lundi 24 février 2025

Dimanche 23 février 2025 - Sur les pas de Jim Thompson aux Cameron Highlands…

    Dans le hall d'entrée de l’hôtel Weil, nous attendons la voiture louée sur le site de Booking. Les dix heures passent. Nous montons à bord de la Proton Saga gris anthracite de Jerry qui va nous conduire aux Cameron Highlands. La jungle primaire est notre compagne le long de la route sinueuse aux plus de deux cents courbes des verdoyantes collines menant à Tanah Rata. Nous passons devant le Hobbiton Perak, une nouvelle attraction touristique qui fait partie de l'initiative Visit Perak 2024. Cette attraction, similaire à celle du célèbre Hobbiton de Nouvelle-Zélande, s'inspire du monde fantastique de John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973) et du village des Hobbits de la saga Le Seigneur des Anneaux. Elle propose aux visiteurs une expérience thématique immersive dans un décor spectaculaire rappelant la Terre du Milieu, entouré par les montagnes verdoyantes et brumeuses des Cameron Highlands. Régulièrement le long du trajet sinueux entre Ipoh et Tanah Rata, des gerai et des warung se dévoilent, émergeant comme des oasis au bord de la route. Ces petits comptoirs et ces échoppes temporaires, nichés dans les replis verdoyants des collines, proposent à la vente de la nourriture, des boissons et des produits locaux. Plus en altitude, nous voyons des serres par milliers, impressionnantes par leur taille et leur omniprésence. Ces vastes infrastructures agricoles dominent et tapissent le paysage montagneux de cette région malaisienne. Ces serres, gigantesques pour certaines, parfois en équilibre sur les pentes, sont utilisées pour la culture de légumes, de fleurs comme les orchidées, de fruits comme les fraises qui sont cultivées hors-sol sur plusieurs étages avec des systèmes d’irrigation automatisés. Patrick voit une personne qui transporte des choux dans une brouette. Ces méthodes de culture intensive sont adaptées au climat frais et humide des Highlands situées à environ mille cinq cents mètres d’altitude. Les hauts plateaux bénéficient d’un climat tempéré avec des températures moyennes de dix-huit degrés, idéales pour l’agriculture.

    Nous arrivons à midi tapant à Brinchang. Nous sommes maintenant dans l’État de Pahang. Jerry nous dépose devant l’entrée de la Cameron Lavender Mansion qui s’épanouit dans un château de conte de fées. Ouvert il y a deux ans, il me rappelle, en plus petit, celui de Louis II de Bavière à Neuschwanstein. Amy nous accueille. La suite junior sera prête à quatorze heures trente. Nous allons déjeuner. Wani nous accueille au restaurant. Elle parle quelques mots de français. Après le repas, composé d’une soupe de tomate et de spaghettis aux champignons, nous montons nos bagages dans la chambre. Un peu plus tard, nous partons sur les pas de Jim Thompson le dimanche 26 mars 1967, le jour de Pâques. Nous arrivons devant l’église anglicane All Souls, fondée en 1958 et consacrée un an plus tard pour commémorer les soldats morts pendant les deux guerres mondiales. En décalage temporel, Jim Thompson assiste à la messe de Pâques dans cette église avec ses hôtes, le Dr Tien Gi Ling et sa femme Helen, ainsi que son amie Connie Mangskau. Après la messe, ils vont aller pique-niquer. Jim a disparu plus tard dans l’après-midi lors d’une promenade solitaire. Cette disparition reste un mystère non résolu, sauf dans mon roman Apavudia Flânerie sur Terre, à paraître.

