vendredi 7 février 2025

Jeudi 6 février 2025 - Voyage des Cieux aux Abysses à l'Ère des Dinosaures...

    Nous déjeunons à midi au restaurant végétarien The Leaf sur Lebuh [rue] Penang. Nous optons de concert pour une soupe de courge. Patrick savoure ensuite des pâtes à la courge. Je me régale avec une pizza à la pâte fine et croustillante. Les tables des deux salles sont toutes occupées. Les mets sont très appréciés. Après le repas, nous prenons la direction de Top Penang, repéré hier. Nous passons devant un temple chinois traditionnel dont la façade est flanquée d’un impressionnant escadron de bâtons d'encens géants décorés de motifs aux couleurs vives, disposés en rangées ordonnées. Ils dégagent une fumée entêtante dans la chaleur moite de l’air humide. Plus avant, à l’angle des rues Keling et Armenian, où des lanternes rouges dansent au-dessus des passants, je m’attarde devant une parade de pousse-pousse. Les sièges aux couleurs variées sont protégés par des ombrelles grandes ouvertes sous le soleil équatorial. Des bouquets de fleurs rouges apportent une touche romantique à ces tricycles d'un autre temps. Dans le croisement, à quelques pas, nous nous attardons devant deux œuvres d’art à l’entrée du temple Tokong Yap Kongs. La première, un majestueux panneau sculpté, orné de reliefs aux motifs ciselés dans la pierre grise, raconte des histoires ancestrales dans une danse figée. Des dragons sinueux et des créatures mythiques qui s'entrelacent dans les différents bas-reliefs me font penser à Angkor Vat. La seconde, une fresque, représente un coq céleste majestueux dans un paysage onirique chinois. Symbole du yang et de l'aube, il se dresse fièrement sur un promontoire rocheux. Son plumage aux teintes chaudes capture la lumière du Soleil doré. En arrière-plan, des montagnes brumeuses aux tons bleu-vert, qui se fondent dans les nuages, et des pivoines délicates, qui apportent une touche de grâce florale, évoquent ces paysages mythiques des anciennes peintures de la dynastie Song.

    Nous suivons la rue Armenian au chemin de ronde aérien embelli d’une enfilade de lanternes rouges. Nous cheminons sous les étroites arcades colorées et ombragées de cette rue sinueuse à l’architecture sino-coloniale caractéristique. Nous découvrons le parc du même nom qui jaillit de beauté dans ses décorations festives. Un spectacle enchanteur se déploie devant nous pour célébrer le Nouvel An Chinois. Des lanternes rouges suspendues, telles des lunes écarlates, aux franges dorées scintillant au soleil, dansent dans la brise en créant une voûte céleste vermillon au-dessus du parc. Je les apparente à des perles de rubis qui scintillent entre les branches verdoyantes des arbres. Des colonnes plissées et drapées de rose tendre, tels des piliers célestes, dévoilent des cascades de soie ornées de fleurs jaunes, rouges et roses qui semblent avoir été cueillies dans un jardin féerique. À leurs pieds, des bouquets éclatants mêlent les tons de framboise, de corail et de rose pâle. Une mascotte adorable, une créature fantaisiste, mi-panda mi-dragon, aux yeux expressifs, entourée d'une couronne de fleurs rose et rouge, veille sur ce jardin enchanté. Son expression joviale invite les promeneurs à partager un moment de magie. Sur un podium, une arche rectangulaire majestueuse, parée de motifs traditionnels rouges, ouvre ses passages sur un monde de mystère et de tradition.

