dimanche 9 mars 2025

Samedi 8 mars 2025 - La Dataran Merdeka et River of Life se dévoilent à Kuala Lumpur...

    En sortant de la salle du petit déjeuner, animée aujourd’hui par des Hindous plus détendus, Patrick me prend en photo avec Ain, la belle jeune femme qui nous accueille chaque matin avec courtoisie à l’entrée du café Warisan. Nous déjeunons chez Organic Vegetarian. À treize heures trente, nous sommes à bord de la voiture Proton Persona grise de Cheok, un tout jeune conducteur. L'âge minimum pour conduire en Malaisie est de dix-sept ans pour les voitures et seize ans pour les motos. Le prix de la course, qui va durer vingt minutes, revient à un peu plus de deux euros. Le prix d’un litre d'essence à Kuala Lumpur, stable depuis plusieurs mois, est de deux ringgits et cinq sen, soit quarante-trois centimes d’euro ; un tarif plus de quatre fois plus bas que celui pratiqué en France ! Deux figurines sont présentes sur la plage du tableau de bord. La première représente Guan Yin, la déesse bouddhiste de la compassion et de la miséricorde. La seconde, un bobblehead, une figurine à tête oscillante, représente un chien avec une expression joviale ; un porte-bonheur qui voyage souvent dans les voitures.

    Cheok nous dépose vers la Dataran [place] Merdeka, la place de l’Indépendance d’où nous contemplons l’édifice historique emblématique Sultan Abdul Samad construit entre 1894 et 1897 qui se caractérise par son architecture de style mauresque mêlant des influences islamiques et britanniques. J’admire la superbe façade en briques rouges ornée d’arcs, les dômes en cuivre, la tour à l’horloge haute de plus de quarante mètres. Fermé au public, l’édifice abrite de nos jours les bureaux du ministère de l’Information, des Communications et de la Culture de Malaisie. Nous nous promenons sur la place, une esplanade engazonnée appréciée par les oiseaux. Nous prenons la direction du site River of Life, situé à la confluence des rivières Klang et Gombak. Nous passons sous une canopée artificielle, aux champignons de toile blanche qui s’élèvent dans le ciel. Elle abrite de petits chapiteaux orangés. Dans cette oasis de fraîcheur, des personnes dorment sur la margelle en pierre de la fontaine étoilée qui se repose également. Nous contournons la masjid [mosqué] Jamek Sultan Abdul Samad.

    Nous sommes dans le quartier River of Life. Devant un gratte-ciel d’angle doré, en prolongement de jets d’eau en enfilade jaillissant du sol, une horloge, un monolithe doré à la structure Art déco encadré de pierre grise, se laisse admirer. Elle montre quatre cadrans romains blancs cerclés de noir. À la base, quatre portes, fermées avec un cadenas, me surprennent par leur présence. Depuis un pont, devant la plus ancienne mosquée de Kuala Lumpur, nous prenons en photo le nom de la capitale en lettres majuscules jaunes liserées de gris. Le long du canal, nous admirons la façade d’un bâtiment, peut-être abandonné, métamorphosée en toile vivante dans une fresque où des ramures luxuriantes, vert émeraude et turquoise, tapissent les murs. Les fenêtres, tels des yeux sombres, contemplent le ballet incessant des promeneurs le long du canal. Au cœur de la fresque, des silhouettes énigmatiques, mi-humaines, mi-oniriques, émergent comme des fantômes d'un monde submergé. Une autre fresque à quelques pas orne la façade d'un bâtiment colonial, tel un livre ouvert sur le passé. Des personnages aux vêtements traditionnels colorés, figés dans un temps suspendu, dansent entre les fenêtres arquées dans des tableaux du quotidien. Tel un écho poétique dans le tumulte de la ville, leurs silhouettes colorées, qui contrastent avec la pierre dorée, donnent vie à une œuvre vibrante qui raconte l'âme multiculturelle de la Malaisie.

