Nous quittons le Radisson Blu vers neuf heures. Nous allons au terminal trois de l’aéroport pour notre vol de midi à destination de Delhi. Une charmante employée, dont le prénom commence par la lettre « R », nous apporte son concours pour fixer sur chaque valise cabine la longue étiquette de bagage sortie d’une borne électronique après numérisation du code QR de chaque billet électronique via l’écran de nos iPhones. Nous suivons ensuite son indication pour déposer nous-mêmes chaque valise sur un tapis roulant, après une autre numérisation du code QR, le « sésame ouvre-toi » qui aurait dérouté le célèbre Ali Baba. Un jeune couple peine à fermer une valise au niveau de l’enregistrement automatique des valises. La femme s’assoit sur la valise pendant que l’homme tente de faire coulisser la fermeture éclair. Y parviendront-ils ? Nous cheminons ensuite dans l’aéroport, nous montons de deux niveaux, par des escaliers mécaniques, pour nous rendre au contrôle des bagages. Quand j’écris ces lignes depuis le lounge, nous avons marché depuis ce matin près de deux kilomètres. Des bacs en grand nombre sont à disposition des voyageurs pour déposer toutes leurs affaires dans un protocole très précis, sécurité oblige, bien sûr. Les flacons de cent millilitres maximum (à concurrence d’un litre maximum) doivent être visibles dans une housse transparente, tout comme les appareils électroniques qui doivent être totalement visibles. J’utilise plusieurs bacs pour étaler toutes mes affaires. À la sortie du tapis roulant, où les bagages subissent les rayons x fouineurs, un jeune homme remet la ceinture de son jeans tout en me souriant. Les mots sont inutiles devant cette folie des contrôles où la paranoïa règne en maître. Hier soir, lors du check-in, nous avons affirmé ne transporter aucuns taser (pistolet à impulsion électrique), armes, explosifs et nombre d’articles impensables. Nous quittons le contrôle des bagages à dix heures où le sac rouge de Patrick a été entièrement vérifié par un agent. Il contient tous les câbles de nos divers appareils ainsi que les affaires logistiques du voyage. Sans tous ces outils électroniques, il est impossible de voyager. Bonjour la discrimination pour celles et ceux dont les faibles moyens les privent de pouvoir les acheter. En quittant ce lieu de contrôle excessif, pour notre sécurité bien sûr, nous nous faisons la remarque que le contrôle des passeports a disparu. Toutes les informations de ce document indispensable ont été saisies hier soir lors de notre check-in en ligne sur le site de Swiss.
Plus tard, Melany nous accueille chaleureusement au lounge Mèrhaba. Tous les espaces sont occupés, pourtant elle parvient à mettre à notre disposition un canapé duo en skaï bordeaux pourvu d’un accoudoir central. Je passe mon temps à écrire dans les notes de l’iPhone. Nous sortons du lounge à onze heures pour nous rendre à la porte d’embarquement D57. Contre toute attente, un contrôle d’identité nous intercepte en chemin. Madame Cibolini, la chevelure blonde mi-longue grisonnante, contrôle mon passeport. L’aéroport de Zurich est un vaste labyrinthe réparti sur plusieurs niveaux. À destination, Patrick intègre une longue file d’attente pour recevoir un tampon des autorités de l’Inde pour pouvoir embarquer. Je m’assois et le rejoins près d’un des trois guichets. Je regarde des visages, tous à des âges différents, jeunes, moins jeunes et âgés. La jeune agente prend une photo recto verso de nos visas après divers contrôles. Nous rejoignons une autre file pour embarquer. A midi moins dix, nous sommes assis aux sièges A23 et A24 où la place pour les jambes est spacieuse. L’Airbus A330 est complet. Des visages hindous participent à la foule des autres visages. Quatre casiers devant nous offrent de déposer les bagages à main, mis temporairement dans les compartiments en hauteur durant le décollage et l’atterrissage. Nous allons vivre 6154 kilomètres dans les airs. L’aircraft se met en mouvement à midi dix-huit. L’avion s’élève dans les airs à midi trente-deux. À treize heures, nous volons à une altitude de quelque dix kilomètres et à une vitesse de quelque mille kilomètres à l’heure. Nous remplissons un formulaire pour l’immigration en Inde. Je poursuis la lecture avec Kristinia. Je suis à l’écoute de la musique de la vie, tel un taoïste, riche de tous les possibles. Le voyage lointain contient la Voie, selon Hsi K’ang.