    Nous prenons ensuite la direction du Cameron Highlands Resort pour nous offrir une parenthèse coloniale de l'époque britannique et vivre un thé de l’après-midi au Jim Thompson Tea Room. Les Cameron Highlands tirent leur nom de William Cameron, un arpenteur britannique qui découvrit la région en 1885 lors d'une expédition cartographique. Quarante ans plus tard, Sir George Maxwell enregistra officiellement la découverte de Cameron et développa la zone comme station de montagne. Le Cameron Highlands Resort a été construit comme une extension d'un cottage existant datant des années trente. L'architecture actuelle de style colonial britannique remonte aux années soixante-dix. Pour éviter de monter les nombreuses marches plutôt raides de l’entrée de l’hôtel, nous passons par le spa de plain-pied. Nous suivons des couloirs, au carrelage composé de petites mosaïques gris clair, parcourus de deux frises gris foncé au design géométrique. Ils sont bordés d’arches en enfilade, des silhouettes grises qui s’ouvrent sur la végétation luxuriante apprivoisée et sur des bassins où des carpes koï, telles des flammes liquides, dansent un ballet aquatique. Shahed nous accueille. L’élégant salon de thé Jim Thompson à la décoration très british, à l'esprit colonial britannique, se marie harmonieusement avec le raffinement asiatique. Tout en offrant une vue apaisante sur la végétation luxuriante des hauts plateaux malaisiens, les grandes baies vitrées drapées de voilages diaphanes et vaporeux laissent filtrer la lumière naturelle qui caresse le parquet en bois aux nuances chaudes et aux reflets ambrés. Le plafond rythmé de poutres sombres structure l'espace, tandis que des colonnes blanches classiques le ponctuent avec grâce. Disposés sur des tapis persans aux couleurs discrètes, les fauteuils en rotin tressé, garnis de coussins aux motifs floraux, les bergères en cuir havane, invitent à la détente. Les appliques murales diffusent une lumière dorée et chaleureuse, créant une atmosphère intime et feutrée avec les lampes posées sur des guéridons circulaires. Témoin silencieux du temps jadis, un phonographe dévoile son charme sur un socle de bois sombre. Sa trompe dorée rêve de mélodies oubliées, de voix murmurées. Les serveurs en vestes blanches glissent silencieusement entre les tables, portent des plateaux d'argent garnis de théières fumantes et de délicates pâtisseries, dans une chorégraphie parfaitement orchestrée qui évoque l'âge d'or des maisons de thé coloniales. Nous prenons place sur un spacieux canapé duo. Pendant la préparation de la commande, je me promène dans le salon de thé et je prends des photos. Je m’attarde avec plaisir devant trois portraits de Jim Thompson dont l’un d’eux rappelle qu’il fut le Roi de la Soie. Dans les minutes suivantes, une élégante présentation de thé à l'anglaise se déploie sur une table. La pièce maîtresse, un présentoir à trois étages, s'élève avec majesté : au sommet, des petits gâteaux colorés couronnent l'ensemble, suivis de sandwichs carrés au pain de mie, et à la base, des scones dorés accompagnés de leurs atours coutumiers et de fraises écarlates des Cameron Highlands. La porcelaine blanche, théières ventrues, tasses et soucoupes assorties, brille doucement sous la lumière tamisée des appliques murales. Une touche de poésie s'invite avec un œillet rose pâle dans son petit vase blanc effilé. Nous nous laissons envelopper par la douceur de l’instant présent. Le temps s'écoule avec langueur, sans hâte, propice à la rêverie.

    Mes pensées s’envolent vers Jim Thompson, cet homme énigmatique dont j’ai longuement exploré la vie lors de mes recherches approfondies sur son parcours fascinant pour résoudre l’énigme de sa disparition. Il est devenu une présence familière, un ami intemporel. En ces instants suspendus dans le cadre feutré du Jim Thompson Tea Room, je ressens une connexion profonde avec cet esprit intrépide qui a marqué l’histoire des Cameron Highlands, celle de Bangkok et au-delà. Dans une évasion intérieure, mes pensées se perdent dans le fabuleux déroulement de sa vie : architecte du renouveau de la soie thaïlandaise, explorateur des cultures asiatiques et personnage central dans bien des situations singulières. Je ressens une douce gratitude pour avoir croisé son chemin en 2016 dans un décalage temporel fascinant. Après une centaine de minutes de plénitude, nous prenons le chemin du retour. En moi, demeure une résonance subtile : l’empreinte d’un homme qui a su marier audace et raffinement dans un monde en perpétuel mouvement…









































































































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