Nous sortons de la suite à neuf heures trente, le cœur léger et l'esprit tourné vers de nouvelles aventures. Nous attendons dans le hall la voiture louée sur Booking qui est annoncée pour dix heures. En attendant, je me promène dans l’hôtel et je prends des photos, dont une d’un bateau de pêche, telle une ode à la mer, sabré de sa moitié, aux couleurs vives, échoué sur un océan de moquette bleue dans une vaste salle de conférence au premier étage. Ses filets orange et rose s’étirent tels des toiles d’araignée marines, capturant des fragments de nature tropicale, palmes verdoyantes et paniers tissés. L’espace, baigné d’une douce lumière, qui mêle élégance et exotisme, devient une invitation de voyage et d’évasion. Depuis le balcon du premier étage, je photographie, entre l’ancien et le nouveau bâtiment, l’esplanade baignée d’une lumière qui filtre à travers une verrière aérienne. Nous l’avons traversée chaque jour pour aller prendre la collation matinale. Dans le couloir qui mène à la salle du petit déjeuner, une œuvre vibrante s’est offert à mon regard chaque matin. Elle capture l’essence de la vie côtière où des pêcheurs unissent leurs forces pour tirer un filet chargé de promesses. Le ciel flamboyant, baigné de nuances dorées et bleutées, évoque un crépuscule paisible. Les flots ondoyants bleu-vert opalin, qui évoquent la magie des sirènes, se parent d’un sillage d’écume. Le bateau traditionnel, richement orné de motifs colorés et délicats, s’élève majestueusement, symbole de culture et d’héritage. Ce tableau dépeint une harmonie entre l’homme, la mer et l’artisanat, célébrant le labeur collectif et la beauté des traditions.
Nous partons du Royale Chulan à dix heures moins dix. Nous montons à bord d’une Honda de couleur argent. Keith, un jeune chauffeur souriant et avenant, conduit avec régularité et douceur. De la musique est diffusée dans l’habitacle, créant une ambiance détendue et agréable. Elle provient d’un écran multimédia intégré dans le tableau de bord. Des vidéos défilent, ajoutant une touche visuelle à ce début de voyage. Boyce Avenue joue au piano et Connie Talbot chante. Plus tard, le groupe de garçons Why don't we chante 8 Letters. Nous quittons Penang par le pont Pulau Pinang, une prouesse architecturale, décrit précédemment comme un fil d'argent tendu au-dessus de l'émeraude liquide de la mer, une structure impressionnante qui relie l'île au continent. La silhouette de George Town s’offre au regard sous un ciel pastel où des nuages diaphanes se parent de teintes turquoise et rose comme des rubans de soie flottant dans la brise marine, un spectacle visuel saisissant. Les eaux calmes reflètent la douce lumière matinale, créant un miroir où la ville semble se contempler. Nous roulons sur les quatorze kilomètres du tablier, nous passons sous les haubans. Quelques cordes de cette harpe géante s’impriment sur une photo. Le pont s’éloigne après une bonne dizaine de minutes sur l’eau. Nous sommes sur le continent. Tout au long du trajet, la végétation, riche de palmiers par milliers, se montre luxuriante. Sous le ciel malaisien, théâtral de temps à autre, des spectacles naturels se déploient avec magnificence. Des nuages moutonneux, telles des dentelles célestes, tapissent le ciel en motifs ondulants. Le soleil, voilé et majestueux, telle une flamme ardente, perce à travers les canevas nuageux, diffusant une lumière dorée qui baigne les silhouettes élégantes des palmiers. Ils se découpent en ombres chinoises. Leurs frondes gracieuses dansent doucement dans la brise. Des paroles de chansons défilent de temps à autre en anglais sur l’écran, comme Le silence éternel de la mer et Où es-tu maintenant. Patrick prend des notes. Nous passons sous un long tunnel avant de sortir de l’autoroute. Nous arrivons à Ipoh à onze heures trente. Nous passons devant l’hôtel Parlor. L’attrayante façade, imprégnée d'un parfum colonial, montre des volets à persiennes en bois patiné par le temps. Des colonnes d'un blanc cassé dévoilent leur élégance surannée. Une patine verdâtre caresse les murs, leur conférant une aura romantique. L'ensemble évoque une époque révolue, un charme suranné qui invite au voyage immobile.
