jeudi 13 février 2025

Mercredi 12 février 2025 - Promenade et découvertes le long du quai Weld à George Town...

    Un enfant asiatique sautille de joie lors du petit déjeuner. En fin de matinée, sous un ciel d'azur lumineux où le soleil darde ses rayons dorés, nous passons devant l'arche majestueuse de Little India. La structure, parée de nuances éclatantes de jaune, rend hommage à l'architecture indienne avec ses colonnes imposantes et ses motifs ornementaux. Des inscriptions en lettres rouges souhaitent la bienvenue [selamat datang] dans la Petite Inde de Penang. Nous déjeunons au cœur de la ville où se niche le joyau culinaire et esthétique Hummus by Juice Code. Tel un voyage dans le temps, le restaurant nous transporte dans l’élégance rétro des années cinquante, avec une touche de modernité qui séduit l’œil et éveille les sens. Les affiches vintages qui ornent les murs racontent silencieusement l’histoire d’une époque révolue. La douce lueur des lampes baigne l’espace d’une atmosphère chaleureuse. Patrick entend de la musique diffusée par un tourne-disque en haut de l’escalier où tourne un vinyle 33 tours nostalgique. Pendant la préparation des mets, je me promène pour admirer la décoration éclectique. Sur une étagère, un vieux téléphone à cadran côtoie une machine à écrire Facit d’un autre âge. Patrick voit à l’étage une valise en carton, peut-être celle de Linda de Suza, garnie de trésors à côté d’un canapé orange moelleux. Sur une étagère murale près de l’entrée, un Monopoly Grab & Go témoigne de la permanence de ce jeu depuis des lustres et des lustres. Dans ce décor enchanteur, nous savourons un plat qui fait chanter nos papilles : des pâtes au pesto faites maison. Imaginez ces pâtes al dente, lovées dans un abondant pesto d’un vert intense, parfumées de basilic frais et d’ail subtilement dosé. Les quartiers de tomate cerise libèrent en bouche leur jus sucré qui se marie à merveille avec la sauce onctueuse. Les champignons à la texture veloutée complètent harmonieusement cette symphonie gustative. Le pesto, l’un des meilleurs jamais savouré, préparé avec amour dans la cuisine du restaurant, enrobe chaque filament savoureux de spaghetti. De l’houmous et du pain pita chaud accompagnent les mets succulents. Avant de quitter le restaurant, j’écris un avis élogieux sur Google Map. Je le montre à notre hôtesse qui rayonne de joie. Nous lui laissons un beau pourboire. Déjà assoiffés dans la forte chaleur équatoriale, nous décidons d’aller boire de la citronnade au miel au café Khing. Bob Marley, l’icône jamaïcaine du reggae, nous accueille. Patrick découvre la salle du premier étage à la décoration chinoise. Je prends place sur une banquette en cuir marron sous le portrait souriant de Michael Jackson. La citronnade au miel dévoile sa saveur. Un jeune couple gay asiatique s’installe à une table voisine.