    De l’autre côté du pont, le Kompleks Dayabumi, un gratte-ciel emblématique, achevé en 1984, l'un des premiers de Kuala Lumpur, offre à nos regards éblouis ses magnifiques moucharabiehs crème qui tapissent ses façades de haut en bas. Le gratte-ciel fut construit pour abriter le siège de la compagnie pétrolière Petronas, avant que celle-ci ne déménage vers les célèbres tours jumelles. Une des propriétés du groupe Petronas, il est principalement occupé aujourd'hui par Maybank. Nous cheminons le long du canal sans attrait. Un train passe avec forts décibels.

    Nous arrivons au Pasar Seni Sejak qui a vu le jour en 1888. Initialement construit par le Kapitan chinois de la ville Yap Ah Loy comme un marché alimentaire pour les habitants et les mineurs d'étain de Kuala Lumpur, au fil des années, le marché couvert a connu plusieurs expansions et transformations jusqu'à sa rénovation majeure dans les années quatre-vingts lorsque la Société du Patrimoine Malaisien a réussi à empêcher sa démolition. Aujourd'hui, Pasar Seni est devenu un centre culturel qui propose une variété d'artisanat local, de textiles, d'œuvres d'art et d’articles touristiques. Vers l’entrée, un paon métallique éclatant déploie ses plumes irisées dans une fontaine de couleurs. Nous entrons dans le marché. Une boutique propose des cartes postales créatives et autres objets culturels. Je prends en photo, dans la vitrine, un magnifique tableau, tel un pont entre les époques. Dans un éclat de couleur et de vie, la ville se dresse, mêlant le passé et le futur. Une foule animée déambule dans un kaléidoscope de cultures et de sourires partagés. Les gratte-ciel emblématiques réunis côtoient les architectures traditionnelles. Nous sortons par l’entrée où nous sommes arrivés pour passer sous une canopée ajourée, majestueuse et élancée, tel un cerf-volant d'or et d'ombre, au fronton finement ciselé dans un mariage de pourpre royal et d'or étincelant. Au travers de la charpente, un dédale de métal, le soleil filtre et dessine un ballet de lumière sur les silhouettes en mouvement. Accompagnée par un guitariste aux notes vagabondes, une chanteuse, au hijab noir, vêtue d'un ensemble violet et brun, se produit. Sa voix douce captive l'instant.

    Nous sortons de ce diadème céleste au-dessus de l'effervescence marchande. D’autres œuvres d’art colorées en métal se dévoilent. Tout en admirant divers bâtiments d’une autre époque, nous revenons vers la place de l’Indépendance où une fontaine coloniale dévoile ses bassins concentriques aux teintes de jade et d'émeraude, patinés par les années, qui supportent un élégant édifice orné de sculptures classiques. Nous décidons d’aller nous désaltérer dans un proche Zus Coffee indiqué par Google map. Contre toute attente, il s’agit juste d’un comptoir privé de tables et de chaises. Nous prenons la direction du centre Pavilion à une demi-heure de marche.

    En chemin, je m’attarde un instant devant Mak Minah, un personnage emblématique sorti de l’univers du célèbre dessinateur malaisien Datuk Mohamad Nor Khalid, connu sous le nom de Lat. Cette caricature en métal fait partie de la série River of Life et incarne une femme malaisienne typique, souvent dépeinte dans différents rôles, dont celui d’une féroce conseillère. Cette sculpture fait partie d’une série de plusieurs œuvres, réparties dans Kuala Lumpur, conçues pour refléter les personnages emblématiques des dessins de l’artiste dont l’œuvre la plus célèbre Kampung Boy a été publiée dans plusieurs pays. Plus avant, vers la cathédrale Saint John's aux façades jaune clair ornée de fenêtres en rosace sculptées et aux deux tours blanches élancées pointant vers un ciel azuré comme des doigts de marbre implorant le divin, nous arrivons devant l’hôtel Arenaa Star. Les rayons ardents de l’astre nous invitent à revenir en voiture. Nous utilisons l’application Grab. Une adresse d’hôtel est un moyen efficace pour que le chauffeur nous trouve facilement. Nous suivons le véhicule sur l’écran de mon iPhone. Des feux rouges et des ralentissements freinent son avancée. Une dizaine de minutes plus tard, une Proton Saga grise arrive. Trois passagers en descendent. Kanthayah, un homme hindou d’âge mûr, nous accueille et nous dépose dix minutes plus tard, devant la fontaine de cristal du centre Pavilion. Malek, originaire d’Algérie, nous accueille chez EL&N London. Nous bavardons en français. Il vit à Kuala Lumpur depuis trois ans. Auparavant, il a passé cinq ans à Dubaï. Il nous apporte un smoothie aux fruits rouges et un milkshake mangue banane. Je me régale en sirotant à la paille le smoothie nommé Energizer.

