Pavita, une charmante Hindoue souriante, nous accueille pour le petit déjeuner. Suhaila nous entoure de petites attentions, tissant le fil précieux invisible d'une relation éphémère. Elle s’intéresse à nous avec naturel et simplicité. Dans la matinée, nous procédons sur un site officiel de la cité-État de Singapour à la saisie des informations qui vont nous permettre d’entrer dans le pays aux libertés drastiquement surveillées. La procédure est fastidieuse. Les demandes sont excessives. La complexité est accentuée par le fait que le formulaire doit être soumis dans un délai précis, pas plus de trois jours avant l'arrivée, ce qui ajoute une contrainte temporelle au processus. Entre les informations personnelles minutieuses, les détails du voyage, le numéro d’immatriculation du véhicule qui va nous transporter, les questions de santé, et j’en oublie d’autres, les multiples déclarations à valider, on se croirait presque dans un interrogatoire digne d'un film d'espionnage !
Nous quittons notre dernier chez-nous en Malaisie à midi. Nous confions nos bagages à Haikal, un séduisant jeune homme hindou. Ain, une belle jeune femme plantureuse, nous accueille à la réception et procède avec grâce à l'orchestration de notre départ. Quelque part, elle donne une forme tangible à la conclusion de notre séjour en Malaisie. Le vol d’oiseaux figé dans un ballet aérien dans la décoration murale ressemble à un murmure d’évasion qui nous invite à rêver à d’autres horizons. Hafizah, Pavita et Suhaila nous accueillent chaleureusement au buffet. À l’entrée, un arbuste doré, scintillant comme un trésor, dévoile son élégance festive. Ses feuilles métalliques et ses baies lumineuses évoquent un souffle de raffinement. Suhaila prend plaisir à venir bavarder avec nous. En fin de repas, nous écrivons tour à tour un avis sur Google : « Lors de notre visite au buffet Makan Kitchen à l’hôtel DoubleTree by Hilton à Johor Bahru, Suhaila s’est distinguée par son accueil exceptionnel. Avec une courtoisie chaleureuse, elle a su rendre notre expérience mémorable. Attentive, elle veillait à ce que chaque instant soit une fête. Son sourire et sa sympathie ont ajouté une touche personnelle et conviviale à notre repas. Grâce à son professionnalisme et sa gentillesse, Suhaila incarne parfaitement l’hospitalité malaisienne. Nous la remercions vivement et espérons la retrouver lors d’un prochain séjour. » Après le repas, je me rends aux toilettes dont l’agencement ingénieux apporte une note d’originalité. Nous sortons du buffet en remerciant les trois fleurs gracieuses dont la présence a embelli les instants passés au restaurant. En attendant la venue de la voiture réservée sur Booking, je me promène dans le salon du vaste hall. Je prends place sur un canapé duo en microfibre rouge grenat au dossier enveloppant qui évoque la chaleur d’un crépuscule flamboyant. Il m’enveloppe dans un cocon de douceur. Ses courbes généreuses et ses coussins moelleux invitent au farniente et à la rêverie.
À quatorze heures tapantes, Kent Ang arrive à bord d’une voiture Toyota Alphard noire. L’immatriculation porte bien les quatre chiffres qua nous avons saisi dans le questionnaire rempli ce matin. À bord, Kent nous dit avoir mis deux heures pour venir de Singapour. Les voitures avançaient pare-chocs contre pare-chocs. Il nous demande si nous avons bien rempli le formulaire d’entrée dans la cité-État. Une photo de la file indienne sur la voie opposée prise durant le trajet indique que l’avancée à la vitesse de fourmis se continue. À sa demande, nous donnons nos passeports à Kent qui les joint au sien pour les contrôles aux deux frontières. À la première, il ouvre la portière coulissante pour que l’agent compare nos visages à ceux de la photo des passeports. Nous traversons le pont qui enjambe le détroit. Le processus se répète à la seconde frontière. Un coup de tampon dans les passeports finalise les contrôles.
Une trentaine de minutes se sont envolées. Kent nous questionne sur notre présence en Asie du Sud-Est. Il s’étonne en riant de la durée de notre voyage. Nous guettons, vainement, un panneau indiquant que nous sommes à Singapour. Nous en avons confirmation quand deux réalisations emblématiques entrent dans notre champ de vision : la roue géante du Singapore Flyer et la silhouette de l’hôtel Marina Bay Sands dont l'architecture flirte avec l'impossible en défiant les lois de la gravité avec sa planche de surf posée sur ses trois tours élancées. Dans le passé, nous sommes montés sur la planche où une piscine déborde avec une audace vertigineuse en donnant l'illusion de se jeter dans le vide à près de deux cents mètres au-dessus du sol. Nous flottions littéralement parmi les nuages tout en admirant la vue spectaculaire. Les quinze heures s’éloignent quand nous arrivons à destination. Nous passons devant le centre commercial Marina Square qui jouxte l’hôtel Pan Pacific où nous allons passer la nuit. Nous remercions Kent et nous lui donnons un bon pourboire pour avoir facilité la transition entre liberté et geôle dorée. Singapour, cité-État étrangement attractive, est une métropole ultramoderne aux restrictions contraignantes où des personnes ont trouvé la mort en ayant été accusées d’avoir enfreint ses règlementations draconiennes.
