samedi 30 novembre 2024

Calendrier de l’Avent : 1

 


Hänsel et Gretel dans le quartier Thảo Điền à Sài Gòn...

    Vers onze heures trente, nous passons devant la British International School où le « Christmas BISzaar 2024 », un événement festif organisé par le Parent Teacher Group, bat son plein. Des animations pour les enfants, une rencontre avec le Père Noël, des prestations musicales exécutées par les élèves de l'école, sont notamment au programme des festivités. Les quelque deux euros de chaque entrée seront reversés au foyer Thien Phuoc Foster Home et à d’autres partenaires communautaires. Cet événement représente l’un des temps forts de l’année scolaire pour renforcer les liens au sein de la communauté scolaire et entre les familles.

    Plus avant, je parviens à capturer sur mon iPhone une scène de rue pittoresque et typique de la vie quotidienne. Un vendeur ambulant sur son scooter, transformé en véritable étal mobile de fruits et légumes, arrive vers moi à bonne allure. Le côté incongru de cette apparition réside dans la présence inattendue d’un grand parasol rouge-orangé ouvert qui s’étonne de ne rien accrocher au passage et de garder l’équilibre avec les coutumières embardées des véhicules. Ma photo capture l’essence du commerce ambulant très présent dans Sài Gòn où les vendeurs sillonnent le quartier pour proposer leurs produits frais à tout un chacun.

    Nous déjeunons comme hier au restaurant Zeroism. Randy nous salue. Nos papilles gustatives apprécient notre sélection. Durant le repas, régulièrement, des chauffeurs de deux-roues viennent chercher des colis alimentaires à livrer. Nous nous offrons un tiramisu en dessert servi dans deux petites verrines en plastique. La préparation, nappée de cacao, est délicieuse.

    Plus tard, nos pas suivent le fil de nos journées précédentes. Nous passons devant le restaurant Lc Thái dont la décoration pour les fêtes s’est étoffée. Viêt nous accueille au Starbucks. La préparation du matcha est excellente.

    Au tournant de l’horloge, notre chemin se dessine ensuite vers le Vincom Mega Mall Tho Đin où Patrick a repéré un pantalon précédemment. En chemin, nous voyons un roadster décapotable Morgan Plus 4 au design rétro, au charme d’antan, inspiré des modèles des années 1950. Les pas se poursuivent. Je m’attarde devant une grille ornée de deux dragons symétriques dorés, dotés d’écailles et de griffes, entourant un cercle central pourvu de caractères chinois. Plus loin, nous croisons un scooter sur le trottoir dont le smartphone fixé au guidon est protégé par un parapluie ouvert de Lilliput.

    Une quinzaine de minutes plus tard, nous arrivons au centre commercial dont la façade, telle des vagues symbolisant le mouvement et la fluidité, présente un mélange de cellules rectangulaires blanches, jaunes et grises qui attirent les regards. Des palmiers Bismarck, qui déploient de superbes grandes feuilles en forme d’éventail, s’élancent avec audace le long de la façade principale. Le centre, réparti en hauteur sur cinq niveaux, qui abrite une patinoire, a ouvert ses portes la veille de Noël en 2015. Nous déambulons dans les allées spacieuses. La décoration pour les fêtes rivalise de créativité. Une vue extérieure depuis le dernier niveau montre une des stations du métro aérien. Il est peu probable que le métro accueille le public cette année. Deux jeunes filles, qui vendent des glaces, agitent une clochette argentée pour capter l’attention du client. Le film Wicked, réalisé par Jon M. Chu, une adaptation cinématographique de la comédie musicale du même nom, basé sur le roman de Gregory Maguire, qui  raconte l’histoire des sorcières d’Oz, est à l’affiche dans un des cinémas du centre. Patrick achète en solde un pantalon bleu marine en lin chez Cotton On.

