samedi 8 mars 2025

Vendredi 7 mars 2025 - Promenade enchanteresse aux Jardins botaniques Perdana...

    La salle du petit déjeuner est envahie par les Hindous. Un homme à la table voisine bavarde avec animation tout en gesticulant comme un maître de cérémonies. Sa voix sonore se répand tel un tsunami exalté. Le coin végétarien a été détrôné par le coin hindou. L’effervescence s’empare des convives. Une assiette très remplie échappe d’une main et se fracasse au sol à grand bruit. Les serveurs lèvent les couvercles de tous les plats chauds pour pallier cet incident qui se répète. Les mains sont trop chargées. Des couverts chutent dans un fracas retentissant. Les Hindous, majoritairement tous pressés, et peut-être tous à la bourre, vont-ils participer à un congrès de la gourmandise ? Certains mangent en se déplaçant, avec leurs doigts plongés dans les aliments de leur assiette comme s'ils étaient dans un défi culinaire. Le brouhaha des conversations éclipse le fond musical, transformant la salle en une scène de Bollywood. Nous sommes en Inde. Contrairement aux musulmans, éclipsés pour un mois, qui sont effacés et introvertis, les Hindous, en vêtements colorés et rutilants, sont expansifs et extravertis.

    Nous déjeunons à midi chez Organic Vegetarian. Après le repas, nous effectuons des courses pour le dîner au supermarché du centre Pavilion. Je m’attarde devant divers récipients en verre et métal doré qui sont disposés sur d’élégants socles décoratifs, qui me font penser à des sabliers, ornés de courbes élégantes et d'une patine cuivrée évoquant la richesse du temps passé. Sous des couvercles transparents, ils contiennent une variété d'aliments dont des fruits secs, des oléagineux et autres délices. Viveg, un gaillard hindou jovial, nous accueille à la caisse. Nous allons ensuite chez Lavender pour acheter quelques viennoiseries. Khoo, une jeune fille gracile, glisse chaque article dans un sachet individuel avant de procéder à l’encaissement. Nous retournons à l’hôtel.

    À treize heures trente, nous montons à bord de la  Perodua Ativa bleu vif métallisé de Jia, un Chinois qui a tapissé la plage du tableau de bord d’artefacts religieux et folkloriques. Il nous dépose quinze minutes plus tard devant une des entrées des Jardins botaniques Perdana, le plus ancien et le plus grand parc public de Kuala Lumpur, qui s’étalent sur un vaste espace vert de près de cent  hectares. Créés en 1888 durant l'ère coloniale britannique par Alfred Venning, le trésorier d'État de Selangor, avec l'approbation de Frank Swettenham, le représentant officiel britannique, les jardins abritent une grande variété de plantes, notamment des orchidées, des fougères, des palmiers et des bambous. L’accès à ce paradis équatorial est gratuit. Deux chats profitent de l’ombre devant la guérite vide de l’entrée. Après quelques pas, nos regards se posent sur le Sunken Garden, une oasis de beauté et d'harmonie. Niché dans une cuvette naturelle, ce jardin circulaire enchante par ses haies méticuleusement taillées et ses motifs symétriques qui évoquent l'élégance des jardins à la Française. Les haies forment des arabesques délicates, guidant le regard vers le centre du jardin où une fontaine au design étoilé d'inspiration andalouse s’est assoupie sous les ardents rayons du soleil. Des pots blancs surélevés veillent sur cet espace paisible, leur blancheur éclatante contrastant avec le vert et le pourpre des plants horizontaux. Aux allées pavées en croix, nous préférons la tonnelle circulaire ombragée aux colonnes blanches qui soutiennent un treillis couvert de feuillage, filtrant la lumière et projetant des motifs créatifs sur le sol en pierre. Les bancs en fer forgé offrent de s’asseoir pour s'imprégner de la quiétude environnante. Nous suivons un canal qui mène au tasik Perdana [lac Premier]. L’eau verte, miroir vivant des feuillages, est traversée par deux ponts élégants au tablier incurvé. Des jets d’eau, des passerelles et d’élégantes rambardes en bois, des cascades, participent au charme de la promenade. Un couple de jeunes mariés effectue des séances de photos avec un professionnel. 

    Nous arrivons devant le Laman Perdana, une somptueuse canopée ondulante de verre et de métal doré éclatant, aux courbes audacieuses, qui évoque les feuillages luxuriants d’une forêt surréaliste. Ses formes fluides et géométriques dansent avec la lumière du Soleil, projetant des ombres mouvantes sur le sol pavé, tandis que les arbres soigneusement intégrés au design semblent jaillir du cœur même de la structure. La canopée, qui incarne une poésie visuelle où chaque détail semble pensé pour célébrer la beauté, est un théâtre ouvert où l’architecture devient un écho de la nature environnante. Cette œuvre audacieuse, aux piliers élancés, s'élève comme une couronne végétale au cœur du parc. Nous nous promenons sous cette immense cape de verre aux motifs triangulaires où chaque élément dialogue avec son environnement. Les jeux de lumière, filtrés par les panneaux translucides, créent une ambiance féérique où les ombres des branches se mêlent à celles des structures métalliques dorées. Les courbes gracieuses de la canopée rappellent les nervures des feuilles équatoriales, amplifiant cette impression d’harmonie avec la végétation luxuriante. Vue de dessous, la structure révèle toute sa magistrale complexité dans un entrelacement précis de triangles et de losanges. Au centre, des arbres majestueux s’élancent vers le ciel pour souligner l’union entre l’homme et la nature. Une ouverture circulaire au cœur de la canopée offre à un arbre épanoui de se déployer dans sa magnificence. La canopée, véritable prouesse d'ingénierie, témoigne d'une vision où l'architecture invite la nature à la magnifier.

