Nous sortons de l’appartement vers onze heures trente. Nous avons l’agréable surprise de rencontrer notre hôtesse Thao qui vit à Sofia en Bulgarie. En chemin, nous saluons Nina. Je suis attentif aux subtilités de la route dont la maintenance est chimérique. J’évite, autant que faire se peut, de grimper sur les trottoirs élevés, rarement en continu, coupés régulièrement par les divers accès. La hauteur des trottoirs s’explique par la mousson. Nous avons vu un reportage sur le Vietnam avant de quitter la France. J’ai en mémoire des photos de Hanoï où l’eau de pluie dans les rues monte bien au-dessus des mollets.
Nous déjeunons aujourd’hui dans le restaurant végétalien Zeroism. La carte des mets se dévoile très étoffée et le choix est vaste. J’opte pour un plat de légumes et champignons servis par Randy, courtois et attentionné, avec une bánh mì sourdough [petite baguette au levain] chaude et croustillante. Le plat se montre excellent. Après le repas, nos pas nous conduisent au Starbucks où Joey, une cordiale jeune fille au visage en rondeur, nous accueille. Nous savourons chacun une marquise au chocolat en sirotant une boisson chaude. Ingrid Michaelson chante « Rockin’ around the Christmas tree ».
A quatorze heures, nous montons à bord du taxi de Long, un homme au visage absent, qui nous dépose une dizaine de minutes plus tard au sanctuaire Pháp viện Minh Đăng Quang.
Le sanctuaire, qui s’épanouit sur plus de soixante mille mètres carrés, est un important site bouddhiste situé à Ho Chi Minh-Ville dans le district de Thủ Đức. Il a été fondé en 1968 par le Vénérable Giác Nhiên, le premier chef de la quatrième lignée des Khất sĩ, dans le but de créer un centre de rayonnement spirituel de la doctrine bouddhiste au Vietnam. Le sanctuaire, l’un des plus grands du pays, est connu pour son architecture impressionnante, ses pagodes octogonales qui s’élancent dans le ciel, ses attrayants jardins, qui confèrent une atmosphère paisible propice à la réflexion. Le temple principale abrite une statue du Bouddha Shakyamuni. Outre un lieu de culte, le sanctuaire est aussi un centre culturel où se déroulent diverses activités, comme des célébrations religieuses, des sessions d’enseignement, des retraites spirituelles animées par des moines motivés. Le sanctuaire, un lieu de pèlerinage pour les bouddhistes locaux et internationaux, attire de nombreux visiteurs curieux d’explorer sa richesse spirituelle et culturelle.
Un énorme Bouddha grassouillet trône avec contentement dans l’enceinte du sanctuaire. De-ci de-là, des bancs colorés en marbre reconstitué, de couleurs variées, aux dossiers égayés d’inscriptions, invitent à s’asseoir. Un moine arrose un espace vert. Des fleurs séduisantes participent à la beauté du lieu. J’entre dans une bibliothèque où la majorité des ouvrages sont en langue vietnamienne.
Plus tard, pendant que Patrick grimpe tout en haut des marches des grands escaliers qui cascadent au cœur du sanctuaire, je m’attarde devant un grand panneau d’affichage vitré où se lisent les mots : « Tranh Nhân Quả Ba Đời » [Trois générations de cause à effet]. Une quarantaine de questions illustrées sont posées. Je photographie la dix septième illustration qui interroge : « Quelle est la cause d'être seul dans cette vie ? ». Les questions commencent souvent par : « Quelle est la cause… ». De possibles réponses se dévoilent : « Pour comprendre vos vies antérieures, examinez les conséquences de votre vie présente. Pour avoir un aperçu de votre prochaine vie, analysez vos actes quotidiens dans cette vie. » Patrick revient et me dit qu’il a trouvé un ascenseur pour monter au sommet du sanctuaire. La nouvelle m’enchante. Nous nous dirigeons vers l’un des deux escaliers bien cachés des regards.
En chemin, je m’attarde devant une superbe couronne blanche fleurie. Une célébration religieuse se déroule pour le décès de Nguyen Thi Long, née le jeudi 10 février 1955 à Văn Sơn, le célèbre village de poterie en terre cuite, dans le district de Đô Lương situé dans la province de Nghệ An. Elle est morte aujourd’hui, dans sa soixante dixième année, à trois heures quinze du matin, soit le 29 octobre de l'année du Dragon. Sa dépouille repose dans le sanctuaire. La cérémonie du mouvement commencera demain à treize heures, la dépouille de la défunte partira alors pour le cimetière Hoa Viên Hoả Táng Hoà Lạc Viên qui se situe dans la ville de Thu Dau Mot, dans la province de Binh Duong, à environ trente kilomètres au nord de Ho Chi Minh-Ville. Le cimetière s’étend sur une vaste superficie de cinquante hectares.
Parvenus sur les « toits » de la ville, nous pouvons admirer une vue panoramique de Sài Gòn. Des dizaines de magnifiques tortues, de grandes tailles, en deux tons de rose, figées dans l’hors-temps, se dévoilent. Ces tortues, séduisantes et attachantes, figures de longévité, de sagesse et de stabilité, portent sur leur carapace ornée de motifs géométriques, en spirale autour de la base, une jardinière ressemblant à une fleur de lotus symbolisant l’illumination spirituelle. La tortue fait partie des quatre animaux sacrés du Vietnam, aux côtés du dragon, de la licorne et du phénix. Elle est souvent associée aux légendes et mythes historiques. Lien entre le Ciel et la Terre, la tortue représente la voûte céleste par sa carapace et les quatre piliers du monde par ses quatre pattes. Je caresse la tête d’une tortue pour recevoir chance, longue vie et prospérité… comme disent les Vulcains.
Nous entrons dans le temple après avoir quitté nos chaussures. Une fresque, empreinte de symbolisme bouddhiste à travers l’iconographie du chariot, retient mon attention. Le chariot est utilisé pour représenter le voyage spirituel et la transformation intérieure. Dans le contexte bouddhiste, il symbolise la libération des entraves matérielles et le chemin vers l’éveil. Les chevaux tirant le chariot représentent la force et l’énergie nécessaires pour progresser sur le chemin de vie. Les personnages divins sur le chariot viennent apporter une aide spirituelle pour traverser les épreuves. Les rayons de lumière qui émanent du chariot éclairent le chemin vers la connaissance et l’éveil spirituel. Les cercles, les roues, font référence au Dharmachakra qui représente la perfection de l’enseignement du Dharma et le cycle de la vie.
Plus tard, dehors, je vois deux carillons éoliens. Quand le vent les caresse, une douce et apaisante mélodie se laisse entendre, telle la voix du bouddha, pour éloigner les mauvais esprits et accueillir l'énergie positive et sereine propice à la méditation et à la pratique spirituelle. Depuis un des côtés de l’esplanade dans le ciel, je vois un grand garage Honda où des voitures sont sur les toits ; les « tortues » du vingt-et-unième siècle qui symbolisent les dieux Argent et Profit.
Autre part, dans le sanctuaire, je m’attarde devant un panneau traditionnel de bois sculpté qui présente plusieurs éléments symboliques caractéristiques de l’art décoratif vietnamien. Au centre se trouve une roue ornementale, riche de motifs floraux rayonnants, entourée de motifs géométriques complexes en forme de spirales et de vagues, typiques des influences taoïstes et confucéennes. Les bordures présentent des motifs entrelacés sophistiqués avec des volutes et des formes géométriques récurrentes qui témoignent de la maîtrise technique des artisans vietnamiens dans l’art de la sculpture sur bois. Nous revenons sur le « plancher des vaches ». Sur un rocher, un chat, qui ressemble à un léopard, est aussi surpris que nous. Après d’ultimes photos, nous montons à bord du taxi de Long revenu nous chercher à seize heures.
Il nous dépose au Starbucks. Nous effectuons des courses chez Tops Market où nous achetons une bûche pour le dîner avec nos courses. La jeune Châu Giang nous accueille à la caisse. Dans les minutes suivantes, le jeune Xtu, svelte et dynamique, nous accueille au Starbucks. Nous sirotons du thé. En sortant du café, je vois un jeune garçon sur un échafaudage qui pose des décorations lumineuses pour les fêtes. Fortuitement, nous rencontrons un prince thaï venu en Rolls-Royce Cullinan depuis Bangkok. La nuit tombe lentement. Nous revenons chez nous tranquillement. Durant le dîner, où nous savourons une part de bûche de Noël, nous écoutons Tai Tanawut qui chante « Comment ne pas être seul ? »…



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