    Un violent orage éclate. Le ciel se déchire dans un fracas assourdissant. Le tonnerre gronde violemment, fait trembler les vitrages dans une tension palpable qui fait frissonner la peau. Sommes-nous dans un film catastrophe ? Malek en profite pour venir bavarder. Une de ses sœurs vit à Stuttgart, l’autre en Laponie. Son petit frère vit à La Mecque. Quand sa mère le portait, (Malek mime un gros ventre), elle se trouvait à Genève. Patrick lui parle de la Romandie dont l'histoire étroitement liée à celle de la Maison de Savoie lui est inconnue. Il nous dit qu’il s’informera quand il sera de retour chez lui ce soir. Cécilia vient nous saluer. L’orage électrise l’air. Je sens que notre présence calme la tranquillise. Dans les Alpes, les orages peuvent aussi être très violents, comme celui qui s’abat sur la ville. Le vent tourbillonne, souffle tellement fort qu’il s’engouffre dans la canopée du café dont les vitrages à glissière ont été fermés. Des myriades de très fines gouttelettes sont comme vaporisées sur nous. Des clients attablés se réfugient dans la salle intérieure.

    L’orage s’éternise, Patrick règle l’addition à Malek qui a été enchanté de bavarder avec nous. Je marche sur les pas de mon mari qui a repéré une passerelle. Elle pourrait nous rapprocher de chez nous. Depuis l’aqueduc protecteur qui enjambe la rue que nous suivons habituellement pour venir déjeuner au centre Pavilion, nous voyons les trombes d'eau du déluge équatorial qui transforment l'asphalte en rivière urbaine improvisée avec une intensité théâtrale. Les automobiles, telles des barques ballottées, glissent en aquaplaning avec une élégance involontaire. Les roues projettent des gerbes cristallines, créant de spectaculaires panaches éphémères autour des carrosseries luisantes. Dans un étonnant et saisissant surf aquatique, les conducteurs, capitaines improvisés de ces bateaux terrestres, roulent avec précaution, les phares perçant les embruns qui fouettent les pare-brise. Les gratte-ciels se drapent d'un voile gris, spectateurs silencieux de cette symphonie pluviale grandiose et sauvage que seule la nature peut composer. Nous traversons la passerelle. Où va-t-elle nous mener ? Nous arrivons devant un ascenseur doré qui, un étage plus bas, nous dépose dans le hall de l’hôtel Banyan Tree, dont j’ai publié une photo ce mercredi, prise en fin d’après-midi. Je m’extasie devant des lanternes orientales suspendues, mosaïques de verre aux teintes turquoise, rose et jaune, d’où jaillit la lumière qui s'amuse en éclats dorés au travers des dentelles métalliques. Nous sommes à moins de cinq cents mètres du Royale Chulan. Les vannes du ciel sont toujours ouvertes. Je propose à Patrick de faire le trajet en voiture, via l’application Grab. Nous lançons la demande. En attendant, je m’installe à une table dans une terrasse intérieure ouverte sur l’extérieur. Une dizaine de minutes plus tard, Uthaya arrive au volant de sa Nissan Almera couleur argent. Il s’arrête sous la marquise de l’hôtel et nous dépose deux minutes plus tard sous celle de notre hôtel. La course revient à un euro. Nous donnons un billet au chauffeur hindou et nous sortons. Uthaya baisse alors la vitre côté passager, nous interpelle pour rendre la monnaie. Je lui dis que c’est pour lui. Vraiment surpris, il m’offre un radieux sourire. Grâce à différentes facettes de l’ingéniosité humaine, nous avons  échappé à la pluie qui continue de tomber allègrement…

































































































Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire