mardi 18 mars 2025

Lundi 17 mars 2025 - Embarquement sur le vaisseau Encore à Malaka...

    En fin de matinée, nous allons déjeuner. Vers la grande roue, un chat gris zébré de noir se repose sur un trottoir abrité. Durant notre présence, ses paupières restent closent. Il doit être au pays des rêves. Kae nous accueille au restaurant Vspace. Son prénom est issu des deux sinogrammes 辉煌 qui signifient glorieux et resplendissant. Nous prenons place en terrasse à la table occupée précédemment. Kae prend la commande. Lindy vient nous saluer chaleureusement par nos prénoms. Le petit lézard, déjà vu lors de notre première venue, vient me présenter ses vœux. Les mets sont toujours excellents. Shane Filan, ancien membre du célèbre boys band irlandais Westlife, interprète la chanson Belle en blanc. Après un café latte délicieux et un matcha avoine suave au sucre de coco, nous lançons une demande de voiture sur Grab. Nous sortons. Lindy nous accompagne. Le restaurant traversant offre de passer de la rivière à la rue, comme par magie. Nous attendons la voiture tout en bavardant avec notre chaleureuse et courtoise hôtesse. Soon Lee arrive dans les minutes suivantes. Lindy m’ouvre la portière de la Honda Civic blanche ; que d’attention ! Le jeune chauffeur nous emmène au complexe Encore at Wynn sur le célèbre Strip de Las Vegas, non ! mon imaginaire interfère. Soon Lee nous emmène au complexe Encore at Melaka, né de l’initiative de Boo Kuang Loon, un talentueux et visionnaire entrepreneur malaisien. Nous donnons un billet de dix ringgits pour payer la course. Taxi Booking nous demandait sur le web presque vingt fois plus ! Klook nous accueille à la billetterie. Je lui montre sur l’écran de l’iPhone le fichier reçu de Encore par émail. Il donne nos deux billets avec un sourire éclatant. La production impressionnante Encore Melaka, dirigée par la réalisatrice chinoise Wang Chaoge qui fit ses débuts à Melaka en 2018, présente l'histoire de la ville à travers une chronologie de six siècles.

    Nous nous promenons ensuite autour de ce vaisseau spatial, à la blancheur éclatante, qui s’est posé le samedi 7 juillet 2018 sans jamais plus décoller devant le succès de sa présence scénique devant les flots du détroit de Melaka. Un bras de la rivière se jette dans la mer. Une fleur épanouie près des rochers qui bordent le rivage, une liane de plage magenta, m’invite à immortaliser sa présence éphémère sur la pellicule numérique, également éphémère à plus long terme. Le navire de croisière Genting Dream de la compagnie Resorts World Cruises est amarré au port. Un parc séduisant ombragé apporte une note de fraîcheur. Nous nous prenons en photo à côté du panneau des Straits of Melaka qui symbolise le célèbre détroit, l'une des routes maritimes les plus importantes au monde, reliant l'océan Indien à la mer de Chine méridionale. Il mentionne la Route maritime de la Soie en faisant référence aux voies de navigation historiques du commerce d'épices, de soie et d'autres marchandises précieuses pendant des siècles.

    Une quinzaine de minutes avant le début de la représentation, nous entrons dans l’engin spatial au gigantisme digne des vaisseaux mères des séries de science-fiction que nous affectionnons. Tout au long de notre avancée dans les coursives de tailles variées, nous sommes guidés par des Terriens jusqu’à nos places sur une plateforme rotative circulaire pouvant accueillir quelque deux mille spectateurs. Elle domine la scène longue de plus de deux cents mètres. Une présentation imagée et narrative précède notre envolée dans l’Histoire. Un spectacle multiculturel, féerique et unique, nous emmène dans les siècles au travers de tableaux vivants qui évoluent dans des décors fabuleux offerts par les technologies avancées nées de la créativité humaine. Le spectacle combine musique et danse pour illustrer de manière vivante les récits poignants qui façonnèrent l'identité multiculturelle de Melaka au fil des siècles. L’iPhone m’offre de prendre des photos en enfilade et de lire sur l’écran les textes qui défilent dans un tourbillon temporel et spatial, parfois en trois dimensions, dans un relief virtuel qui se superpose magnifiquement avec l’évolution du spectacle. Les artistes expriment leur talent dans l’espace mouvant du théâtre qui flotte dans les airs grâce aux décors en continuel mouvement, riches de plateformes qui montent et descendent en se prenant pour des ascenseurs scéniques. Parfois, des pada [des points dans le temps] se superposent dans une valse chronologique, animée par le fond musical paradisiaque, pour nous rappeler que nous voyageons à bord d’un vaisseau spatio-temporel. Par moments, la musique Untold stories of Melaka, composée par Rosli Ahmad, se laisse entendre durant les diverses représentations.

    Au son des tambours, suivi de danses en musique, nous assistons à l'arrivée pacifique en 1405 de la flotte du célèbre amiral chinois Cheng Ho, également connu sous le nom de Zheng He, venu de Yingtian [Nanjing], la capitale de la dynastie Ming. Illustrée de projections visuelles impressionnantes, de vagues tumultueuses et de jonques chinoises sur les flots agités de la scène, elle marque la naissance du « peuple » des Baba Nyonya. Sans la fuite du prince Parameswara, cet évènement n’aurait pas existé et la ville de Melaka n’aurait peut-être jamais été construite… et nous serions actuellement à une autre latitude et une autre longitude. Sans effets scéniques, j’offre un lever de rideau sur les circonstances de cette fuite à l’origine de la création de Melaka.