    Désaltérés, nous allons nous promener le long du pengkalan [quai] Weld qui fait référence à Frederick Weld, un ancien premier ministre de la Nouvelle-Zélande et gouverneur durant sept années des Établissements des détroits. Une fresque charme l’enfant qui vit en nous. Le tintement d’une clochette dorée retentit. Un vendeur ambulant de glaces à bicyclette, vêtu d’un tee-shirt jaune et d’un short gris, un chapeau de paille sur la tête, chargé de délices glacés Max Leisure, s’arrête suite à un signe de main d’une fillette qui lui demande un cornet de glace vanille fraise. L’enfant, une main sur la hanche comme une grande fille, vêtue d’un haut rayé et d’un pantalon bleu, tend la main avec émerveillement pour recevoir sa glace qui paraît presque aussi grande qu’elle. L'instant simple et précieux, suspendu dans le temps dans un échange silencieux depuis le 6 juin 2024 grâce au talent de Ah Tat, représente une promesse de joie sucrée qui va fondre doucement sous le soleil malais. Dans les minutes suivantes, nous entrons dans 35@Jetty, un ancien entrepôt devenu un havre artistique, bienvenu pour nous abriter des ardents rayons de l’astre. L'art, la culture, l’artisanat et le commerce en dilettante se rencontrent dans un envoûtant cadre chargé d'histoire et de créativité. Ce rendez-vous pour nos âmes artistiques est un paradis transitoire où nous nous laissons inspirer par la beauté aux mille visages qui nous entoure. Une superbe chemise m’invite à l’acheter, toutefois je renonce à la tentation par manque de place dans nos bagages. L’entrepôt donne sur la gat lebuh Chulia, une extension vers le littoral de la rue historique Chulia. Deux fresques charment nos regards. La première montre une femme âgée souriante qui tend avec tendresse un bol de lait de soja à un jeune garçon, tandis qu'une petite fille assise à deux pas sirote déjà sa boisson. L’œuvre évoque une époque où la simplicité et les interactions humaines étaient au cœur de la vie urbaine. Les jaunes éclatants de l’enseigne, le tablier vert de la marchande, le brun profond des bidons et du chariot en bois, dégagent une chaleur baignée de nostalgie. La seconde fresque enchante nos regards et émeut notre âme d’enfant. Le mur, témoin silencieux du passage des années, arbore une chaleureuse mosaïque de couleurs terreuses où des briques ocre rouges se mêlent à des éclats de ciment gris tourterelle. Au cœur de cette toile urbaine, deux balançoires suspendues par des chaînons à un cadre en fer noir solidement arrimé invitent à la rêverie. Sur celle de droite, nous entendons les rires cristallins de deux enfants aux cheveux de jais, debout sur la planchette, malgré un interdit parental oublié depuis belle lurette. La fillette, vêtue d'une robe blanche et rose bonbon, irradie de bonheur. Le garçon à côté d’elle, vêtu d'une chemisette blanche et rouge et d'un short rouge et noir, déborde de joie. Leurs sourires éclatants illuminent la fresque dont la balançoire, qui s’est matérialisée dans notre époque, brouille la frontière entre réalité et imagination.

    Nous revenons sur nos pas dans la galerie. Nous nous prenons en photo dans un miroir convexe, cerclé d’un rouge éclatant, qui déforme doucement la réalité. Nous sortons le cœur léger de cette contrée dédiée à l’éphémère et au tangible, de ce caravansérail des arts où chaque objet hétéroclite raconte une odyssée oubliée, où les fantômes des dockers dansent avec les esprits des artistes, où chaque visiteur repart avec un fragment de beauté enroulé dans du papier de soie. Nous approchons du terminal de ferry. Je prends en photo la proche jetée de la famille Ong. Des voyageurs attendent de traverser pour rejoindre le continent. En nous éloignant, nous admirons la tour à l’horloge du bâtiment de la Commission portuaire de Penang, située en face du wisma [bâtiment] Yeap Chor Ee construit dans les années 1920 pour Yeap Chor Ee, un immigrant chinois devenu magnat des affaires. Yeap, arrivé en 1885 à Penang, a bâti un empire dans le sucre, le caoutchouc et l'étain. Telle une sentinelle de pierre blanche à l’élégance victorienne, témoin d'une époque révolue, la tour à l’horloge majestueuse se pavane avec la nonchalance insulaire. Chaque cadran représente un œil ouvert sur le temps qui s'écoule. Deux d’entre eux observent le ballet des ferries et des voyageurs sur le quai Weld. Au premier plan, un flamboyant arbre du voyageur déploie son immense éventail de feuilles dans une invitation à l’émerveillement. Ses couleurs vibrantes contrastent avec la blancheur de la tour, imperturbable, à la majesté intemporelle.

    Environ deux cents mètres plus loin, nous nous attardons devant la superbe jetée Jalan Gereja, fermée au public, aux élégants toits rouges et à l’architecture coloniale, qui se dévoile majestueusement au-dessus des eaux calmes du détroit de Malacca. Construite en 1897, la jetée incarne une époque où le canal de Penang était un centre d'activité maritime florissant et prospère sous l'administration britannique. Elle se souvient avec nostalgie de l’époque où les bateaux à voiles et les navires à vapeur fréquentaient ses quais animés par le mouvement incessant des marchandises et des passagers dans cette région clé du commerce maritime en Asie du Sud-Est. À cette époque, le port représentait une porte d'entrée pour les migrants chinois et indiens cherchant fortune dans les mines d'étain ou les plantations de caoutchoucs du continent malaisien. À la fin du dix-neuvième siècle, la jetée était fière de rivaliser avec Singapour en matière d'importance commerciale. Parfois, les centaines de navires, qui transitaient quotidiennement par le canal de Penang dans l'effervescence économique de l'époque, lui donnaient le tournis. Aujourd'hui, elle se contente d’inviter ses admirateurs à imaginer les récits maritimes d'autrefois et d’offrir son charme sur l'horizon maritime où le bleu du ciel rencontre celui de la mer. Elle sait que les reflets scintillants sur l'eau et la brise marine créent une ambiance paisible et romantique, idéale pour la contempler et la photographier, comme nous le faisons. Malgré les efforts déployés vainement dans les années deux mille pour la réhabiliter, la jetée demeure un symbole historique et culturel important.