    Plus avant, nous passons devant la boutique Hoe Pomar Traders ouverte sur la rue. Sous une bannière traditionnelle chinoise colorée qui surplombe la devanture, elle dévoile un capharnaüm poétique d'histoires cousues : des machines à coudre, Singer pour la plupart, vénérables témoins d'une époque révolue, s’entassent comme des sentinelles endormies. L'espace déborde d'un bric-à-brac presque artistique accumulé sur des étagères bancales. Nous arrivons au vaste complexe civique Tun Abdul Razak, plus connu sous le nom de Komtar, initié par le chef du gouvernement Lim Chong Eu en 1969 et conçu par son frère Lim Chong Keat. Il abrite notamment des bureaux gouvernementaux et des commerces. L’attrait du complexe réside dans son gratte-ciel de soixante-cinq étages, situé près de l’octopode et de l’hôtel Embassy. À l’entrée principale du parc à thèmes The TOP Penang, un lion doré rugissant à la stature imposante domine la large montée d’escalier aux marches peintes dans un dégradé de couleurs vives rappelant l'arc-en-ciel, allant du bleu au rose en passant par le vert et le violet. Nous pénétrons par un autre accès où un ascenseur nous élève au cinquième étage de la tour pour découvrir le parc à thèmes qui propose une vue panoramique à trois cent soixante degrés de la ville depuis le soixante-huitième étage, à quelque deux cent cinquante mètres au-dessus du sol. Nous payons moins de deux cents ringgits, soit un peu moins de quarante euros pour les deux billets. Nous nous dirigeons vers les ascenseurs du ciel. En chemin, nous passons à côté de Robert Wadlow qui porte des lunettes rondes et un costume trois-pièces de style rétro.

    Robert Pershing Wadlow, souvent appelé le Géant d'Alton, l'homme le plus grand ayant existé sur la Terre avec une taille confirmée de deux mètres soixante-douze centimètres à sa mort, est né le vendredi 22 février 1918 à Alton, dans l'Illinois, aux États-Unis. Sa taille exceptionnelle est due à une hypertrophie de l'hypophyse qui entraîna une production excessive d'hormones de croissance. Malgré cette taille exceptionnelle, Robert mena une enfance relativement normale. Il était un élève brillant et sympathique, surnommé le doux géant en raison de sa gentillesse. Il fréquenta le lycée d'Alton, rejoignit les scouts à treize ans. Après avoir obtenu son diplôme en 1936, Robert commença à travailler dans le cirque Ringling Brothers. Il devint très vite célèbre. Il collabora avec l'International Shoe Company, parcourant les États-Unis pour promouvoir leurs chaussures sur mesure, ce qui lui permettait d'obtenir des paires gratuites. Robert est décédé le lundi 15 juillet 1940 à l'âge de vingt-deux ans, à Manistee, dans le Michigan, des suites d'une infection causée par un appareil orthopédique mal ajusté. Ses funérailles attirèrent des dizaines de milliers de personnes. Une statue grandeur nature de Robert Wadlow se trouve aujourd'hui dans sa ville natale. Sa vie a inspiré de nombreuses œuvres, notamment des vidéos et des bandes dessinées. Robert demeure une figure fascinante dans l'histoire de l'humanité…

    Les décorations qui jalonnent le parcours vers les ascenseurs sont attrayantes et colorées. Je suis sous le charme d’un magnifique théâtre mécanique, un véritable joyau orné de détails raffinés d'une époque révolue, tel un palais miniature, qui me transporte dans l'univers enchanteur des foires de mon enfance. L'architecture baroque de la façade, rehaussée de bleu royal et d'or, s'orne de figures allégoriques gracieuses, d'angelots joueurs et de colonnes finement sculptées. Au centre, un orgue mécanique trône majestueusement. Des silhouettes féminines drapées, telles des muses de la musique, dansent dans leurs niches ornementales. Le décor est embelli par d'élégantes draperies rouges qui me rappellent les rideaux des grands théâtres. Une constellation de petites lumières au-dessus du théâtre crée un ciel étoilé en ajoutant une touche scintillante à l’ensemble qui compose un tableau animé où se mêlent nostalgie, émerveillement et poésie mécanique dans une invitation à voyager dans le temps à une époque où les automates, la musique de rue et l'art forain enchantaient les promeneurs dans les fêtes populaires.