    Le royaume javanais de Majapahit, fondé à la fin du treizième siècle, atteignit son apogée sous le règne de Hayam Wuruk (1350-1389), le quatrième empereur de ce royaume hindou qui étendait son influence sur une grande partie de l'archipel indonésien actuel. En 1377, Hayam décida une attaque navale contre la cité de Palembang dans le sud de Sumatra qui refusait la souveraineté du royaume. Cette attaque provoqua la fuite du prince Parameswara [seigneur suprême] qui se réfugia d'abord à Temasek, l'actuelle Singapour, avant de s'établir au tout début du quinzième siècle sur la côte ouest de la péninsule malaise où, inspiré par un événement symbolique lors de ses déplacements, il fonda Melaka. Un kanchil [chevrotain] repoussa ses chiens de chasse au bord de l’eau où il se trouvait. Il interpréta cet exploit comme un présage favorable. Le prince fonda alors Melaka, nommée d'après le Pokok Melaka, l'arbre sous lequel il se reposait.

    Plus tard, la pirouette des décors nous emmène dans un éblouissant voyage temporel qui nous transporte en 1880. Nous assistons à l’union cérémonielle de Baba Ah Jie et Nyonya Ah Lan. Un tableau somptueux dévoile alors toute l’opulence des pratiques culturelles de Melaka à travers une chorégraphie synchronisée exécutée par d’élégantes danseuses Nyonya, vêtues de costumes traditionnels éclatants. La cérémonie met en lumière les rituels ancestraux, comme la révérence respectueuse envers les ancêtres, héritage direct de l’époque de l’amiral Cheng Ho. Dans un moment culminant, les artistes quittent la scène, lanternes allumées à la main, montent parmi les spectateurs, comme pour nous inviter à cette grandiose cérémonie.    

    Par la suite, dans la magie des décors en mouvement, un tableau émouvant relate comment six mères recueillirent un naufragé. L’homme, au soir de sa vie, raconte avec émotion son histoire. Les six mères, de différentes races, élèvent ce fils. Le récit, vieux de plus de soixante-dix ans, incarne l’unité, l’acceptation et l’harmonie, indépendamment de la race ou de la religion. Les six mères prennent soin de l’enfant collectivement, illustrant la coexistence pacifique des différentes communautés. Nous voyons simultanément les six foyers qui s’entrelacent dans les décors baignés des brumes colorées du temps qui passe. Les habitations évoluent sur des plateformes ascendantes et descendantes qui ponctuent la vie du naufragé qui grandit et qui vieillit. Chaque année, pour célébrer l’harmonie qui règne entre elles, les mères se réunissent pour une photo de famille. La mort les fauche une à une. Mon cœur s’émotionne, des larmes perlent, ma respiration s’accélère. L’homme se souvient de ce passé  harmonieux. Ses mères lui manquent, elles étaient là quand il avait en besoin. Où sont-elles parties dans leur saut vers l’inconnu ? Privé de leur présence attentive et affectueuse, il crie sa douleur.

    Les années passent dans un tourbillon temporel non linéaire. Soudain, des cascades réelles sous forme de cylindres hydrauliques, baignées de lumières changeantes, se déversent sur la scène depuis le ciel du théâtre pour donner naissance à des ballets aquatiques dans un déluge apprivoisé. Les artistes chevauchent des vagues, dansent dans les flots dans une chorégraphie aquatique fabuleuse. D’autres années se promènent et nous emmènent dans un village de maisons de fil apparues comme par magie sur scène. Elles se transforment, se métamorphosent, changent d'apparence, grâce à des projections et des jeux de lumière en créant des effets visuels époustouflants. Les structures translucides des maisons de fil, aux charpentes légères immatérielles, jouent avec les ombres, les lumières et les projections pour représenter différents lieux et époques de l'histoire de Melaka. Toutes ces techniques innovantes nous permettent de voyager à travers le temps et l'espace de manière fluide et captivante. Les protagonistes de ces aventures historiques reflètent la richesse culturelle et humaine de l’Asie. Les artistes chinois nous offrent d’admirer leurs costumes éclatants dans une chorégraphie de rêve tout au long de cette immersion dans le passé.

    Le spectacle se termine par des vues aériennes du cœur de Melaka et des alentours proches. Le galion portugais perce l’écran de sa splendeur diurne et nocturne baignée de lumière. Dehors, depuis la borne Grab, nous lançons une demande de voiture. Le temps d’aller me laver les mains dans les vastes et futuristes toilettes, et la voiture arrive. Thiam Shu nous prend à bord de sa Perodua Myvi couleur argent et nous dépose une quinzaine de minutes plus tard dans la rue du musée baba & Nyonya, près de la rue Junker. Patrick achète des citronnades au miel chez Zus. Nur Dayana l’accueille. Nous sirotons les boissons en suivant la rue emblématique où j’achète dans le magasin chinois Zakka Fomecs, riche d’une superbe collection colorée de vêtements pour hommes, un pantalon écru et une chemisette fantaisie. Plus tard, Fatin nous accueille chez Malaiqa by gula Cakery. Nous nous régalons de concert avec une forêt noire circulaire surmontée d’une vraie cerise noire. D’autres minutes, les nôtres, s’étourdissent, s’éloignent dans notre trame temporelle. Nous revenons ensuite chez nous en longeant la rivière aux souvenirs innombrables…




































































































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