    Nous nous promenons sur une esplanade entre le terminal de ferry et la jetée Jalan Gereja qui nous offre de les photographier. Des bacs circulaires peints dans une variété de couleurs vives sont plantés de yuccas et d'autres plantes. Sous la marquise de ce qui ressemble à un petit centre commercial coiffé de diverses toitures, une couturière agenouillée œuvre pour ajuster des éléments du tissu sur une robe longue portée par un mannequin. Elle me gratifie d’un superbe sourire. Nous prenons ensuite la direction du port de croisière. Nous passons devant l’ancienne façade de notre hôtel. Nous arrivons devant le terminal maritime Swettenham Pier où des passagers du navire Anthem of the Seas, à nouveau en escale, se croisent. Construit en 1904, le terminal a été nommé en hommage à Frank Swettenham, premier résident général des États malais fédérés et ancien gouverneur des Établissements des détroits. À une courte distance, nous admirons la Tour de l'Horloge de la Reine Victoria. La tour commémorative, érigée en 1897 pour célébrer le jubilé de diamant de la Reine Victoria, haute de soixante pieds [environ dix-huit mètres], symbolise chaque année de son règne. La tour surmontée d’une coupole dorée, financée par Cheah Chen Eok, un riche marchand, présente un mélange d’architectures mauresque et britannique. Cheah Chen Eok, né en 1852, était un homme d'affaires chinois très prospère de Penang. Il a fondé en 1876 la société qui porte son nom. Il est devenu l'un des hommes les plus riches des Établissements des détroits grâce à ses opérations lucratives dans le commerce de l'opium et des spiritueux. Je m’attarde devant l’œuvre présente dans le rond-point qui contraste avec la tour. Elle représente une sphère argentée composée d'anneaux métalliques flanquée de deux demi-sphères dorées et argentées.

    Nous prenons ensuite la direction de la Love lane. En chemin, je vois deux oiseaux morts gisant sur l’asphalte. Tournés l'un contre l'autre dans un dernier geste, ils me font penser à Roméo et Juliette. Je me demande quelle tragédie les a menés à cette fin prématurée ; probablement la vitesse des véhicules ! Leur posture figée semble raconter une histoire d’amour, un dernier adieu silencieux au milieu du tumulte qui continue autour d’eux. Nous arrivons dans la Love Lane, une ruelle de charme, traversée le jour de notre arrivée, qui raconte des histoires du passé. Elle s'étend des rues Farquhar à Chulia. Les anciennes maisons de commerce, avec leurs façades chinoises traditionnelles, se sont transformées en hôtels de charme, commerces, restaurants et bars animés. Des murmures secrets et des chuchotements racontent que Love lane, où les maisons closes des shophouses attiraient les marins et les soldats, était le refuge des amours cachées des riches marchands chinois qui y entretenaient leurs maîtresses. Au bout de la ruelle, des immenses personnages gonflables d'un rouge éclatant retiennent l’attention. Ceux côte à côte, géants, incarnent deux symboles de la culture chinoise qui signifient bonheur et prospérité. Cáishén, le dieu bienveillant de la richesse, qui tient dans ses mains un lingot d'or brillant tout en souriant aux passants, domine la rue de son imposante stature. En quittant l’attrayante Love lane, nous allons vivres des instants de détente gourmande chez Jesse et Tristan. Nous retournons ensuite à l’hôtel sous la forte chaleur. Patrick s’abrite sous la seconde ombrelle achetée aujourd’hui dans la même échoppe sur la rue Armenian. Nous voyons le navire de la Royal Caribbean qui semble obstruer le fond de la rue Beach.

    Dans le cadre feutré et élégant du Royale Chulan, le réel flirte avec l'imaginaire en nous invitant à nous souvenir de notre enfance. Un charmant ballet se joue dans un congrès silencieux de nounours géants. Drapés de douceur, vêtus de rouge ou de pastel, ils trônent sur des fauteuils Chesterfield crème et marron ou se prélassent dans des coins chaleureux. Leur regard figé semble contempler le monde avec une douce sagesse, tandis des lanternes rouges ajoutent une touche festive à ce séminaire surréaliste…























































































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