    La montée dans le ciel se fait en douceur. Depuis le sommet du gratte-ciel, une vue panoramique embrasse l’île de Penang et George Town qui s’épanouit entre montagnes et bords de mer. Tel un tableau vivant, Penang se déploie comme une mosaïque fascinante où se mêlent passé et présent. Les toits de tuiles orangées des maisons traditionnelles s'étendent comme un tapis de terre cuite sous le soleil tropical, contrastant avec les gratte-ciel qui s’élancent vers un ciel parsemé de nuages altocumulus, lesquels donnent un effet surréaliste à la ville. La mer turquoise du détroit de Malacca enlace tendrement l'île, créant une lisière naturelle d'un bleu apaisant. L'architecture coloniale et les shophouses historiques racontent silencieusement la riche histoire de cette cité portuaire, tandis que les tours de verre et d'acier témoignent de sa modernité grandissante. Une shophouse est un bâtiment servant à la fois de résidence et de local commercial. Ce type de construction est courant en Asie du Sud-Est. L’avant du bâtiment est utilisé pour les activités commerciales, tandis que les autres parties sont à usage d'habitation. Ces maisons de commerce sont souvent alignées en rangées, formant des rues commerçantes avec des arcades qui créent un paysage urbain attrayant. Vu du ciel, les rues quadrillées dessinent une géométrie urbaine précise, comme les lignes d'un manuscrit ancien. Je vois nettement l’hôtel Embassy et les tentacules de l’octopus. Je renonce à marcher sur le rainbow skywalk, car le vertige s’annonce quand je plonge mon regard au travers du pont semi-circulaire en verre transparent qui surplombe en à-pic la ville. Depuis la plate-forme d’observation, nous voyons Silicon Island, une île artificielle en cours de construction au large de la côte qui couvrira une superficie totale de près de mille hectares. La construction a débuté et devrait s'étaler sur une quinzaine d’années.

    Après des instants entre ciel et terre, entre lumière et ombre, nous revenons au cinquième étage pour vivre un voyage dans un lointain passé, celui des dinosaures. L'entrée du Jurassic Research Center, baignée d'une lueur bleutée mystérieuse, s'ouvre comme un portail vers un monde perdu. Les lanternes rouges suspendues au linteau du chambranle oscillent doucement, comme pour nous avertir d’un danger qui pourrait surgir des profondeurs préhistoriques. Nous découvrons des dinosaures animatroniques de taille réelle. La préhistoire apparaît dans un rêve éveillé. Des créatures colossales animées nous transportent dans un monde où les gratte-ciels, qui surgissent du futur, viennent flirter avec l'ère jurassique. Un brachiosaurus majestueux dresse son long cou vers les cieux. Les silhouettes imposantes des dinosaures projettent des ombres menaçantes sur le sol. Plus inquiétant encore, un tyrannosaurus rex, roi déchu des prédateurs, se dresse dans toute sa puissance, ses muscles sculptés dans une peau écailleuse, ses mâchoires garnies de dents acérées semblant prêtes à déchiqueter sa proie. Son regard fixe et ses griffes menaçantes rappellent que ces créatures continuent de hanter le monde cinématographique. L’exposition en plein air crée une atmosphère où la fascination se mêle à une sourde appréhension, comme si à tout moment, ces titans préhistoriques pouvaient vraiment s'éveiller de leur sommeil millénaire pour reprendre possession de leur royaume perdu.

