vendredi 28 février 2025
Pensée du jour
Jeudi 27 février 2025 - Une ruelle enchantée dévoile une galerie vivante ornée d’œuvres d’art...
Un exercice pratique d'urgence dans l’hôtel en fin de matinée diffère le déjeuner à midi trente. Alors que les exercices d'urgence sur les navires deviennent de plus en plus rares, je m’interroge sur la pertinence d’effectuer des exercices de sauvetage dans un hôtel. Un grand X a été dessiné sur les portes des chambres inoccupées. Jess nous accueille au buffet et nous mène dans le carré où nous pouvons nous installer. La salle sera occupée par des pompiers et une nuée de femmes portant l’hijab. Je vois les mots Bomba Malaysia sur le dos des tee-shirts des hommes en tenue. Le mot bomba provient du portugais bombeiro qui signifie pompier. Après le repas, nous montons sur le toit de l’hôtel pour prendre quelques photos du panorama urbain.
En début d’après-midi, nous marchons dans les rues. Des gouttes de pluie nous escortent. Des rayons de soleil filtrent à travers les nuées. Près de la mosquée Panglima Kinta que nous allons découvrir, nous traversons une galerie vivante. Nous cheminons dans une ruelle enchantée ornée d’œuvres d’art sous forme de fresques colorées. Ces peintures, un kaléidoscope de peintures vibrantes, certaines récentes et d'autres patinées par le temps, sont nées il y a une dizaine d’années sous l’impulsion d’Eric Lai, un artiste et professeur d’Ipoh. Les thèmes incluent l'unité, la culture, la vie quotidienne, l’enfance et les festivals malaisiens. La pluie qui intensifie sa mélodie gêne la prise de photos. Je tiens l’ombrelle du mieux possible pour protéger l’iPhone. Les ruelles adjacentes, également parsemées d'œuvres, tantôt joyeuses, tantôt réflexives, forment un labyrinthe artistique, transformant les murs ternes en toiles géantes qui célèbrent l'âme créative d'Ipoh.
Sous le ciel capricieux, la mosquée Panglima Kinta, entourée par les murmures du fleuve Kinta et par les bruissements des feuillages des arbres, se dévoile comme un poème sculpté dans la pierre, mêlant l'élégance coloniale britannique aux arabesques des motifs moghols et néoclassiques. Nous nous abritons sous la terrasse couverte d’une aire de restauration fermée pour prendre des photos. Un chat noir et blanc vient vers nous en miaulant. Il suit Patrick. Les deux minarets élancés de la mosquée, qui encadrent le dôme bleu éclatant, semblent dialoguer avec les nuages. Les murs blancs racontent une histoire d'amour : celle d'un homme, Datuk Panglima Kinta Muhammad Yusuff, qui fit ériger ce sanctuaire en 1898 à la mémoire de Saaidah, son épouse bien-aimée. Les arcs en fer à cheval, surmontés de dentelles de pierre, apportent une note romantique. À quelques pas, un cimetière couvert à la toiture en tôle bleu lavande, entouré de grilles blanches ajourées, nous étonne. Un tel cimetière est absent de nos souvenirs. Un chat noir et blanc, gardien involontaire, déambule parmi les stèles, ajoutant une touche de vie à ce lieu empreint de silence. Selon les rites funéraires musulmans, les défunts sont enterrés allongés sur le côté droit, avec le visage tourné vers La Mecque. Cette orientation symbolise l’attente de la résurrection et le retour à Dieu. Nous sortons du cimetière et nous quittons le site de la mosquée. Dans la rue, je vois un vieil homme accroupi sous une arcade, vêtu d’un polo rouge rayé et d’un short bleu, les cheveux argentés attachés en queue de cheval, qui tient un récipient blanc. Il distribue de la nourriture à six chats des rues aux pelages bigarrés. Confiants, ils mangent avec avidité. Chacun de ses gestes est empreint de douceur. Une poésie infinie se dégage de ce tableau. Cet homme incarne la tendresse, une humanité discrète et lumineuse.
En face de la mosquée, près de la rivière Kinta, l’Association des tenanciers de cafés de Perak se dresse comme un temple de la tradition et de la culture du café. Nichée dans un bâtiment blanc au charme désuet, cette association incarne l'histoire des kopitiams, ces cafés emblématiques qui ont vu naître le célèbre café blanc d'Ipoh, torréfié avec soin pour offrir une boisson légère, riche en saveurs. Kopi signifie café en malais et tiam veut dire magasin en dialecte hakka. Sur les murs extérieurs, je regarde des fresques qui capturent l'essence de cet art ancestral : un barista concentré devant sa machine à café, une tasse de café blanc ornée d’un cœur de crème et un torréfacteur en pleine action.
Nous allons vivre un temps de détente dans un salon de thé repéré durant la promenade. En chemin, nous passons sous des arcades pour nous abriter de la pluie qui tombe de façon discontinue. Nos ombrelles sont les bienvenues quand le rythme des cataractes s’intensifie. L'enseigne indique Oriental tea & Food ainsi que des caractères chinois. Derrière la façade bleue patinée au charme colonial, ornée de plantes qui encadrent l'entrée où deux lanternes chinoises jaunes avec des caractères rouges sont suspendues, le salon de thé Seong Man dévoile un intérieur chaleureux. Le comptoir coudé est fait d'un beau bois foncé avec des vitrines exposant des accessoires de thé. D’autres vitrines en bois présentent une variété de vases et des théières créatives colorées. Les murs blancs décorés de cadres, de sinogrammes et de calligraphies indiquent que le salon est tenu par des Chinois. Les tables et le mobilier en bois foncé, dont un scriban, me donnent la sensation que nous sommes chez un antiquaire. Une musique douce se laisse entendre. Nous sirotons de la citronnade au miel accompagnée de cheesecakes. Nous revenons ensuite à l’hôtel par un chemin détourné qui nous offre de marcher sous la canopée suspendue à la géométrie aérienne…