    Nichée sur une île, la Bamboo Playhouse se laisse admirer. Ce pavillon de bambou conçu par Eleena Jamil, cette ode à la nature et à l’architecture vernaculaire malaisienne, mélange harmonieusement tradition et modernité. Inspiré des structures wakaf des villages malais, il se compose d’une trentaine de petites plateformes suspendues à des hauteurs variées qui forment un paysage tridimensionnel ludique et aérien. Surmontée d’une charpente en bambou, chaque plateforme est soutenue par des colonnes évoquant des arbres. Des cabanes, sous forme de paniers suspendus, enrichissent cette création à la portée sensorielle enfantine.

    Un îlot se dévoile sur le lac. Des canards se promènent sous un bosquet de bambou. Plus avant, nous arrivons vers la sortie qui mène au Muzium Negara, un musée dédié à l'art, à la culture et à l'histoire malaisiennes. Un totem indique Ipoh à cent quarante-quatre kilomètres ; amusant ! Je rencontre pour la deuxième fois un bel Hindou barbu qui m’offre un second sourire. Nous revenons dans le parc et nous continuons nos découvertes. Une wakaf se dévoile au bord du canal. Chaque maison de repos est différente. Sous la lumière tamisée de la forêt, les feuilles majestueuses de fougères s’élèvent dans le ciel dans d’attrayants bouquets évasés, tels des éventails d’émeraude. Vibrant d'élégance, elles dansent dans les murmures du vent et dans les secrets des sous-bois. Plus avant, nous observons un varan malais qui se promène sur l’herbe.

    Nous arrivons à un parking où deux garçonnets jouent dans une vaste aire de jeux. Un kiosque à boissons nous offre de siroter à la paille, à l’ombre d’un parasol carré blanc, un demi-litre chacun d’eau de coco. La chaleur flirte avec les trente-cinq degrés. Des pigeons en nombre entourent à dessein le kiosque en quête de miettes. Une colombe blanche au plumage moucheté, à moins qu’il ne s’agisse d’un pigeon, marche tout près, tranquillement, ses pas légers effleurant l'herbe verdoyante, sans se préoccuper de notre présence. Nous reprenons ensuite la balade. Devant nous, le long d’une allée, sous la ramure continue des arbres, des jeunes mariés hindous, élégants dans leurs habits traditionnels blancs, avancent main dans la main. Les ombres et la lumière caressent doucement leurs pas. Sur la droite, sous l’ombre des arbres luxuriants, un kiosque noir cubique s’élève, ses dentelles de métal embrassant la nature.

    Nous parvenons au havre de paix tropical entouré de végétation luxuriante où les fontaines dansent sous le soleil. Nous l’avions repéré en arrivant, mais nous attendions de trouver une entrée sans marches d’escalier. Des pergolas blanches nous guident à travers ce jardin enchanteur où les cactus côtoient les feuillages exotiques. Sous une verrière baignée de lumière, des bancs invitent au farniente près d'une fontaine centrale où l’eau cascade sur les vasques superposées. Patrick me prend en photo sous un lustre cristallin suspendu dans un pavillon blanc. Le couple hindou se fait prendre en photo. Nous montons ensuite sur les hauteurs du parc en suivant des chemins sinueux. Nous arrivons devant une structure audacieuse qui déploie ses ailes métalliques comme un oiseau prêt à s'envoler, embrassant l'espace dans une vaste courbe élégante qui défie la gravité, tandis que son squelette d'acier tressé projette des ombres géométriques, créant un dialogue silencieux entre l'architecture moderne et la nature environnante. Plus haut, nous nous attardons devant une chute d’eau dont la symphonie cristalline cascade sur des roches où les filets d’eau glissent en voiles argentés sous les ramures émeraude.

    Nous arrivons au paradis des hibiscus, un jardin secret où les fleurs colorées s’épanouissent avec leurs corolles flamboyantes qui éclatent de beauté sous le soleil. Leurs couleurs audacieuses dansent sous nos regards éblouis. Dans cet éden, où des fleurs orangées grimpent le long des treillis d’une pergola blanche aux arches gracieuses, nous vivons un rêve fleuri où l’esprit s'émeut et s'émerveille. Plus loin, nous arrivons dans l’écrin des orchidées où la lumière sautille sur ces joyaux de couleurs dans un rêve parfumé. J’admire des bromeliades flamboyantes aux pétales orangés, des orchidées violettes délicates et mystérieuses qui s'épanouissent sous la lumière tamisée. Des mousses argentées et des fougères émeraude partagent cette oasis de beauté.

    L’heure du rendez-vous avec Jia approche et nous devons revenir sur nos pas. Les autres merveilles à découvrir, comme le jardin des papillons, se dévoileront une autre fois… ou pas. Nous suivons un autre chemin plus direct et la chance nous mène devant une magnifique cascade aux ombres dansantes, riche de doux murmures aux reflets changeants, qui s’épanouit sur des roches en enfilade. Sous un dais de verdure luxuriante, où des pierres moussues jalonnent le ruisseau cristallin, nos parapluies colorés ajoutent une touche de poésie. Près de la sortie, je regarde avec amusement une vaste aire de jeux. Un royaume de couleurs vives émerge où les tourelles pointues d’un château s'élèvent dans le ciel bleu. Leurs toboggans multicolores serpentent comme des rubans de joie dans cette oasis ludique bordée d’éclatantes fleurs fuchsia. Nous nous éloignons de ce paradis enfantin où l'imagination s'envole vers des royaumes enchantés, pour rejoindre Jia. Après trois heures de marche et une dizaine de kilomètres parcourus, nous montons à bord de sa voiture à l’entrée où il nous a déposés…






























































































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