    Quand nous retournons à notre époque, nous arrivons dans un Luna park où des enfants s’amusent dans un monde enchanté de divertissements et de rêves aux couleurs vives et chatoyantes. À côté d’un ensemble de peluches d’éléphants dorés et marrons et de bébés dinosaures prêts à accueillir des enfants sur leur dos, je m’attarde devant un bus fantaisiste aux nombreuses lucarnes carrées, tels des portails magiques, aux encadrements jaune vif. Des diyas, des lampes traditionnelles, et un décor tropical ornent les flancs de ce minibus à l’impérial marron glacé. Plus avant, comme souvent, je suis ébloui par un carrousel majestueux. Sous une couronne d'aigles dorés et de lumières scintillantes, des chevaux blancs, des coqs aux plumes turquoise, des cerfs et autres animaux captivants attendent les enfants pour tourner dans une danse d'émerveillement, sans fin de par le monde. Nos pas nous mènent ensuite au niveau inférieur pour découvrir le Penang Boutique Aquarium, un aquarium tropical qui présente une variété de poissons et de créatures marines. Divers petits aquariums présentent de la vaisselle en porcelaine aux coloris variés qui repose sur un lit de petits cailloux nacrés. Dans l’un d’eux, les motifs de poissons peints sur la théière et les bols semblent prendre vie grâce aux habitants de l'aquarium qui nagent autour. Autre part, des poissons orangés, pareils à des lanternes de soie flottantes, glissent majestueusement dans l'eau cristalline. Plus avant dans le labyrinthe de couloirs et de placettes, des cylindres de verre majestueux, habités par des poissons dansant dans une eau turquoise, s'élèvent comme des totems cristallins. Des néons bleus dessinent des lignes de vie électriques sur les murs, tels des électrocardiogrammes qui pulsent comme le rythme d'un cœur océanique. Autre part, je me vois à Angkor Vat avec un décor qui évoque les ruines des temples. Entre deux aquariums, les branches noueuses d’un arbre aux racines aériennes s'agrippent aux pierres patinées. Le long du parcours, une allée enchantée se dévoile avec des lanternes rouges qui flottent parmi le feuillage verdoyant, telles des lucioles géantes dans le crépuscule. Dans tout ce ballet aquatique, les habitants de quatre aquariums retiennent particulièrement mon attention. Une murène léopard, tel un long ruban de soie moucheté, ondule gracieusement dans sa danse solitaire. Sa peau nacrée, parsemée de points sombres, capture la lumière comme une constellation marine. Une écrevisse bleue se dresse fièrement devant moi, ses pinces levées tels les bras d'un danseur de ballet, ses antennes traçant des arabesques délicates dans l'eau ; sa carapace azurée scintille comme du cristal sous les reflets aquatiques. Une raie, parée d'une robe de velours noir constellée de points dorés, repose sur un lit de galets bleus comme un joyau précieux sur un coussin de saphirs. Un cortège de poissons argentés évolue en formation harmonieuse, leurs écailles chatoyantes reflétant des nuances de vert et de gris perle. Tels des sprites mythologiques aquatiques dans leur palais sous-marin, ils dansent leur chorégraphie silencieuse devant un décor de roches moussues. Quand nous revenons sur la terre ferme, je me dis que cette symphonie aquatique rappelle que sous la surface des eaux se cache un monde où chaque créature est une artiste et un poète enchanteurs.

    Nous quittons le complexe Komtar après l'achat de pommes et de raisins dans son supermarché. Nous décidons d’aller nous désaltérer chez Jesse et Tristan. Nous traversons l’octopode. En sortant de l’ascenseur au niveau supérieur, mon regard est attiré par une silhouette étendue, un homme hindou entre deux âges qui se repose à même le carrelage de la passerelle de transit. Ses paupières closes s'entrouvrent soudain. Nos regards se croisent dans un instant d’éternité. Je décèle une flamme de quiétude dans son regard tel l'éclat tranquille de celui qui a fait la paix avec les tempêtes. Une onde de tendresse irradie dans ma poitrine et je ressens un élan d’amour pour lui. Ce bref échange muet me susurre que l'amour se révèle dans l'infime. En chemin, nous avançons sous d’étroites arcades colorées en enfilade. Nous nous attardons devant le Grand Swiss Hotel où Mr. Bean, Marilyn Monroe et la Joconde participent à l’accueil de la clientèle dans une trilogie d'art mural iconique et inattendue. Mr. Bean, juché sur une bicyclette bleue, s’éloigne en pédalant avec son expression espiègle comme s'il venait tout juste de faire une de ses facéties légendaires. Arrivés à destination, nous entrons au café Mugshot pour des instants de détente. Nous optons de concert pour un smoothie à la banane que nous assortissons d’une douceur achetée à deux pas chez Rainforest. Patrick trouve sous la table un billet de cent ringgits, un présent déposé par Eutychia, la déesse de la chance. Nous retournons ensuite à l’hôtel en donnant la préférence aux zones ombragées. En chemin, nous entendons un appel à la prière lancé depuis le minaret de la mosquée Kapitan Keling. De retour à l’hôtel, l’entrée de la suite est bloquée par le bras à coulisse de l’entrebâilleur rigide de la porte. Patrick fait appel à deux agents de la maintenance qui sont au fond du couloir. L’un des deux enlève les deux vis de fixation pour libérer le passage. Comment le bras, cet acteur de l’inattendu, s’est-il rabattu horizontalement sur son ergot pour interdire l'accès sans personne à l’intérieur ? Une première depuis que nous voyageons…































































































































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