    Nous prenons ensuite le chemin du retour. Les concerts de klaxons nous escortent. Nous entrons dans la pâtisserie boulangerie The Dreamers Bakery dans la rue Tho Đin. La façade est plaisamment décorée et illuminée pour les fêtes. Un grand nœud rouge se dévoile sur l’entrée. La couleur rouge, qui occupe une place importante dans la culture vietnamienne, représente la chance, la prospérité, l’espoir pour l’année à venir, tout en étant associée au bonheur et à la fortune. Nous entrons. Deux jeunes garçons nous accueillent

    Devant nos regards émerveillés, une magnifique maison en pain d’épices, véritable chef-d’œuvre de la pâtisserie festive, évoque toute la magie de Noël. Cette majestueuse demeure gourmande, aux maisonnettes superposées, est parée de ses plus beaux atours hivernaux. Les murs en pain d’épices chocolaté sont délicatement ornés de pastilles colorées qui s’apparentent à des bonbons. De gracieux cordons de glaçage blanc, des stalactites de sucre glacé figées par le gel hivernal, des arabesques neigeuses le long des toits et des fenêtres, embellissent à nulle autre pareil les séduisantes maisonnettes. Les fenêtres illuminées de l’intérieur diffusent une douce lueur dorée en créant une atmosphère chaleureuse et accueillante. Il me semble apercevoir Hänsel et Gretel. De petites boules colorées, étoiles et ornements rouges, parsèment la façade avec élégance. Le jardin, représenté par un tapis d’herbe verte en sucre, est pavé de dalles en chocolat du plus bel effet. Une guirlande argentée scintillante entoure le jardin de cette création féerique. Sur la toiture, l’inscription « Merry Christmas » en rouge vif couronne cette demeure enchantée qui témoigne de l’esprit joyeux des fêtes de fin d’année. Cette véritable maison de conte de fées comestible évoque avec brio la chaleur et la magie de la saison de Noël…

    Nous achetons deux petits cakes pour le dîner. En sortant, je souhaite de Ngày l vui v [joyeuses fêtes] aux deux sympathiques serveurs. Un peu plus loin, nous entrons dans le Starbucks Thao Dien où nous sirotons un thé. Nguyen Pham nous accueille. Un beau jeune homme est plongé dans la lecture d’un roman. Une trentaine de minutes plus tard, nous reprenons la marche. Aujourd’hui, il nous est possible de prendre en photo le Bonjour Cafe The Art, car aucune voiture n’est stationnée devant la façade. Ce charmant café de style français se déploie sur deux étages dans un espace intimiste. La façade ocre rouge distinctive, recouverte de plantes grimpantes et de fleurs séchées, dégage une atmosphère romantique. A l’intérieur, un piano rouge, une ancienne machine à coudre transformée en table, une vieille bicyclette ornée de fleurs, participent à la décoration intérieure…





































Pensée du jour

 Certains d’entre nous ne sont-ils pas prisonniers de leur vie ? En s’incarcérant d’eux-mêmes dans une routine.

Christophe Haag

vendredi 29 novembre 2024

Bonne fête André

 


Magie et tortues de rêve à Sài Gòn...

    Nous sortons de l’appartement vers onze heures trente. Nous avons l’agréable surprise de rencontrer notre hôtesse Thao qui vit à Sofia en Bulgarie. En chemin, nous saluons Nina. Je suis attentif aux subtilités de la route dont la maintenance est chimérique. J’évite, autant que faire se peut, de grimper sur les trottoirs élevés, rarement en continu, coupés régulièrement par les divers accès. La hauteur des trottoirs s’explique par la mousson. Nous avons vu un reportage sur le Vietnam avant de quitter la France. J’ai en mémoire des photos de Hanoï où l’eau de pluie dans les rues monte bien au-dessus des mollets.

