Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Rafia, une amie de longue date chère à mon cœur, connue sous le nom de Mamie du Monde. Elle vit à Turki dans le Gouvernerat de Nabeul en Tunisie. Elle fête ses quatre-vingt-un ans. Sur la photo publiée sur le blog, elle pose le bras sur l’épaule de Wessim, un étudiant tunisien qui poursuit ses études à la Faculté de droit et des sciences politiques de Sousse.
Après avoir déjeuné chez Organic Vegetarian, à treize heures trente, nous montons à bord de la Toyota Vios de couleur blanche de Lim Vios, un homme charmant. Il a peut-être choisi ce modèle, car la voiture porte son nom de famille. Nous roulons devant le gratte-ciel blanc, presque circulaire, Tun Razak, en béton et en verre, qui se distingue par sa surprenante forme incurvée. Il a été nommé en l'honneur de l'ancien Premier ministre de la Malaisie, le Père du développement. Lim nous dépose une vingtaine de minutes plus tard devant les Grottes de Batu, situées au nord de la ville dans des formations calcaires vieilles de plus de quatre cents millions d'années. Nous entrons dans ce site touristique majeur en Malaisie qui fourmille d’une foule bigarrée. Sous le ciel azuré où les pigeons dansent comme des messagers ailés, Batu [roche] Caves, sanctuaire des couleurs et des divinités, se révèle à nous tel un royaume d’éclats et de légendes. Perchée sur un socle rocheux en hauteur au-dessus d’une statue de divinité hindoue assise sur une fleur de lotus, l’imposante silhouette d’un majestueux Garuda, aux ailes déployées, au plumage brun rougeâtre, aux serres dorées, à la tête et la queue blanches, attire nos regards. L’aigle est une figure significative dans la mythologie hindoue souvent associée à la divinité Vishnu dont il est la monture. Nous marchons sous la ramure épanouie d’un arbre où des dizaines de pigeons sont perchés. Nous côtoyons Cave Villa, une attraction fascinante répartie dans deux grottes aménagées en temples.
Nous arrivons devant un géant bienveillant sorti d’un conte mythologique qui s'élève à près de cinquante mètres en dominant l'entrée des emblématiques grottes de Batu. La colossale et majestueuse statue dorée de Murugan, Dieu hindou de la guerre, représente à elle seule un spectacle à couper le souffle. Devant Murugan, une foule cosmopolite chamarrée se mêle aux nombreux pigeons sur l’esplanade pavée d'un carrelage aux damiers rouge et gris aux motifs géométriques en trompe-l'œil. L’omniprésence de ces oiseaux, picorant et voletant, évoque en moi l'atmosphère de la place Saint-Marc à Venise. Les damiers jouent avec la perspective, donnent une illusion de profondeur et de relief, transforment une simple esplanade en une œuvre d'art interactive. Nous nous attardons devant un arc-en-ciel de lettres majuscules, éclatant de couleurs vives, qui représentent les mots Batu Caves. Chaque lettre, audacieuse et imposante, danse sous le soleil malaisien, promettant une aventure inoubliable. Elles nous invitent à immortaliser l'instant en capturant par une photo la magie de ce lieu sacré.
Murugan veille sur les âmes courageuses prêtes à gravir des centaines de marches arc-en-ciel dont celle de Patrick qui s’élance avec son ombrelle ouverte sur les rubans de pierre. Chaque ensemble de marches d’une même couleur chante sa propre note dans une symphonie aérienne qui pourrait mener aux étoiles sans la présence du temple qui attire les fidèles. Les marches sont courtes et raides. Des singes, espiègles de temps à autre, jouent les gardiens facétieux, volant parfois une offrande ou un sourire. Je vois une dame qui prend peur et qui s’éloigne prestement d’une de ces créatures vives et souples. Je suis des yeux Patrick sur cet escalier devenu légendaire où s’entrelacent la réalité et la mythologie. Chacun de ses pas devient une invitation à découvrir un fragment d’éternité dans ce théâtre grandiose où le divin et l’humanité se rencontrent dans une grimpée vibrante de couleurs. Son ombrelle ouverte aux nuances pastel devient un point de repère parmi les grimpeurs. Je le prends une nouvelle fois en photo quand il se retourne pour me faire un signe de la main. Mon regard est soudain captivé par un macaque agrippé en hauteur sur une proche statue hindoue, probablement une représentation de divinité gardienne. Bien que la statue, peinte en vert vif avec des détails en rouge et or, présente des traits exagérés et des crocs proéminents, le singe est parfaitement à son aise, impassible, pour observer les gens.