Le déjeuner végétarien commandé précédemment en ligne sur le site de Swiss est servi à treize heures quarante-cinq. Le plat chaud se compose de penne et légumes en petits morceaux. Je fais fondre sur la préparation attrayante le beurre présent sur le plateau. Une petite trentaine de minutes plus tard, je mange le dessert au dessus de Bucarest. Il est plus de dix-huit heures trente à Delhi sous le manteau de la nuit, comme en témoigne une photo prise sur l’écran de bord devant nous. Je poursuis la lecture avec Kristinia. Personne ne survit au temps qui passe. Vers quinze heures dix à Zurich et dix-neuf heures quarante à Delhi, l’avion entre graduellement dans le manteau de la nuit. La Terre tourne sur son axe, cachant temporairement une partie de sa surface au rayon de l’Astre de vie. Nous assistons à un coucher de soleil en plein ciel, libre des plages horaires définies par l’Homme. Kristinia cite Montaigne : « Le bonheur est simplement de savoir aimer la vie et en jouir. » Le voyage physique, accompagné par un voyage intérieur, donne fruit à des nouvelles manières de voir.
Après seize, ou vingt heures, l’avion, qui continue de voler à quelque mille kilomètres à l’heure, frise les douze kilomètres dans le ciel. La mer Caspienne est survolée. L’avion vole maintenant à l’heure de Delhi où il est neuf heures du soir. Les lumières sont éteintes, seules les éclairages individuels peuvent être activés. J’allume « ma » télévision personnelle où apparaît le numéro du siège, la distance encore à parcourir et le temps restant de vol, soit 2 h : 51 min. Nous regardons le film pour enfants intitulé « Le brigand Briquambroque », baigné de magie, de joie et de beauté, qui se termine à 23:11, heure de Delhi. La lumière revient. L’atterrissage est annoncé pour minuit quatre par le commandant de bord. Patrick remet nos bagages à main dans un compartiment. Il me dit que la température extérieure oscillait autour de moins cinquante degrés Celsius. Un temps à ne pas mettre un chat dehors ! L’avion amorce la descente. La pression dans les oreilles le confirme. En quelques instants, nous sommes descendus de cinq kilomètres. Les consignes habituelles sont diffusées dans plusieurs langues. Les deux rideaux qui nous séparent de la classe affaires sont ouverts. Le train d’atterrissage sort à 23:53. La lumière est tamisée. Un bébé pleure. L’avion se pose en douceur à minuit sept à Delhi, la capitale de la République de l’Inde. En quittant l’avion, je salue le steward, plus grand que moi, qui nous a accueillis à notre arrivée…
Après le
contrôle d’immigration et de nos E-Visas, nous récupérons les deux valises
cabine au carrousel six à minuit trente. Nous sortons par la porte numéro cinq
où nous attend, avec une feuille où mon nom est écrit à la main en lettres
majuscules, le chauffeur du taxi qui va nous conduire au Novotel de l’aéroport,
situé à une quinzaine de minutes. Patrick sent la pollution en marchant vers le
véhicule. Je suis surpris de voir nombre de chiens errants dont certains se
montrent les crocs. Prateek nous accueille au Novotel à une heure du matin
après, contre toute attente, un ultime contrôle des bagages sur un tapis
roulant. Dans le sas de l’entrée, mon boîtier de lunettes Theo dans une poche
me vaut un contrôle rapproché. Muni d’un appareil, la main de l’agent virevolte
autour de moi. De mémoire, c’est la première fois que nous vivons un tel
contrôle pour entrer dans un hôtel. Le réceptionniste peu courtois nous
attribue la chambre 258. Dans les minutes suivantes, nous nous préparons pour
une première nuit à Delhi…
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