    Nous déjeunons aujourd’hui dans le restaurant végétalien Zeroism. La carte des mets se dévoile très étoffée et le choix est vaste. J’opte pour un plat de légumes et champignons servis par Randy, courtois et attentionné, avec une bánh mì sourdough [petite baguette au levain] chaude et croustillante. Le plat se montre excellent. Après le repas, nos pas nous conduisent au Starbucks où Joey, une cordiale jeune fille au visage en rondeur, nous accueille. Nous savourons chacun une marquise au chocolat en sirotant une boisson chaude. Ingrid Michaelson chante « Rockin’ around the Christmas tree ».

    A quatorze heures, nous montons à bord du taxi de Long, un homme au visage absent, qui nous dépose une dizaine de minutes plus tard au sanctuaire Pháp vin Minh Đăng Quang.

    Le sanctuaire, qui s’épanouit sur plus de soixante mille mètres carrés, est un important site bouddhiste situé à Ho Chi Minh-Ville dans le district de Th Đc. Il a été fondé en 1968 par le Vénérable Giác Nhiên, le premier chef de la quatrième lignée des Kht sĩ, dans le but de créer un centre de rayonnement spirituel de la doctrine bouddhiste au Vietnam. Le sanctuaire, l’un des plus grands du pays, est connu pour son architecture impressionnante, ses pagodes octogonales qui s’élancent dans le ciel, ses attrayants jardins, qui confèrent une atmosphère paisible propice à la réflexion. Le temple principale abrite une statue du Bouddha Shakyamuni. Outre un lieu de culte, le sanctuaire est aussi un centre culturel où se déroulent diverses activités, comme des célébrations religieuses, des sessions d’enseignement, des retraites spirituelles animées par des moines motivés. Le sanctuaire, un lieu de pèlerinage pour les bouddhistes locaux et internationaux, attire de nombreux visiteurs curieux d’explorer sa richesse spirituelle et culturelle.

    Un énorme Bouddha grassouillet trône avec contentement dans l’enceinte du sanctuaire. De-ci de-là, des bancs colorés en marbre reconstitué, de couleurs variées, aux dossiers égayés d’inscriptions, invitent à s’asseoir. Un moine arrose un espace vert. Des fleurs séduisantes participent à la beauté du lieu. J’entre dans une bibliothèque où la majorité des ouvrages sont en langue vietnamienne.

    Plus tard, pendant que Patrick grimpe tout en haut des marches des grands escaliers qui cascadent au cœur du sanctuaire, je m’attarde devant un grand panneau d’affichage vitré où se lisent les mots : « Tranh Nhân Qu Ba Đi » [Trois générations de cause à effet]. Une quarantaine de questions illustrées sont posées. Je photographie la dix septième illustration qui interroge : « Quelle est la cause d'être seul dans cette vie ? ». Les questions commencent souvent par : « Quelle est la cause ». De possibles réponses se dévoilent :  « Pour comprendre vos vies antérieures, examinez les conséquences de votre vie présente. Pour avoir un aperçu de votre prochaine vie, analysez vos actes quotidiens dans cette vie. » Patrick revient et me dit qu’il a trouvé un ascenseur pour monter au sommet du sanctuaire. La nouvelle m’enchante. Nous nous dirigeons vers l’un des deux escaliers bien cachés des regards.

    En chemin, je m’attarde devant une superbe couronne blanche fleurie. Une célébration religieuse se déroule pour le décès de Nguyen Thi Long, née le jeudi 10 février 1955 à Văn Sơn, le célèbre village de poterie en terre cuite, dans le district de Đô Lương situé dans la province de Ngh An. Elle est morte aujourd’hui, dans sa soixante dixième année, à trois heures quinze du matin, soit le 29 octobre de l'année du Dragon. Sa dépouille repose dans le sanctuaire. La cérémonie du mouvement commencera demain à treize heures, la dépouille de la défunte partira alors pour le cimetière Hoa Viên Ho Táng Hoà Lc Viên qui se situe dans la ville de Thu Dau Mot, dans la province de Binh Duong, à environ trente kilomètres au nord de Ho Chi Minh-Ville. Le cimetière s’étend sur une vaste superficie de cinquante hectares.