Vingt minutes plus tard, Keith nous dépose devant l’entrée de l’hôtel Weil. Nous le remercions vivement. Le jeune et svelte Yi Tong nous accueille et nous attribue la chambre 937 qui sera prête à quatorze heures. Nous allons déjeuner au buffet Tiffin où Zhi Quan et Kaveesha nous accueillent. Jeya, une hôtesse de table, attentionnée et prévenante, nous informe sur les plats végétariens. Des militaires en treillis, malaisiens et américains, se restaurent au buffet, ajoutant une note inattendue à l'ambiance cosmopolite. Au moment du dessert, je bavarde avec un militaire de l’armée des États-Unis devant une des machines à café pendant que le nectar coule dans sa tasse. Il est venu dans un groupe tactique pour effectuer des exercices avec des militaires de l’armée malaisienne dans la perspective d’une attaque chinoise. Le canal de Malacca, de par son importance stratégique, explique également la présence militaire des États-Unis. Il est vital pour les importations énergétiques de la Chine et du Japon. Il constitue le passage le plus court entre la Chine et l’Inde, reliant également les économies majeures d’Asie à l’Europe et au Moyen-Orient. Situé entre l’île de Sumatra en Indonésie et la péninsule malaise, le détroit représente l’une des voies maritimes les plus stratégiques au monde. Long de près de mille kilomètres et large de trois à près de quatre cents kilomètres à son embouchure nord, il relie la mer d’Andaman dans l’océan Indien à la mer de Chine méridionale, permettant le transit de vingt pour cent du commerce mondial de marchandises. Près de cent mille navires empruntent annuellement le canal avec une congestion récurrente dans sa partie la plus étroite.
Je teste un café blanc, excellent, une spécialité malaisienne originaire de la ville d’Ipoh dans le Sultanat de Perak, tout en appréciant le dessert : de la glace vanille et chocolat avec deux bouchées de pâtisserie. Le café blanc est né au dix-neuvième siècle sous l’influence des migrants chinois. Il se distingue par sa méthode de torréfaction unique. Les grains de café sont torréfiés à basse température avec de l’huile de palme et du sucre, ce qui leur confère une couleur naturelle café au lait. Cette technique crée un café plus doux et moins amer que le café noir traditionnel, une caresse pour mon palais. Le mélange typique comprend des grains d’Arabica, de Robusta et de Liberica. Le café blanc d’Ipoh a gagné en notoriété lors de l’Exposition universelle de 2010 à Shanghai. Le mot sultanat va peut-être surprendre le lecteur. Perak est à la fois un état et un sultanat. Le Sultanat de Perak a été fondé au début du seizième siècle par le fils aîné du huitième Sultan de Malacca qui est devenu le premier Sultan de Perak après avoir survécu à la prise de la ville portuaire de Malacca par les Portugais en 1511. La présence portugaise à Malacca dura cent trente ans. Durant cette période, les Portugais firent de Malacca un point stratégique de leur empire d'Asie, contrôlant le détroit et une partie du commerce des épices. La ville passa ensuite sous contrôle néerlandais en 1641, après un siège de plus de cinq mois, marquant un tournant dans son histoire mouvementée. En 1824, un traité anglo-néerlandais définissait les sphères d'influence respectives des Britanniques et des Néerlandais dans la région, ce qui marqua la fin du contrôle néerlandais direct sur Malacca. De nos jours, Perak, le quatrième plus grand État de Malaisie, dont Ipoh est la capitale, reste une monarchie constitutionnelle au sein de la fédération de Malaisie avec un sultan qui en est le chef d'État. Perak est connu pour son héritage industriel lié à l'exploitation de l'étain qui joua un rôle important dans son développement historique.
Le buffet est animé. Quand nous le quittons à quatorze heures pour nous rendre à la réception, un groupe bruyant de convives arrive pour déjeuner. Manoah, un hindou courtois qui porte des lunettes rondes, nous délivre les cartes magnétiques de notre chambre. Nous montons au neuvième étage pour nous installer. La vue panoramique depuis la chambre embrasse une partie de la ville. Après quinze heures, nous sortons. Nous entrons dans le centre commercial Ipoh Parade sur la jalan Sultan Abdul Jalil, situé à deux pas de l’hôtel. La rampe inclinée est bordée d’un écrin luxuriant de becs de perroquet aux longues feuilles effilées. Les élégantes bractées rouge et jaune ressemblent dans la brise à des danseuses exotiques. Nous traversons le centre en flânant. Quand nous arrivons à la sortie du grand magasin Parkson, le temps s’est métamorphosé. La pluie tombe avec vigueur. Nous retournons dans le centre pour acheter chez Zus Coffee deux citronnades au miel. Toutes les tables étant occupées, nous allons siroter les boissons devant l’entrée du grand magasin. Je m’assois sur une marche en observant le ciel. Le tonnerre gronde, le vent souffle, les éclairs jaillissent, la pluie tombe en rafales, créant une symphonie naturelle captivante. L’objectif de découverte est différé. Nous retournons dans le centre commercial pour effectuer des courses au supermarché Jaya Grocer pour dîner dans la chambre. Shoobha nous accueille à la caisse. Elle me semble fatiguée et lasse, son visage reflétant la routine. Nous revenons ensuite tranquillement à l’hôtel. La pluie a cessé après sa présence soutenue durant plus d’une heure. En admirant deux tableaux devant les ascenseurs, je vois qu’un couloir commercial mène directement dans le centre commercial. Lors du dîner, je prends plaisir à savourer une mangue suave et bien mûre avec trois petites bananes et une savoureuse tranche de brioche fondante…



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