lundi 17 février 2025

Dimanche 16 février 2025 - Les énigmes de la passerelle des langurs sur la colline de Penang...

    Nous déjeunons à midi au restaurant italien Via Pre qui propose un voyage culinaire au cœur de l’Italie. À l’intérieur, l’atmosphère est feutrée et élégante. Ali, un séduisant serveur hindou, nous accueille. Nous commandons deux soupes aux champignons et céleri. Il nous dit qu’une soupe est suffisante pour deux. Nous ajoutons deux ragoûts de rigatoni végétariens. Je me promène dans le restaurant et je prends des photos. Le bar, pièce maîtresse de la salle, brille sous des lampes suspendues en forme de cylindre en aluminium brossé noir, jaune à l’intérieur, aux perforations circulaires de différentes tailles d’où jaillit la lumière. Une mosaïque de vitraux colorés derrière le comptoir ajoute une touche artistique. Le sol en damier noir et blanc contraste avec les murs ornés de tableaux, d’une roue de gouvernail, d’objets décoratifs et d’ardoises où s’affichent à la craie des suggestions. De petits tableaux expressifs sur les murs apportent une touche humoristique qui souligne l’ambiance italienne. Les gestes et les expressions de chaque portrait font référence à des clichés et des stéréotypes sur les Italiens. Le chef italien vient bavarder un instant avec nous. Il nous demande d’où nous venons ; lui parler d’Aoste l’enchante.

    Après un délicieux repas, nous retournons à l’hôtel où, dans les minutes suivantes, nous montons à bord d’une voiture Proton Saga grise. Daniel Wong nous conduit au funiculaire de la colline de Penang. Nous roulons devant le manoir Goh Choon Lai, en ruine, situé sur la route Sultan Ahmad Shah, à côté du Old Protestant Cemetery, près de l’hôtel Eastern & Oriental. Plus avant, le long de la jalan Air Itam, nous passons devant l‘élégante mosquée d'État de Penang, la Masjid Negeri Pulau Pinang, aux atours blanc et bleu clair, aux bulbes dorés, de petites tailles dans la spectaculaire enceinte. Nous arrivons à destination à treize heures quarante-cinq. Le parcours étant connu, nous parvenons à la station haute du funiculaire quinze minutes plus tard. Nous prenons la direction de Habitat Penang Hill. Nous payons quatre-vingts ringgits pour accéder au Langur way canopy walk, la passerelle la plus longue de son type dans le monde avec une structure de pont à double portée en ruban tendu qui surplombe la canopée de la jungle équatoriale. Un macaque crabier à longue queue, assis sur une barrière métallique en train de grignoter, indique d’une patte posée sur un panneau rouge la direction de la passerelle. En chemin, nous admirons deux fresques qui célèbrent l’enfance dont une qui représente un jeune garçon souriant, vêtu d'un costume traditionnel en soie verte à la veste au col mao traversée par une écharpe à carreaux. Il tient un feu de Bengale allumé dans une main et plusieurs feux d'artifice dans l'autre. La joie au cœur, nous foulons la passerelle. Une vue imprenable sur la jungle, riche d’une grande variété de flore et de faune, y compris des singes et des animaux sauvages, s’offre à nos yeux émerveillés. La canopée s'étend à perte de vue, tel un océan émeraude ponctué d'explosions de nuances de vert. Chaque pas est une découverte. Nous distinguons des orchidées sauvages, accrochées comme des bijoux aux branches noueuses. Nous apercevons furtivement le vol gracieux d'un calao. Des papillons aux ailes irisées virevoltent dans une danse silencieuse. Des fougères géantes s’élancent dans le ciel. Patrick entend le bruissement des feuilles, les chants d’oiseaux et les murmures du vent. Les arbres chuchotent entre eux dans une langue oubliée.