    Parvenus sur les « toits » de la ville, nous pouvons admirer une vue panoramique de Sài Gòn. Des dizaines de magnifiques tortues, de grandes tailles, en deux tons de rose, figées dans l’hors-temps, se dévoilent. Ces tortues, séduisantes et attachantes, figures de longévité, de sagesse et de stabilité, portent sur leur carapace ornée de motifs géométriques, en spirale autour de la base, une jardinière ressemblant à une fleur de lotus symbolisant l’illumination spirituelle. La tortue fait partie des quatre animaux sacrés du Vietnam, aux côtés du dragon, de la licorne et du phénix. Elle est souvent associée aux légendes et mythes historiques. Lien entre le Ciel et la Terre, la tortue représente la voûte céleste par sa carapace et les quatre piliers du monde par ses quatre pattes. Je caresse la tête d’une tortue pour recevoir chance, longue vie et prospérité… comme disent les Vulcains.

    Nous entrons dans le temple après avoir quitté nos chaussures. Une fresque, empreinte de symbolisme bouddhiste à travers l’iconographie du chariot, retient mon attention. Le chariot est utilisé pour représenter le voyage spirituel et la transformation intérieure. Dans le contexte bouddhiste, il symbolise la libération des entraves matérielles et le chemin vers l’éveil. Les chevaux tirant le chariot représentent la force et l’énergie nécessaires pour progresser sur le chemin de vie. Les personnages divins sur le chariot viennent apporter une aide spirituelle pour traverser les épreuves. Les rayons de lumière qui émanent du chariot éclairent le chemin vers la connaissance et l’éveil spirituel. Les cercles, les roues, font référence au Dharmachakra qui représente la perfection de l’enseignement du Dharma et le cycle de la vie.

    Plus tard, dehors, je vois deux carillons éoliens. Quand le vent les caresse, une douce et apaisante mélodie se laisse entendre, telle la voix du bouddha, pour éloigner les mauvais esprits et accueillir l'énergie positive et sereine propice à la méditation et à la pratique spirituelle. Depuis un des côtés de l’esplanade dans le ciel, je vois un grand garage Honda où des voitures sont sur les toits ; les « tortues » du vingt-et-unième siècle qui symbolisent les dieux Argent et Profit.

    Autre part, dans le sanctuaire, je m’attarde devant un panneau traditionnel de bois sculpté qui présente plusieurs éléments symboliques caractéristiques de l’art décoratif vietnamien. Au centre se trouve une roue ornementale, riche de motifs floraux rayonnants, entourée de motifs géométriques complexes en forme de spirales et de vagues, typiques des influences taoïstes et confucéennes. Les bordures présentent des motifs entrelacés sophistiqués avec des volutes et des formes géométriques récurrentes qui témoignent de la maîtrise technique des artisans vietnamiens dans l’art de la sculpture sur bois. Nous revenons sur le « plancher des vaches ». Sur un rocher, un chat, qui ressemble à un léopard, est aussi surpris que nous. Après d’ultimes photos, nous montons à bord du taxi de Long revenu nous chercher à seize heures.

    Il nous dépose au Starbucks. Nous effectuons des courses chez Tops Market où nous achetons une bûche pour le dîner avec nos courses. La jeune Châu Giang nous accueille à la caisse. Dans les minutes suivantes, le jeune Xtu, svelte et dynamique, nous accueille au Starbucks. Nous sirotons du thé. En sortant du café, je vois un jeune garçon sur un échafaudage qui pose des décorations lumineuses pour les fêtes. Fortuitement, nous rencontrons un prince thaï venu en Rolls-Royce Cullinan depuis Bangkok. La nuit tombe lentement. Nous revenons chez nous tranquillement. Durant le dîner, où nous savourons une part de bûche de Noël, nous écoutons Tai Tanawut qui chante « Comment ne pas être seul ? »…