Singapour, souvent surnommée la cité du lion, est un modèle de prospérité économique. Toutefois, derrière sa façade brillante se cache un système judiciaire implacable. Des lois strictes dirigent le quotidien des habitants et des visiteurs. La société est régie par des règles extrêmement strictes où la moindre infraction peut entraîner des conséquences sévères. Les lois draconiennes de Singapour sont douloureusement célèbres dans le monde entier. Par exemple, traverser hors des passages piétons, jeter des déchets dans la rue, entraînent des amendes allant jusqu'à mille dollars, voire des peines de prison en cas de récidive. En outre, Singapour applique la peine de mort pour des crimes graves tels que le trafic de drogue, le meurtre ou le terrorisme. Les condamnations arbitraires sont prononcées avec fermeté, illustrant l'intransigeance du système judiciaire local. Les châtiments corporels comme le caning (coups de bâton) restent en vigueur pour certaines infractions, y compris celles commises par des étrangers dépassant leur durée légale de séjour. Enfin, les restrictions sur la liberté d'expression et de réunion sont omniprésentes. Les lois contre les manifestations publiques ou les publications critiques envers le gouvernement ont valu à Singapour une place des plus basses dans les classements mondiaux sur la liberté individuelle. Malgré cela, je m’étonne que le pays continue d'attirer autant de monde alors que la discipline rigoureuse et l’autoritarisme latent peuvent coûter cher, très cher, à ceux qui enfreignent ses règles. Mais qui peut les connaître toutes ?! Nous ne faisons que passer pour embarquer sur un navire.
Shairah nous accueille à la réception et nous attribue la chambre 827. L’enregistrement se fait au travers d’une tablette avec signature électronique. Une caution exorbitante au regard du montant de la nuitée est demandée par carte de crédit. Nous allons déposer les bagages dans la chambre. Ensuite, nous prenons des photos de l’atrium spectaculaire de l’hôtel qui s’élève sur trente-cinq étages. Il me rappelle celui des hôtels de la chaîne Embassy Suites aux États-Unis. Au huitième étage, j’ai la sensation vertigineuse de me trouver dans l’hôtel Luxor à Las Vegas où Patrick et moi nous sommes mariés dans la chapelle. L’à-pic et l’appel du vide sont impressionnants. Les ascenseurs en capsules de verre offrent une vue panoramique. Les photos prises peinent à refléter le côté spectaculaire de l’atrium conçu par l'architecte américain John Portman, le plus haut d'Asie à l'ouverture de l'hôtel voici bientôt quarante ans. Au rez-de-chaussée, dans l’immense atrium baigné de lumière, sur un îlot de bois chaleureux aux gradins en arc de cercle, des alcôves, tels des cocons circulaires, surmontées de lanternes coniques géantes, suspendues entre ciel et terre, captivent nos regards. Les abat-jours crème à la structure en fer forgé noir, fine et élégante, évoquent des corolles de fleurs.
Nous nous rendons ensuite au Marina Square qui communique avec l’hôtel par une esplanade. Au premier étage, avant de sortir, nous admirons des peintures qui se dévoilent en enfilade, dont une du lion de la ville. Sous un ciel incandescent, où les étoiles semblent s’être métamorphosées en feux d’artifice flamboyants, le tableau, au rouge dominant, s’illumine d’une magie féerique. Le Merlion, gardien mythique de Singapour, trône fièrement au bord des eaux scintillantes, crachant un jet cristallin qui semble alimenter une rivière de rêves. La foule, minuscule mais vibrante, se rassemble comme des lucioles attirées par la lumière d’une fête céleste. Les explosions multicolores dans le ciel embrasent l’horizon, peignant des fleurs éphémères de lumière qui dansent sur le miroir liquide de la baie. Au milieu de cette effusion de vie, chaque reflet est une invitation à plonger dans un monde où le réel et l’imaginaire s’entrelacent.
Depuis l’esplanade, nous voyons la célèbre planche de surf aérienne, la grande roue et une des façades de l’hôtel Pan Pacific. Le centre commercial s’apparente à nombre de centres similaires où il est quasiment impossible de deviner dans quelle grande ville nous nous trouvons. Deux figurines de Disney, assises dans un trishaw sur une banquette rouge vif, faussent les cartes en apportant rêve et émerveillement dans le quotidien. Tel un passager d’un conte enchanté, je monte sur le vélo bleu clair pour accompagner un instant Mickey et Minnie qui s’apprêtent à s’élancer dans un voyage imaginaire. L'espace se pare d'un tapis de verdure artificielle devant une boutique Disney. Elle déborde d’articles qui chuchotent des souvenirs d’enfance. Nous cherchons un café pour nous désaltérer. Nous sillonnons les allées. Un Starbucks, installé sur une large passerelle entre deux allées, pénètre dans notre champ de vision. Faz, un solide gaillard, nous accueille et prend commande d’un café latté et d’un chocolat chaud au lait d’avoine. Nous prenons place dans de confortables chauffeuses gris anthracite au piètement en bois de couleur marron clair. Je prends plaisir à déguster lentement le chocolat saupoudré d’une touche de cacao. Je me sens bien. Depuis la mezzanine improvisée, mon regard s’égare sur les allées lumineuses du centre commercial où la vie s’agite doucement. La vue plongeante sur les boutiques animées et les passants contraste avec la quiétude du moment. Les lumières tamisées et les matériaux chaleureux du décor du café apportent une sensation apaisante, presque comme un cocon suspendu dans le bien-être. Autour de nous, d'autres voyageurs partagent ce même havre. Nous sommes une communauté transitoire, unis par nos tasses blanches et notre aspiration commune d'un moment de détente. Grâce à une connexion Internet établie sur mon iPhone par Faz, nous trouvons une boulangerie dans le centre. Après une trentaine de minutes de détente, nous nous rendons chez Victoria Bakery au niveau inférieur. Nous nous offrons des viennoiseries pour le dîner. Croissants, brioches et tartelette à la noix de coco dévoilent leur saveur. Nous revenons ensuite tranquillement à l’hôtel pour une unique nuit à Singapour. Les nuages laissent place au bleu du ciel…




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