés mécaniques. En réponse à une de mes questions, Scot me dit que le propriétaire vit sur son bateau avec sa femme et leur jeune fils. Il me dit également que dans le large secteur où nous naviguons, de nombreuses personnes cumulent deux emplois dans l’agriculture et la fabrication artisanale de vêtements, comme le pantalon khmer que je porte. Nous accostons tout en douceur après une heure de navigation. Je rejoins Patrick. Je remarque la présence d’un petit arbuste ornemental dans un pot noir et de deux balais dont un pourvu d’une serpillère. La passerelle en bois est posée sur la terre ferme depuis la proue. L’état et l’aspect de la berge sont toujours en mouvement avec la montée des eaux lors de la mousson. Aucun terrassement n’est effectué, ce serait vain et inutile. Nous effectuons le règlement dans les mains de Scot avec un bon pourboire. Nous le remercions chaleureusement avant de descendre à Terre. J’offre un radieux sourire au pilote.

    Nous décidons d’aller nous désaltérer chez Eric Kayser. Je sirote un thé Fleurs de pois papillon et pétales de gingembre. Patrick teste la saveur d’un thé Honeymoon tout en dégustant un éclair au chocolat.

Dans la danse des arômes le temps suspend son vol

Un ballet de saveurs s'épanouit dans nos tasses

Le bleu céleste du pois papillon s'envole

Tandis que le gingembre en pétales enlace.

Patrick en explorateur des sens s'aventure

Dans les effluves sucrés d'un Honeymoon prometteur

L'éclair au chocolat tel un trait de peinture

Vient compléter ce tableau de douceur et de bonheur

Les aiguilles de l'horloge ralentissent leur course

Chaque gorgée devient une pause enchantée

Les parfums s'entremêlent délicate ressource

Pour tisser un moment de douce félicité

Comme la madeleine de Proust ces instants précieux

Gravent dans nos mémoires leur empreinte subtile

Les thés et la pâtisserie trio harmonieux

Transforment le quotidien en poème volubile

Dans ce salon de thé oasis hors du temps

Les papilles se délectent les esprits s'évadent

Les minutes s'estompent légères comme le vent

Laissant place à une sérénité nomade 

    Nous revenons ensuite au Capri. En chemin, nous entrons dans la pergola située au cœur de l'hôtel, café et restaurant Plantation Urban resort & spa. Je suis tout de suite sous le charme de cette magnifique pergola enchantée créée dans un écrin de verdure tropicale. Sur l’îlot central, sur lequel nous accédons par des pas japonais, nous admirons un arbre majestueux où des lanternes rouges suspendues, tels des fruits écarlates, se balancent doucement sous sa ramure, créant une atmosphère festive dans cette période de fête du nouvel an chinois. Des sculptures métalliques saisissantes, véritables chefs-d'œuvre de ferronnerie d’art, peuplent cet espace aquatique empreint de mystère. Des oiseaux élancés, façonnés avec une délicatesse infinie en mailles métalliques argentées, semblent danser au-dessus des eaux calmes du bassin. Leur silhouette gracile se reflète dans l'eau, créant un dialogue poétique entre ciel et terre. Comme surgies de nulle part, des statues traditionnelles khmères massives en pierre gris clair s’étonnent quelque peu de leur présence dans ce lieu baigné d’une douce magie. Des jeux d'ombre et de lumière créent une œuvre éphémère sur l’onde verdâtre. J’admire particulièrement une des œuvres réparties autour du bassin, suspendues dans les airs par de fines chaînettes, qui subliment la pergola. Cette réalisation saisissante présente un éventail métallique aux allures de palmier stylisé, encadré dans une composition géométrique où s'entrelacent des formes organiques et des motifs floraux en métal ciselé. Nous bavardons agréablement avec un jeune serveur. Il nous que le propriétaire de cette réalisation hôtelière de charme est un homme d’affaires chinois de Singapour.

    Nous poursuivons ensuite tranquillement notre marche vers chez nous tout en naviguant dans les rues au rythme des deux-roues et des tuk-tuk qui s’enfilent partout où cela est possible. Ensemble, nous créons une chorégraphie du mouvement en continuel changement…