vendredi 7 mars 2025

Jeudi 6 mars 2025 - Deux Ulysse défient les obstacles en naviguant sur les flots tumultueux de l'administratif en ligne...

    En fin de matinée, nous retournons déjeuner chez Organic Vegetarian au centre Pavilion. Nous achetons ensuite chez Lavender des viennoiseries pour le dîner. Kevin nous accueille à la caisse. En revenant à l’hôtel, je m’attarde devant un vaste bâtiment aux toitures en tuiles. Il est flanqué de plusieurs grands réservoirs cylindriques en acier inoxydable utilisés pour le stockage d'eau, fabriqués par les sociétés malaises King Kong et Jabaco. Leur présence à cet endroit, combinée aux infrastructures environnantes, suggère qu'ils pourraient être liés à la gestion des ressources hydriques des aires de restauration qui nécessitent une grande quantité d'eau.

    De retour chez nous, nous nous coupons tour à tour les cheveux sur le balcon. Nous nous attelons ensuite à un ouvrage lié à nos pérégrinations, tels deux Ulysse défiant les obstacles en naviguant sur les flots tumultueux de l'administratif en ligne. Nous nous rendons sur le site de la compagnie Cunard. Nous effectuons les opérations nécessaires dans l’objectif d’obtenir les cartes d'embarquement pour le voyage sur le navire Queen Anne, un nouvel Argo des temps modernes qui aurait probablement décontenancé le légendaire Jason durant sa quête de la Toison d'or avec les Argonautes. Une fois les cartes imprimées virtuellement, comme par magie numérique, nous effectuons la demande de deux visas pour la Namibie. Nous nous connectons sur le site web du Ministère des Affaires Intérieures, de l'Immigration, de la Sécurité et de la Protection de la République de Namibie, un nom si long qu'il pourrait faire le tour du monde en quatre-vingts jours ! Un parcours complexe et kafkaïen s’annonce. Les minutes nous observent avec une sorte d’ahurissement devant le nombre de clics effectués sur l’ordinateur. Mes doigts dansent frénétiquement sur le clavier comme des marionnettes possédées. Les fenêtres en nombre que nous ouvrons transforment l’écran en un labyrinthe virtuel digne de Daídalos. Mes doigts s'agitent sur les touches comme un virtuose. Nous devons remplir d'innombrables champs, retraçant presque notre arbre généalogique, sans parler du nombre de fichiers que nous devons charger sur le site pour obtenir les précieux sésames qui nous ouvriront les portes de l’escale à Walvis Bay, paradis inattendu de la paperasserie. Les deux visas sont accordés contre monnaie sonnante et trébuchante. Nous rouspétons devant le coût prohibitif. Les dix-sept heures approchent quand nous fermons toutes les fenêtres de l’ordinateur, notre odyssée numérique prenant fin dans un dernier clic, tel le claquement d'un livre refermé après une épopée épuisante.

    Nous allons nous désaltérer dans un proche Zus Coffee. En prenant du recul, je photographie notre hôtel qui se distingue par son charme unique. Ses divers bâtiments, aux toits ocre rouge, s'élèvent majestueusement, mêlant l'architecture traditionnelle malaise à la modernité urbaine. Ses lignes élégantes et chaleureuses contrastent avec les gratte-ciel imposants, froids et anguleux, qui l'entourent. Le café se situe dans le vaste hall du gratte-ciel Plaza Conlay où la Menara Bank Pembangunan occupe trois étages élevés. Une partie de la façade de la tour ressemble au motif pucuk rebung, un élément important du songket, un tissu traditionnel malaisien et indonésien. Le gratte-ciel fait partie du fonds d'investissement et de placement malaisien Amanah Hartanah Bumiputera, réservé aux investisseurs bumiputras. Le terme bumiputra signifie fils de la terre en malais. Il désigne les habitants autochtones de la Malaisie, principalement les Orang Asli de la péninsule malaise et les populations indigènes de Sabah et Sarawak. Ce concept, qui reconnaît la position spéciale des Malais dans la constitution, a été introduit par Abdul Razak Hussein, surnommé le Père du développement pour ses efforts de modernisation du pays, notamment dans les zones rurales. Les bumiputeras bénéficient de politiques préférentielles dans divers domaines.

    Nous nous attardons en chemin devant les bâtiments attrayants du Kompleks Kraf, un centre touristique axé sur l'art et l'artisanat et un écrin d'architecture traditionnelle inspiré du style Terengganu caractéristique de cet État du nord-est de la Malaisie. Ils se distinguent par leurs toits ornés de motifs complexes en bois sculpté, évoquant l'élégance des maisons malaises d'antan. L'entrée principale est majestueuse, avec une structure en bois richement décorée et entourée de jardins verdoyants ponctués de sculptures artisanales et de pavillons traditionnels. Parmi ceux-ci, se dévoilent une maison traditionnelle sur pilotis et des wakaf, de petits kiosques qui servaient d'abris dans les jardins et d'espaces de repos dans les lieux publics.

    Ming nous accueille au café. Durant un temps de détente où nous sirotons une citronnade au miel, un jeune homme vient s’asseoir sur un des quatre fauteuils bleu indigo du carré où nous avons pris place. En attendant les boissons à emporter qu’il a commandées, il me demande de quel pays nous venons. Après ma réponse, il dit d’un air songeur : c’est loin !

























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