Je perds de vue Patrick. Je l’attends au bas des marches, assis sur une chaise bleu indigo en plastique devant un guichet de location ou de vente de foulards destiné aux femmes dont la tenue vestimentaire est inappropriée pour visiter le temple dans le ciel. Une dame intraitable, une sorte de cerbère, qui porte un gilet jaune vif, guette celles qui sont concernées pour pallier à tout dérapage qui pourrait offenser les dieux. Je surfe sur le web et j’apprends que les grottes ont été transformées en lieu de culte en 1891 par Kayaroganam Thamboosamy Pillai (1850-1902), un marchand tamoul qui reçut une éducation à l'Institution Raffles de Singapour avant de s'installer à Klang en 1875. Inspiré par l'entrée en forme de vel [lance sacrée], il installa une statue consacrée à Murugan devant la plus grande grotte. Nous avons vu son buste, qui porte une veste de costume, sculpté dans du bronze sur un piédestal richement décoré. Il porte un pagri, un turban traditionnel. Son visage est représenté avec une moustache proéminente caractéristique des hommes hindous de cette période. Un pottu est présent sur le front. Cette marque rouge représente le troisième œil de Shiva en symbolisant l'énergie spirituelle.
À son retour, quelque peu fourbu par la grimpée abrupte d’une dizaine de minutes de la pente à quarante-cinq degrés, Patrick me raconte son expérience. Chaque marche mesurant environ dix-huit centimètres sur dix-huit, l’escalier s’élève de cinquante mètres. La grimpée a été ardue, car la faible profondeur des marches lui interdisait de poser normalement le pied. Elles ont été construites en béton il y a quatre-vingt-cinq ans, remplaçant les anciennes marches en bois, installées vingt ans auparavant. Elles ont été repeintes en août voici sept ans, chaque série de marches étant d’une couleur différente. Quelques paliers offrent un temps de pause pour les plus faibles. Au fur et à mesure de la grimpée, des géants de pierre impavides, aux flancs partiellement couverts de verdure, enserrent les marches qui semblent sans fin. L’altitude totale de la grotte est d’environ cent mètres au-dessus du sol, l'escalier couvrant la moitié du dénivelé. Les singes facétieux, tels de petits moines à fourrure, observaient avec amusement la procession humaine qui s'essoufflait vers les cieux pour atteindre l'illumination. Patrick a embrassé une vue spectaculaire sur Kuala Lumpur dont les gratte-ciel contrastent avec la nature luxuriante. En contrebas, l'immense statue dorée de Murugan se dresse, dominant la foule qui monte et descend. Les gens sur l’esplanade ressemblent à de petites marionnettes. Au sommet, il a monté et descendu des marches, traversé une caverne imposante bordée d’autels colorés, telle une cathédrale, humide suite au violent orage d’hier, dont les stalactites millénaires ressemblent à des orgues surréalistes. Ensuite, plus en profondeur, il a grimpé d’autres marches pour accéder à un petit temple hindou qui côtoie d’autres stalactites millénaires étonnées.