    Sur la première plateforme circulaire qui jalonne le parcours, contre toute attente, Patrick arrête son pas devant un carnet en cuir patiné. Il le ramasse et l’ouvre. Nous découvrons diverses énigmes écrites à l’encre noire.  Nous lisons la première : Je suis ce qui relie les cimes des arbres, un fil tendu entre deux mondes, je ne suis ni racine ni branche, mais sans moi, tu ne pourrais avancer. Qui suis-je ? Nous échangeons un regard avant de répondre à l’unisson : la passerelle ! Encouragés par notre succès, nous tournons la page. La seconde énigme paraît plus complexe : Je suis caché là où l’ombre danse, sous une étreinte végétale immense, regarde là où le soleil ne peut briller et tu me trouveras. Nous nous prenons au jeu et nous scrutons les environs tout en admirant le paysage. Plus avant, je remarque une cavité sombre dans un tronc d’arbre sectionné qui se dresse près du garde-fou. J’approche prudemment ma main et je découvre un petit médaillon en argent, gravé d’un motif mystérieux représentant un arbre aux racines et branches entrelacées. À l’intérieur du médaillon se trouve un petit morceau de papier plié. Je le déplie avec précaution. Nous  découvrons une nouvelle énigme : Je suis le gardien des secrets anciens, figé dans le temps mais vivant dans l'esprit. Si tu veux avancer, cherche-moi là où l'histoire s'écrit dans des anneaux incomplets. Patrick et moi échangeons un regard intrigué. Nous remettons le médaillon à sa place et, tout en cheminant, nous scrutons attentivement les environs à la recherche d’un indice. Nous arrivons au milieu de la passerelle rejointe par un bras venant du chemin qui sinue en parallèle. Patrick remarque la présence d’un bananier dont les régimes sont semi-circulaires. Ils ressemblent à des anneaux incomplets. Nous cherchons l’indice. Mon regard se pose à gauche des bananes sur une longue bractée florale séchée. Patrick tend le bras et trouve ce qui ressemble à un petit parchemin discrètement suspendu, de la même couleur que la bractée. Nous le déplions délicatement et nous lisons : Regarde au-delà des apparences, là où le gardien des secrets anciens accueille une rosette végétale. Patrick remet le parchemin à sa place et nous promenons notre regard. Mon attention est attirée par un proche tronc d’arbre sectionné visible à l’angle des deux plateformes. Ce tronc pourrait être le gardien des secrets anciens et la fougère nid d'oiseau qui vit sur les cercles de croissance incomplets pourrait abriter l’indice suivant au cœur de ses longues feuilles rayonnantes. Nous nous approchons du tronc. Patrick glisse sa main au cœur de la rosette. Sous un nuage de mousse épaisse et légèrement humide, ses doigts rencontrent une petite boîte métallique à la surface froide et lisse. Il s’en empare délicatement. Elle est ornée d’un motif gravé représentant un arbre dont les racines et les branches s’entrelacent, rappelant le médaillon trouvé plus tôt. Nous ouvrons la boîte avec précaution. À l’intérieur se trouve un autre petit parchemin roulé. Patrick le déroule lentement. Un ultime message se révèle : Félicitations, voyageurs des cimes ! Vous avez suivi le fil des énigmes jusqu’à leur conclusion. L’arbre aux racines et branches entrelacées symbolise l’union du passé et du présent, de la terre et du ciel. Tout comme le  temps est le fil invisible qui relie toutes choses dans cette jungle, vous avez relié les indices pour découvrir ce message, tel un trésor caché. Mais le véritable trésor n’est pas ce que vous tenez entre vos mains, mais le chemin parcouru et les merveilles observées autour de vous. Continuez à explorer, à chercher et à admirer la beauté qui vous entoure. Continuez votre chemin de vie et souvenez-vous : ce n’est pas toujours ce que l’on voit qui compte, mais ce que l’on ressent au plus profond de soi. Nous échangeons un regard émerveillé, émus par ces mots qui résonnent profondément en nous. Patrick referme doucement la boîte et la remet à sa place sous le nuage de mousse pour permettre à d’autres aventuriers de vivre cette quête magique. Nous reprenons notre marche sur la passerelle, le cœur léger, emportant avec nous non pas un objet précieux, mais une expérience inoubliable gravée dans nos mémoires.

    La passerelle se termine par des montées d’escaliers. Nous revenons sur nos pas et, sur la première plateforme circulaire, Patrick en profite pour poser au sol le carnet en cuir patiné. Je vois deux singes assis sur une haute branche de la vaste ramure d’un arbre. Il me semble que les colobes bavardent. Mon imagination entend des bribes de leur conversation : « « As-tu vu ces humains en bas ? Toujours à nous observer ! » « Oui, mais tant qu'ils ne montent pas dans nos arbres, ça me va. » « Ils ignorent qu’il y a un léopard juste sous leurs pieds en contrebas » « Passons au prochain arbre, il y a de jeunes feuilles là-bas ! » Revenus à notre point de départ, nous suivons le chemin ombragé qui sinue en parallèle de la passerelle. Plus avant, je vois un chien qui se prélasse sur le bras qui la relie. Nos regards se croisent. Par endroits, des balançoires invitent au farniente. En contrebas dans la végétation luxuriante, j’en vois une installée sur une plateforme en bois entourée de rambardes métalliques grillagées. De-ci de-là, des fleurs aux couleurs vives se laissent admirer. Nous arrivons au Curtis crest tree top walk, une passerelle circulaire surélevée qui offre une vue panoramique à 360 degrés sur la jungle environnante. Nous renonçons à vivre cette expérience sur la cime des arbres devant les innombrables marches d’escalier à grimper. Par endroits, des papillons voltigent. Je parviens à photographier un Caria mantinea ou Tiger patch, un papillon reconnaissable à ses ailes aux motifs complexes, principalement orange et blanc, avec des marques noires qui rappellent le pelage d'un tigre. Le long du chemin, des fougères dévoilent leur magnificence épanouie. Par endroits, d’immenses rochers nous surprennent. Nous arrivons au terme de la promenade dans la jungle. Ahmad nous accueille au café restaurant Kommune où nous sommes entrés lors de notre première venue sur la colline. Nous nous offrons un temps de détente gourmande. Nous savourons chacun une part de forêt noire aux ingrédients fantaisistes, tout en sirotant un thé. Nous revenons ensuite par le même chemin tout en accélérant le pas. L’heure du rendez-vous pour le retour à George Town approche, elle aussi, à grands pas.

    Un peu avant dix-sept heures, nous montons à bord de la voiture Perodua Alza d’Eric. Une trentaine de minutes plus tard, il nous dépose près du Zus Coffee où nous sirotons une citronnade au miel. Plus tard, sur le chemin du retour à l'hôtel, un chat fauve, écho du léopard des singes, laisse échapper un grondement presque félin, ses yeux, deux émeraudes vives, nous transperçant du regard…

 













































































































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