Nous nous promenons sur l’esplanade où j’admire encore les pavés en trompe-l'œil. Les boutiques en nombre, riches de centaines de figurines aux tailles variées, me rappellent celles de Lourdes où des représentations de la Vierge sont vendues en abondance pour les pèlerins, tout comme aux grottes de Batu, où les représentations religieuses hindoues, notamment celles du dieu Murugan, sont omniprésentes. Plus tard, nous allons découvrir les deux grottes aménagées en temples. Nous passons sous l’arche démonstrative de la Cave Villa qui s’ouvre sur un royaume où l’art et la nature dansent en harmonie. Des cascades murmurent en glissant sur des rochers embellis de végétation. Nous suivons des passerelles sur l’eau ponctuées de pavillons flottants, tels des îlots de sérénité qui invitent à prendre son temps dans ce cadre enchanteur. Pour dix ringgits, nous avons acheté deux billets pour un conte de fées. Nous approchons des chutes où une superbe jeune femme plantureuse, assise sur un banc devant les cataractes, effectue des selfies. Vêtue d’une robe légère rose et bleue, coiffée d’un chapeau à large bord fuchsia aussi vif qu’un éclat de rire, elle tente de capturer l’instant magique. Nous nous sourions. Un peu plus tard, nous entrons dans les profondeurs mystiques des grottes où le Ramayana prend vie dans une explosion de couleurs et de formes. Des éléphants majestueux gardent l’entrée, tandis qu’un bouc et une chèvre, curieux, semblent murmurer des chansonnettes pastorales. Sous les voûtes rocheuses ornées de fresques vibrantes, les récits sacrés s’épanouissent en sculptures captivantes. Les inscriptions tamoules gravées sur des pierres chantent des hymnes intemporels. Chaque détail raconte une histoire où le divin et l’humain se mêlent dans un ballet magique qui fait sourire l’âme. Une fois sortis de la première grotte, nous marchons vers la seconde tout aussi colorée et baignée des récits imagés du Ramayana où des statues expressives sont également de taille humaine. En chemin, nous assistons brièvement à un spectacle enchanteur où des danseuses hindoues, parées de vêtements folkloriques colorés, exécutent une chorégraphie gracieuse sous les regards attentifs d'un public captivé. Leurs mouvements, lents et rythmés à la fois, sont accompagnés d’ombrelles colorées et de paniers en osier.
Une fois sortis de Cave Villa, nous entrons dans un petit zoo où se dévoilent divers volatiles dans des abris grillagés. La chance se manifeste. Un paon majestueux, tel un magicien, déploie son éventail irisé et vibrant juste devant nos yeux, captivant notre attention. Une constellation scintillante de plumes iridescentes s’offre à nos regards émerveillés comme une galaxie miniature. La mosaïque d'ocelles turquoise et émeraude participe à une danse nuptiale rythmée par des mouvements amples et gracieux. Une peahen, au plumage discret brun et gris, approche et se faufile derrière lui dans un concert de gloussements, de claquements, de vocalisations et de cris subtiles, ajoutant une dimension sonore à cette parade amoureuse inattendue.
Revenus dans l’allée principale, nous prenons la direction d’autres caves où le Ramayana poursuit son récit épique, invitant le visiteur à plonger plus profondément dans les légendes sacrées. Nous côtoyons l’immense statue d'Hanuman. Vers l’entrée, je m’attarde devant deux femmes hindoues. La première demande l’aumône. Assise sous un grand parapluie bleu, elle arbore un sari jaune fleuri qui s'harmonise avec le rouge de son chemisier. Son visage poudré de vermillon, telle une carte constellée de mythes, raconte mille pèlerinages, tandis que ses mains jointes en namasté expriment la sagesse des âges. Je glisse un billet dans les mains de cette fée discrète. Son visage s'illumine d'un sourire comme si Ganesh lui-même venait de lui faire un clin d'œil. Elle se répand en remerciements en joignant ses paumes sur son cœur. La seconde, dans la chaleur du jour, allongée sur les pavés hexagonaux gris, drapée dans un sari jaune doré embelli de carreaux noirs sur la partie écarlate, vulnérable et confiante à la fois, s'est abandonnée paisiblement dans les bras de Morphée devant un bas-relief sculpté de motifs floraux, turquoise, violet et bleu. Sa tête repose sur la paume de sa main gauche. La toile de son parapluie fermé, aux couleurs flamboyantes, rouge passion et jaune soleil, frôle son avant-bras. Dans cet instant de la vie quotidienne, cette femme richement vêtue s’est offert une parenthèse dans la beauté de cette oasis de l'Inde éternelle aux portes de Kuala Lumpur.
Devant une roche ancestrale, un char d'or s'élance, tiré par des coursiers d'écume, crinières au vent, figés dans un galop éternel. Krishna, aurige divin au visage bleu turquoise, à la fois géant et de taille humaine, guide le prince Arjuna, guerrier pensif, et lui prodigue ses enseignements avant la bataille de Kurukshetra. La Bhagavad Gita résonne dans l'air, tandis que les couleurs vives des deux statues qui se regardent illuminent l'entrée des grottes sacrées. Cet attelage capture l'essence du Mahabharata, offrant un aperçu du divin au cœur de la montagne. Nous marchons sur une passerelle bordée de rampes bleues. Elle sinue sur l’eau pour nous mener vers un temps où le présent s'efface devant la spiritualité. L'atmosphère de ses dernières grottes se fait plus solennelle, presque mystique, alors que nous nous enfonçons dans leur cœur où les éclairages LED apportent une touche futuriste. Dans leurs entrailles mystiques, sous des lueurs émeraude et saphir, où des escaliers pulsent d’une lumière émeraude, l'épopée du Ramayana se poursuit avec des statues dorées figées dans leur dévotion éternelle. Kumbhakarna, allongé et endormi, s’impose aux regards. Ce personnage légendaire est le frère du démon Ravana, roi des râksasas de Lanka. Il est connu pour sa taille gigantesque, son appétit vorace et son sommeil exceptionnellement profond. Un noble guerrier chevauche un éléphant doré majestueux qui me fait penser à Jumbo enfant. Des éclairages bleus et violets caressent les parois rocheuses. Un bateau d'or glisse sur des eaux imaginaires, transportant des voyageurs vers des royaumes inconnus. Des chemins bleutés guident nos regards au plus profond de ce monde souterrain.
À l’heure convenue, nous sommes au point de rendez-vous indiqué par Lim. Dans une plaisante synchronicité, sa voiture apparaît quand nous arrivons. En route, nous passons devant les immeubles Taman Wilayah, un ensemble d’appartements aux façades blanches colorées de blanc, de rouge et de bleu. Ils me rappellent la cité satellite des Avanchets, construite il y a une cinquantaine d’années, située sur la commune de Vernier, près de l'aéroport de Genève. Plus avant, jaillissant du bitume, les tours de l’hôtel Renaissance, phares d'acier et de verre bleuté, miroirs du ciel cybernétique du centre-ville, arborent fièrement l'entrée, un cylindre d'or cosmique flanqué sur la droite de pans géométriques dorés qui captent la lumière et la diffractent en promesses de confort pour la clientèle. Lim nous dépose devant l’hôtel Banyan Tree.
Idahyu, une belle jeune femme élancée, nous accueille au café Bake situé dans le hall. Sur notre table, une délicate orchidée violette s’élève gracieusement dans un vase doré, tel un éclat de poésie. À son côté, les mots détourés Eid Mubarak [Bonne fête de l’Aïd] s’affichent dans un croissant de lune. Cette salutation est utilisée pour célébrer la fête de l’Aïd al-Fitr ou l’Aïd al-Adha qui clôture le ramadan. Nous sirotons un smoothie aux fruits rouges et nous savourons chacun une douceur. Nous retournons ensuite tranquillement chez nous après cet après-midi riche de beauté, de surprises et de magie…











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